Le Matin : Comment évaluez-vous, aujourd’hui, la situation des visas pour les Marocains ? Observe-t-on une amélioration du traitement ou des difficultés persistent-elles, notamment concernant les refus non motivés ?
A. Chuzeville : Avec près de 300.000 visas délivrés en 2025, le Maroc demeure le deuxième pays au monde pour le nombre de visas délivrés par la France, juste derrière la Chine et devant l’Inde, dont les populations sont pourtant bien plus importantes. Ce chiffre illustre la densité exceptionnelle des liens humains entre nos deux pays et l’intérêt constant des Marocains pour la France, que ce soit pour les études, les visites familiales, le tourisme ou les partenariats professionnels. Face à cette demande très élevée, nos équipes se sont mobilisées ces dernières années pour améliorer à la fois l’accueil des demandeurs et l’efficacité du traitement des dossiers. Les demandes peuvent désormais être déposées dans huit centres de notre prestataire extérieur TLS Contact, tous rénovés, rendus accessibles, et complétés par l’ouverture récente d’un bureau à Laâyoune, afin de se rapprocher des demandeurs du Sud.
O. Ramadour : Oui et parallèlement, à Casablanca comme à Rabat, nous avons réduit les délais moyens d’instruction, qui sont passés à moins de quinze jours en moyenne. Aujourd’hui, près de 90% des demandeurs obtiennent un visa. Ces résultats ont été atteints à effectifs constants, grâce à l’engagement quotidien de nos équipes, pleinement mobilisées au service de la dynamique de la relation franco-marocaine.
Les délais pour obtenir un rendez-vous varient encore fortement. Quelles mesures sont prévues pour rendre ces délais plus prévisibles et limiter le recours à des intermédiaires ?
O. Ramadour : La question des intermédiaires est, en effet, centrale, car elle porte atteinte à un principe fondamental : l’égalité de traitement entre les demandeurs. C’est pourquoi, depuis plus d’un an, nous menons avec notre prestataire TLS une série d’expérimentations visant à rendre le système de prise de rendez-vous plus équitable et à neutraliser les pratiques abusives. Nous travaillons également en étroite coordination avec les autorités marocaines, que nous alertons systématiquement lorsque des pratiques frauduleuses sont identifiées. Une meilleure réglementation de cette activité au niveau national contribuerait sans aucun doute à assainir durablement le système, dans l’intérêt premier des demandeurs eux-mêmes.
De nombreux demandeurs évoquent un manque de clarté sur les motifs de refus. Le Consulat envisage-t-il d’améliorer la communication autour de ces décisions pour renforcer la transparence et la confiance ?
A. Chuzeville : En matière de visas Schengen, les motifs de refus sont strictement encadrés par le Code communautaire des visas. Ils sont limitatifs et identiques dans tous les pays de l’espace Schengen. Je comprends que leur formulation puisse parfois être perçue comme trop générale par les demandeurs. Il est néanmoins important de rappeler que chaque dossier fait l’objet d’un examen individuel approfondi. Certains motifs de refus reposent sur des éléments objectifs – comme l’absence de documents requis ou de ressources financières suffisantes – tandis que d’autres relèvent d’une appréciation plus globale de la situation du demandeur, dans le cadre fixé par la réglementation. Les recours contre les refus sont fréquents, et les décisions de l’administration sont en grande majorité confirmées par les juridictions, ce qui témoigne de la solidité juridique des procédures suivies.
Peut-on s’attendre à une augmentation du nombre de créneaux de rendez-vous en 2026, notamment pour les visas étudiants, familiaux et professionnels ?
A. Chuzeville : Nous adaptons en permanence l’offre de rendez-vous aux variations saisonnières des profils de demandeurs. Concrètement, cela se traduit par l’ouverture de davantage de créneaux «étudiants» à l’approche de la rentrée universitaire, ou de créneaux dédiés aux travailleurs saisonniers avant les périodes de récolte. Cette anticipation repose sur un travail étroit avec nos partenaires, notamment Campus France pour les étudiants et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pour les travailleurs, dont le siège est à Casablanca. En 2025, cette organisation nous a permis d’offrir des rendez-vous dans des délais raisonnables à ces publics prioritaires. Il faut toutefois noter qu’après une hausse de 20% des demandes en 2024, puis de 8% en 2025, il nous sera difficile de délivrer davantage de visas en 2026 à moyens constants. L’enjeu réside donc dans un équilibrage fin entre les différentes catégories de demandeurs, afin de répondre au mieux aux besoins tout au long de l’année.
