Société

Rumeurs sur la pastèque marocaine : la psychose fait chuter les ventes au profit des intermédiaires

Cet été, la pastèque marocaine est à nouveau la cible d'une vague de rumeurs qui fait tache d'huile sur les réseaux sociaux. Des vidéos circulent prétendant que le fruit contiendrait des pesticides, des vers ou d'autres substances dangereuses, poussant certains consommateurs à renoncer à en acheter par précaution. Si l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) assure que ces allégations sont infondées et rappelle que les contrôles n'ont révélé aucune anomalie, les conséquences, elles, sont bien réelles : chute des ventes, effondrement des prix et inquiétude grandissante au sein de la filière.

30 Juillet 2026 À 08:25

Cette année encore, de nombreuses vidéos relayées sur Facebook, TikTok ou Instagram prétendent tour à tour que ce fruit emblématique de la saison estivale contiendrait des quantités excessives de pesticides, serait infesté de vers ou présenterait des anomalies le rendant impropre à la consommation. Souvent dénués de preuves ou d'explications scientifiques, ces contenus s'invitent sur les écrans de milliers de Marocains et finissent par installer le doute dans l'esprit de nombreux consommateurs, avec des répercussions bien réelles sur leurs habitudes d'achat.

L'ONSSA rassure sur la conformité des pastèques marocaines

Dans ce contexte, l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a récemment tenu à rassurer les consommateurs à travers un communiqué. L'Office rappelle qu'il assure un contrôle permanent des fruits et légumes commercialisés au Maroc, aussi bien au niveau des exploitations agricoles, des marchés de gros, des stations de conditionnement et de stockage, des grandes surfaces que lors des opérations d'importation.

À fin juin 2026, plus de 5.600 échantillons de fruits et légumes avaient été prélevés et analysés, dont 557 échantillons de pastèques. Selon l'ONSSA, l'ensemble de ces prélèvements s'est révélé conforme aux normes sanitaires en vigueur. L'Office met également en avant les données du Système d'alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) de l'Union européenne. Depuis le début de l'année 2026, 625 notifications ont été enregistrées concernant des fruits et légumes importés dans l'Union européenne, dont seulement trois portant sur des produits marocains. Aucune ne concernait la pastèque. Par ailleurs, aucun signalement relatif à la pastèque marocaine n'a été enregistré dans le RASFF depuis 2023.

À qui profitent ces rumeurs ?

Au-delà de leur caractère viral, ces rumeurs ne seraient pas le fruit du hasard. Pour le Dr Bouazza Kherrati, président de la Fédération nationale des droits du consommateur, leur récurrence interroge. « Les rumeurs sur la prétendue dangerosité de la pastèque reviennent chaque été au Maroc. Lorsqu'un phénomène se répète avec une telle régularité, on peut légitimement penser qu'il répond à une stratégie bien orchestrée. » Selon lui, aucun élément ne permet aujourd'hui d'accréditer les allégations relayées sur les réseaux sociaux. « Aucune cargaison de pastèques marocaines n'a été refoulée », affirme-t-il à "Le Matin". Il estime que cette campagne de désinformation pourrait répondre à des intérêts économiques. « Selon moi, ces rumeurs sont propagées par des intermédiaires. En instaurant un climat de peur chez les consommateurs, ils freinent les ventes et contraignent les agriculteurs à écouler leurs récoltes à des prix plus bas. Ils peuvent ensuite racheter cette marchandise à moindre coût et en tirer un avantage économique. »

Au marché de gros de Casablanca, le Chef de service organisation Abdeloihad Tankiouine relève les mêmes mécanismes. « Il existe des spéculateurs dans tous les secteurs d'activité. Certains utilisent les réseaux sociaux, notamment Facebook, pour propager des rumeurs dans le but de servir leurs intérêts. » Une situation qui, selon lui, pénalise directement les producteurs.

Des conséquences déjà visibles sur le marché

Les effets de cette méfiance commencent à se faire sentir. Abdeloihad Tankiouine assure que « la pastèque marocaine n'est touchée par aucune maladie et ne présente aucune anomalie, comme l'a confirmé l'ONSSA », mais constate que « le véritable problème aujourd'hui vient des réseaux sociaux, où la diffusion de rumeurs a créé un climat de méfiance qui pèse lourdement sur les ventes ». Cette baisse de la demande s'accompagne d'une chute des prix. « Au début de la saison, le kilo de pastèque se vendait entre 4 et 5 dirhams. Aujourd'hui, il s'échange entre 1 et 2 dirhams sur le marché de gros et dépasse rarement les 2 dirhams pour le consommateur final. Malgré cette baisse des prix, la demande reste faible », précise-t-il.

Le ralentissement est également perceptible dans l'activité du marché. « Auparavant, nous enregistrions chaque jour le passage de 30 à 40 camions et de 20 à 30 camions-remorques venant charger la marchandise. Aujourd'hui, ces chiffres ont nettement reculé, tout comme le nombre de véhicules qui approvisionnent le marché de gros en pastèques. » Pour Abdeloihad Tankiouine, une partie des consommateurs continue d'acheter sans inquiétude, mais « le volume global des ventes a malgré tout fortement diminué ».

Des contrôles à renforcer et une communication plus offensive

Si le Dr Bouazza Kherrati et Abdeloihad Tankiouine s'accordent à dénoncer les effets des fausses informations sur les réseaux sociaux, ils avancent toutefois des pistes différentes pour enrayer le phénomène. Pour le président de la Fédération nationale des droits du consommateur, la priorité est de renforcer les contrôles. « Aujourd'hui, le nombre d'échantillons contrôlés reste insignifiant au regard des volumes produits. » Il estime également que le cadre réglementaire devrait évoluer afin d'élargir les contrôles aux produits végétaux non emballés commercialisés sur les marchés de gros, avec des prélèvements effectués auprès d'un plus grand nombre de fournisseurs. Dr Bouazza Kherrati appelle par ailleurs à interdire la vente de pastèque découpée, considérant qu'« une fois le fruit ouvert, la chaîne du froid n'est pas toujours respectée et la chair est exposée aux contaminations extérieures, ce qui peut présenter un véritable risque sanitaire ».

Abdeloihad Tankiouine mise, lui, sur un renforcement de la sensibilisation. « La réponse doit passer par la communication », affirme-t-il. Il préconise des campagnes d'information relayées par les médias, notamment la télévision, afin d'expliquer au grand public les contrôles réalisés par l'ONSSA et de montrer concrètement comment ils sont effectués. Il estime également que l'Office gagnerait à renforcer sa présence sur le terrain, notamment dans les marchés, et qu'une communication officielle relayée par les médias publics permettrait de diffuser plus largement une information fiable, capable de distinguer les faits des fausses rumeurs et de restaurer la confiance des consommateurs.

Si certains ont cédé à la psychose alimentée par les réseaux sociaux, d'autres n'ont aucune intention de se priver de ce fruit rafraîchissant, apprécié pour ses qualités nutritionnelles et son prix désormais particulièrement abordable.
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