Retour au GMT : pourquoi notre corps semble se porter mieux
Le passage du Maroc à l’heure GMT, il y a près de deux semaines, continue de susciter de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Pour certains, le changement se traduit par des réveils moins difficiles et une sensation de mieux-être. Derrière ces témoignages, la chronobiologie apporte quelques éléments d’explication, notamment sur le rôle de la lumière matinale et la synchronisation de notre horloge interne.
Hajjar El Haïti
01 Octobre 2026
À 16:19
Il aura suffi de soixante minutes pour que certains aient l’impression de retrouver leur rythme. Depuis le retour du Maroc à l’heure GMT, il y a près de deux semaines, les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux. «Je me réveille plus facilement», «je dors mieux», «mes matinées sont différentes»... Derrière ces impressions, une question se pose : notre organisme peut-il réellement ressentir la différence entre GMT et GMT+1 ?
Pour le Dr Ayman Aït Haj Kaddour, médecin conférencier, le sentiment de soulagement rapporté par de nombreux citoyens peut avoir une explication biologique. Le retour au GMT permettrait, dans certaines situations, de rapprocher davantage l’heure sociale du rythme imposé naturellement par la lumière du jour.
Le problème apparaît davantage lorsque l’écart entre les contraintes sociales et le rythme biologique devient chronique. «Un décalage chronique entre les rythmes sociaux et biologiques, comparable à un jet-lag permanent, peut engendrer des perturbations physiologiques majeures», estime le spécialiste.
Le sommeil est généralement le premier concerné, avec des difficultés d’endormissement, un sommeil fragmenté ou une dette de sommeil lorsque les horaires imposés ne correspondent pas aux besoins de l’organisme.
La recherche scientifique s’intéresse tout autant aux liens entre perturbations circadiennes prolongées et santé métabolique ou cardiovasculaire. «Des études épidémiologiques et cliniques associent le décalage circadien chronique à une résistance à l’insuline, un risque accru de diabète de type 2, d’obésité, d’hypertension artérielle et d’événements cardiovasculaires», rappelle le Dr Aït Haj Kaddour.
Des perturbations prolongées du rythme circadien peuvent aussi affecter l’humeur et certaines fonctions cognitives. Le spécialiste évoque notamment l’irritabilité, le risque accru de troubles de l’humeur et une baisse de certaines capacités cognitives, ainsi que des interactions avec les mécanismes de régulation du système immunitaire.
Pour autant, le sentiment de mieux-être exprimé depuis le retour au GMT ne permet pas, à lui seul, de conclure à un bénéfice sanitaire généralisé. Le changement d’une heure ne transforme pas automatiquement les habitudes de sommeil et ne dispense pas des autres conditions nécessaires à un rythme biologique équilibré.
La régularité des horaires, une exposition suffisante à la lumière naturelle le matin, une réduction de la lumière artificielle en soirée et un temps de sommeil adapté restent déterminants.
Dr Ayman Aït Haj Kaddour : «Les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement concernés par ce décalage de phase»
Pourquoi certaines personnes tolèrent-elles mal ces transitions alors que d’autres s’adaptent sans difficulté ?
Cela dépend de plusieurs facteurs, notamment du chronotype, de l’âge et de l’état de sommeil. Les personnes dites «du matin» ont généralement plus de facilité à s’adapter à un rythme proche de l’heure solaire, contrairement aux personnes «du soir», dont l’horloge biologique est naturellement plus tardive. Les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement concernés par ce décalage de phase. À l’inverse, avec l’âge, l’amplitude des rythmes circadiens peut diminuer et rendre certaines adaptations plus difficiles. Enfin, une dette de sommeil chronique ou une faible exposition à la lumière naturelle réduit la capacité de l’organisme à s’ajuster à une modification du rythme.
Quelles habitudes adopter pour aider son horloge biologique à s’adapter au retour au GMT ?
La lumière naturelle joue un rôle essentiel. Il est recommandé de s’exposer à la lumière du jour dès les premières heures suivant le réveil, par exemple en ouvrant les stores ou en marchant 15 à 30 minutes à l’extérieur. Il est aussi important de conserver des horaires de lever et de coucher réguliers, y compris le week-end, en évitant autant que possible un décalage de plus d’une heure les jours de repos.
Et le soir, quels réflexes privilégier pour favoriser le sommeil ?
Il est préférable de réduire l’exposition aux écrans une à deux heures avant le coucher, notamment ceux qui émettent une lumière susceptible de retarder la sécrétion naturelle de mélatonine. Côté alimentation et activité physique, mieux vaut éviter les repas trop copieux et l’exercice intense en fin de soirée, qui peuvent retarder l’endormissement. L’activité physique est idéalement pratiquée le matin ou en fin d’après-midi.