S.Ba.
19 Février 2026
À 12:07
En
mars 2024, l’historien
Mohamed Nabil Mouline et le réalisateur
Mustapha El Fekkak (
Swinga) lançaient un objet rare dans le paysage culturel marocain : une série animée dédiée au
patrimoine immatériel, pensée comme un pont entre rigueur académique et narration accessible. Le projet est baptisé "
Empreinte du patrimoine". Sa promesse est claire : fournir au public une
information historique solide, des
analyses rigoureuses, en partant d’un postulat simple :
l’histoire est le socle d’une identité partagée. « L’histoire millénaire du Maroc est notre colonne vertébrale commune. Elle nous unit au-delà des origines, des langues et des sensibilités à condition d’être racontée avec rigueur, inclusivité et vérité », défend le créateur du concept. Et de noter que la série n’ambitionne pas d’être un documentaire de plus. Elle se veut « une histoire écrite par le peuple, pour le peuple », un récit collectif qui reconnecte les
Marocains à leur héritage, tout en respectant les standards internationaux en matière de conception, de production et de qualité. Derrière cette formule, une conviction : l’histoire, lorsqu’elle est traitée avec méthode et ouverture, devient un espace de rassemblement plutôt que de division.
Les coulisses d’un chantier colossal
Ce qui pourrait sembler, à première vue, un simple format d’animation repose en réalité sur un travail de fond d’une ampleur rare. Au départ, l’équipe a planché sur un projet articulé autour de huit épisodes mêlant
recherche académique approfondie et
création artistique ambitieuse.
Le travail scientifique s’appuie sur les recherches originales du professeur
Mohamed Nabil Mouline, nourries d’archives et de documents consultés à l’étranger. Swinga détaille notamment le travail de M. Mouline en expliquant que la recherche académique se fait à partir de sources et documents traqués dans des archives en France, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Il évoque même la découverte — au fil des dossiers — de pièces méconnues, citant l’exemple d’une version arabe liée au traité de Lalla Maghnia (1845), repérée dans le volume considérable des fonds d’archives. Ce document servira d'ailleurs pour le deuxième épisode, consacré à la question du Sahara marocain et aux relations entre le Maroc et l’Algérie à travers l’histoire. Mais ce travail a un prix : l’accès et l’extraction des documents, rappelle-t-il, sont payants. L’effort de documentation est donc colossal : Sources croisées, contextualisation minutieuse, relecture critique, ... L’objectif est de proposer un récit ancré dans les faits, loin des simplifications.
À cette exigence académique s’ajoute un soin artistique méticuleux. L’équipe de travail veille aux moindres détails : costumes, décors, traits des personnages, ambiance visuelle, musique originale signée Amine Amarti, doublage en arabe classique, français, anglais et espagnol pour toucher un public élargi. L’ambition est assumée : livrer un produit aux mêmes standards internationaux que les grandes productions éducatives et historiques.
Huit épisodes annoncés, un seul publié : le mur du financement
L’idée initiale était claire : huit épisodes pour couvrir des pans majeurs de l’
histoire nationale. Mais, faute de
financement, seul le premier a pu être produit et diffusé. Malgré un accueil encourageant du public, les démarches entreprises pour obtenir des soutiens institutionnels ou privés sont restées insuffisantes ou sans suite. Après avoir « frappé à toutes les portes », l’équipe se retrouve face à une réalité connue de nombreux projets culturels ambitieux : la qualité a un coût, regrette Swinga. Or, dans le cas de l’épisode 2, l’enjeu est d’autant plus sensible qu’il aborde un sujet central : le Sahara marocain et les relations maroco-algériennes à travers les siècles. Un thème qui exige rigueur, nuance et responsabilité — autant de paramètres qui renforcent encore la charge de travail et les besoins financiers.
Le pari du crowdfunding : un acte d’adhésion
C’est donc vers le public que Swinga se tourne aujourd’hui. Le
crowdfunding devient un choix stratégique, mais aussi symbolique. « Pour mener à bien cette entreprise et financer notamment le deuxième épisode nous avons besoin de vous. Après avoir frappé à toutes les portes sans succès, c’est vers notre communauté que nous nous tournons : vers ceux qui croient que notre histoire », lance le porteur de cette initiative inédite mais louable. Et d'ajouter, « votre participation, même modeste, est un acte de confiance et d’appartenance. Ensemble, nous pouvons achever une œuvre qui nous dépasse et qui nous rassemble », lance-t-il dans une vidéo publié sur ses réseaux sociaux. Il appelle ainsi chacun à devenir « le moteur » d’une œuvre pensée comme un référentiel durable, transmis aux générations futures.
À noter que la campagne de financement du deuxième épisode, lancée il y a une semaine, enregistre déjà ses premières contributions. Pour encourager la mobilisation, les initiateurs annoncent qu’un livre sera offert pour toute participation supérieure à 1.000 dirhams.
Au-delà de la collecte, le message est clair : il s’agit d’impliquer la communauté dans la fabrication d’une mémoire partagée. Soutenir le projet, c’est contribuer à faire exister un récit historique exigeant, accessible et visuellement abouti — un récit qui assume de traiter les grandes questions nationales avec méthode et profondeur.
Lien de la cagnotte :
https://kiwicollecte.ma/en/swinga-fundraisingPremier épisode