L’intelligence artificielle est de plus en plus intégrée dans les administrations. Le Consulat général de France utilise-t-il déjà des outils d’IA pour la gestion, la présélection ou l’analyse des dossiers de visa ?
O. Ramadour : Nos outils d’analyse sont les mêmes partout dans le monde. Bien entendu, les possibilités offertes par l’Intelligence artificielle (IA) nous intéressent et font l’objet de réflexions. Mais à ce stade, nous n’avons pas incorporé l’IA dans notre travail quotidien et chaque dossier déposé continue de faire l’objet d’un examen individuel par un agent consulaire.
Si des technologies d’IA sont utilisées ou envisagées, quelles garanties sont mises en place pour assurer l’équité, éviter les biais algorithmiques et protéger les données personnelles des demandeurs marocains ?
O. Ramadour : La France est tenue au respect de la réglementation européenne de protection des données et notre législation nationale est, elle aussi, extrêmement protectrice des citoyens et rigoureusement appliquée. Nous avons d’ailleurs bien pris en compte ces contraintes dans notre expérimentation avec TLS, nous interdisant de recourir à certaines solutions qui nous étaient proposées car elles ne présentaient pas toutes les garanties.
En cas d’erreur ou de décision automatisée non justifiée, quels mécanismes de recours sont prévus pour permettre aux demandeurs de contester ou de clarifier leur situation ?
A. Chuzeville : Il convient d’abord de rappeler que, au Maroc, le taux de refus de visa pour la France demeure particulièrement faible. Lorsqu’un refus est prononcé, il est toujours motivé et accompagné de l’indication claire des voies et délais de recours. Les demandeurs peuvent ainsi exercer un recours gracieux, saisir ensuite la Commission nationale de recours contre les refus de visas (CRRV), puis, le cas échéant, engager un recours devant le tribunal administratif. Dans le cadre du recours gracieux, il arrive que nous revenions sur une décision lorsqu’un élément nouveau est porté à notre connaissance.
O. Ramadour : Nous encourageons d’ailleurs vivement les demandeurs à constituer, dès le départ, un dossier complet, précis et transparent, afin de permettre une évaluation aussi objective que possible de leur demande. n
A. Chuzeville : Avec près de 300.000 visas délivrés en 2025, le Maroc demeure le deuxième pays au monde pour le nombre de visas délivrés par la France, juste derrière la Chine et devant l’Inde, dont les populations sont pourtant bien plus importantes. Ce chiffre illustre la densité exceptionnelle des liens humains entre nos deux pays et l’intérêt constant des Marocains pour la France, que ce soit pour les études, les visites familiales, le tourisme ou les partenariats professionnels. Face à cette demande très élevée, nos équipes se sont mobilisées ces dernières années pour améliorer à la fois l’accueil des demandeurs et l’efficacité du traitement des dossiers. Les demandes peuvent désormais être déposées dans huit centres de notre prestataire extérieur TLS Contact, tous rénovés, rendus accessibles, et complétés par l’ouverture récente d’un bureau à Laâyoune, afin de se rapprocher des demandeurs du Sud.
O. Ramadour : Oui et parallèlement, à Casablanca comme à Rabat, nous avons réduit les délais moyens d’instruction, qui sont passés à moins de quinze jours en moyenne. Aujourd’hui, près de 90% des demandeurs obtiennent un visa. Ces résultats ont été atteints à effectifs constants, grâce à l’engagement quotidien de nos équipes, pleinement mobilisées au service de la dynamique de la relation franco-marocaine.
Les délais pour obtenir un rendez-vous varient encore fortement. Quelles mesures sont prévues pour rendre ces délais plus prévisibles et limiter le recours à des intermédiaires ?
O. Ramadour : La question des intermédiaires est, en effet, centrale, car elle porte atteinte à un principe fondamental : l’égalité de traitement entre les demandeurs. C’est pourquoi, depuis plus d’un an, nous menons avec notre prestataire TLS une série d’expérimentations visant à rendre le système de prise de rendez-vous plus équitable et à neutraliser les pratiques abusives. Nous travaillons également en étroite coordination avec les autorités marocaines, que nous alertons systématiquement lorsque des pratiques frauduleuses sont identifiées. Une meilleure réglementation de cette activité au niveau national contribuerait sans aucun doute à assainir durablement le système, dans l’intérêt premier des demandeurs eux-mêmes.
