Saloua Islah
16 Février 2026
À 12:05
L’Union européenne envisage de franchir un cap dans la délivrance des visas de court séjour en permettant l’octroi de
visas à entrées multiples valables au-delà de la limite actuelle de cinq ans. Cette évolution, inscrite dans la nouvelle stratégie européenne des visas présentée fin janvier, pourrait conduire à la création de titres de circulation de très longue durée, pouvant atteindre
dix ans pour les voyageurs disposant d’un historique jugé irréprochable. L’objectif est double : fluidifier les déplacements des visiteurs réguliers et renforcer l’attractivité du territoire européen dans un contexte de concurrence mondiale pour le tourisme, les affaires et les investissements, souligne la Commission européenne.
La mesure ne constituerait pas un droit automatique. Elle ciblerait exclusivement les demandeurs considérés comme
« bona fide », c’est-à-dire ceux qui ont déjà utilisé
plusieurs visas sans infraction, qui présentent un faible risque migratoire et qui disposent d’un
profil sécurisé. En récompensant ces voyageurs fréquents, Bruxelles entend réduire la charge administrative qui pèse sur les consulats, désengorger les procédures et offrir une meilleure visibilité tant aux
acteurs économiques qu’aux
touristes réguliers appelés à se déplacer à plusieurs reprises dans
l’espace Schengen.
Entre pression de la demande, lutte contre les intermédiaires et réflexion encadrée sur l’intelligence artificielle, le système des visas français au Maroc est en pleine évolution. Olivier Ramadour, Consul général de France à Rabat depuis septembre 2024, chargé des demandes pour la zone Nord, et Aymeric Chuzeville, Consul général de France à Casablanca, compétent pour la zone Sud, livrent les derniers chiffres relatifs à la délivrance des visas, détaillent les procédures mises en place pour en garantir la transparence et la rapidité, et exposent les améliorations engagées à l’horizon 2026.
Cette orientation s’inscrit dans une logique de compétitivité. Face aux
États-Unis, au
Royaume-Uni ou au
Canada, qui délivrent déjà des visas de longue durée, l’Union européenne cherche à rester une destination privilégiée pour les visiteurs à forte valeur ajoutée.
Le tourisme représente environ
10 % du PIB européen et génère des millions d’emplois, tandis que les déplacements professionnels figurent parmi les plus fortes sources de dépenses par voyage.
La durée effective de ces visas de longue durée dépendra toutefois de
contraintes techniques, notamment de la période de conservation des données biométriques dans les systèmes européens de gestion des frontières. La réforme en cours, marquée par la digitalisation complète des demandes et le remplacement des vignettes physiques par des visas numériques, doit permettre d’harmoniser les procédures et de renforcer la sécurité tout en rendant le processus plus rapide et plus lisible pour les usagers.
Cette facilitation pour les voyageurs réguliers s’accompagne d’un
durcissement pour les autres profils. La nouvelle stratégie réaffirme que la politique des visas constitue un instrument de contrôle migratoire et de politique extérieure. L’octroi de facilités sera conditionné au respect des règles par les pays partenaires, notamment en matière de réadmission de leurs ressortissants en situation irrégulière, et pourra être remis en cause en cas de
risques sécuritaires ou de
tensions diplomatiques.À ce stade,
aucun calendrier précis n’est arrêté pour l’entrée en vigueur de ces visas de très longue durée.
La Commission européenne doit encore proposer une
révision du Code des visas et définir les modalités concrètes d’application avec les États membres. Si elle aboutit, la réforme modifiera en profondeur la relation entre l’Europe et les voyageurs réguliers, en transformant le visa de court séjour en un outil de mobilité durable pour une catégorie ciblée de visiteurs, tout en maintenant un contrôle strict pour les autres.