Saloua Islah
21 Avril 2026
À 10:56
Le rapport des Nations unies sur la jeunesse mondiale, "
World Population Highlights 2026: Youth", met en évidence une inflexion nette de
la trajectoire démographique du Maroc. Le pays verrait
sa population des 15-24 ans passer de
6,2 millions en 2025 à
5,6 millions en 2050, soit une baisse d’environ 580.000 jeunes (près de -9 %), selon les projections onusiennes.
Ce mouvement, en apparence modéré, marque en réalité un tournant, car la
jeunesse a longtemps constitué une composante dominante
de la
population marocaine. Ce n’est plus le cas : leur part recule nettement, passant de 20,9 % en 2000 à
14,1 % en 2025, pour tomber à
7,6 % en 2050. Le Maroc s’éloigne ainsi progressivement du profil d’une société majoritairement jeune.
Derrière ces chiffres, c’est toute la
structure sociale qui se transforme.
La
baisse de la fécondité, amorcée depuis les années 1990, réduit mécaniquement la taille des nouvelles générations. En parallèle, les progrès sanitaires allongent la durée de vie. Résultat :
la pyramide des âges se resserre à la base et s’élargit au sommet, traduisant un déplacement progressif de la population vers des âges plus élevés.
Dans un Policy Brief intitulé «Mutations démographiques : préparer le Maroc de demain», dont «Le Matin» a obtenu copie avant sa publication prévue la semaine prochaine, l’Observatoire national du développement humain (ONDH) livre une radiographie sans concession des transformations révélées par le Recensement général de la population et de l’habitat de 2024. Coordonné par le président de l’ONDH, Otmane Gair, ce document de cadrage stratégique met en évidence un pays engagé dans une transition démographique rapide, profonde et régionalement inégale. Fécondité en chute libre, vieillissement en forte progression, familles qui se rétrécissent, villes qui débordent et campagnes qui se vident, le diagnostic interpelle directement les décideurs publics, à quelques mois des échéances électorales du 23 septembre 2026.
Cette transition rapproche
le Maroc de pays déjà engagés dans des dynamiques similaires, classés parmi les économies à
revenu intermédiaire supérieur. Dans cet ensemble, la jeunesse recule globalement, avec une baisse attendue d’environ 24 % d’ici 2050. Le phénomène n’est donc pas isolé, mais il marque une rupture avec le profil démographique traditionnel du continent africain.
Car ailleurs
en Afrique, la situation reste
radicalement différente. Dans de nombreux pays à faible revenu, la jeunesse continue de
croître rapidement, avec une hausse moyenne de
16 % d’ici 2050, et des progressions bien plus fortes dans certains États. Là où ces pays doivent absorber des flux massifs de jeunes dans leurs systèmes éducatifs et leurs marchés du travail, le Maroc est confronté à une problématique inverse : gérer la raréfaction relative de cette ressource démographique.
Cette mutation a des effets ambivalents car la baisse du nombre de jeunes pouvant, à court terme,
alléger la pression sur les systèmes éducatif et
le marché du travail. Mais elle pose, à moyen terme, la question du
renouvellement de la main-d’œuvre, du financement des systèmes sociaux et du rythme de la croissance. Moins de jeunes, c’est potentiellement moins d’actifs demain, donc une économie qui doit produire davantage avec une base démographique plus restreinte.
C’est précisément sur ce point que le rapport insiste. L’enjeu n’est plus d’accompagner une masse croissante de jeunes, mais de
maximiser le potentiel de ceux qui sont là. Cela suppose, selon l’ONU, un
basculement des politiques publiques, consistant à investir davantage par individu, renforcer les compétences, améliorer la qualité de la formation et orienter l’économie vers des activités plus productives.
Dans cette logique, la question de
l’emploi s’impose comme une nécessité impérieuse. Une jeunesse moins nombreuse mais mieux formée peut constituer
un levier de transformation économique. À l’inverse, une insertion difficile ou des compétences inadaptées amplifient
les déséquilibres dans une société où la population vieillit.
Le rapport onusien rappelle aux pays concernés, dont le Maroc, en conclusion, que
la transition démographique ne produit des effets positifs qu’à la condition de s’accompagner de
politiques cohérentes en matière d’éducation, d’emploi et d’innovation.