De nombreux demandeurs évoquent un manque de clarté sur les motifs de refus. Le Consulat envisage-t-il d’améliorer la communication autour de ces décisions pour renforcer la transparence et la confiance ?
A. Chuzeville : En matière de visas Schengen, les motifs de refus sont strictement encadrés par le Code communautaire des visas. Ils sont limitatifs et identiques dans tous les pays de l’espace Schengen. Je comprends que leur formulation puisse parfois être perçue comme trop générale par les demandeurs. Il est néanmoins important de rappeler que chaque dossier fait l’objet d’un examen individuel approfondi. Certains motifs de refus reposent sur des éléments objectifs – comme l’absence de documents requis ou de ressources financières suffisantes – tandis que d’autres relèvent d’une appréciation plus globale de la situation du demandeur, dans le cadre fixé par la réglementation. Les recours contre les refus sont fréquents, et les décisions de l’administration sont en grande majorité confirmées par les juridictions, ce qui témoigne de la solidité juridique des procédures suivies.
Peut-on s’attendre à une augmentation du nombre de créneaux de rendez-vous en 2026, notamment pour les visas étudiants, familiaux et professionnels ?
A. Chuzeville : Nous adaptons en permanence l’offre de rendez-vous aux variations saisonnières des profils de demandeurs. Concrètement, cela se traduit par l’ouverture de davantage de créneaux «étudiants» à l’approche de la rentrée universitaire, ou de créneaux dédiés aux travailleurs saisonniers avant les périodes de récolte. Cette anticipation repose sur un travail étroit avec nos partenaires, notamment Campus France pour les étudiants et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pour les travailleurs, dont le siège est à Casablanca. En 2025, cette organisation nous a permis d’offrir des rendez-vous dans des délais raisonnables à ces publics prioritaires. Il faut toutefois noter qu’après une hausse de 20% des demandes en 2024, puis de 8% en 2025, il nous sera difficile de délivrer davantage de visas en 2026 à moyens constants. L’enjeu réside donc dans un équilibrage fin entre les différentes catégories de demandeurs, afin de répondre au mieux aux besoins tout au long de l’année.
L’intelligence artificielle est de plus en plus intégrée dans les administrations. Le Consulat général de France utilise-t-il déjà des outils d’IA pour la gestion, la présélection ou l’analyse des dossiers de visa ?
O. Ramadour : Nos outils d’analyse sont les mêmes partout dans le monde. Bien entendu, les possibilités offertes par l’Intelligence artificielle (IA) nous intéressent et font l’objet de réflexions. Mais à ce stade, nous n’avons pas incorporé l’IA dans notre travail quotidien et chaque dossier déposé continue de faire l’objet d’un examen individuel par un agent consulaire.
Si des technologies d’IA sont utilisées ou envisagées, quelles garanties sont mises en place pour assurer l’équité, éviter les biais algorithmiques et protéger les données personnelles des demandeurs marocains ?
O. Ramadour : La France est tenue au respect de la réglementation européenne de protection des données et notre législation nationale est, elle aussi, extrêmement protectrice des citoyens et rigoureusement appliquée. Nous avons d’ailleurs bien pris en compte ces contraintes dans notre expérimentation avec TLS, nous interdisant de recourir à certaines solutions qui nous étaient proposées car elles ne présentaient pas toutes les garanties.
En cas d’erreur ou de décision automatisée non justifiée, quels mécanismes de recours sont prévus pour permettre aux demandeurs de contester ou de clarifier leur situation ?
A. Chuzeville : Il convient d’abord de rappeler que, au Maroc, le taux de refus de visa pour la France demeure particulièrement faible. Lorsqu’un refus est prononcé, il est toujours motivé et accompagné de l’indication claire des voies et délais de recours. Les demandeurs peuvent ainsi exercer un recours gracieux, saisir ensuite la Commission nationale de recours contre les refus de visas (CRRV), puis, le cas échéant, engager un recours devant le tribunal administratif. Dans le cadre du recours gracieux, il arrive que nous revenions sur une décision lorsqu’un élément nouveau est porté à notre connaissance.
O. Ramadour : Nous encourageons d’ailleurs vivement les demandeurs à constituer, dès le départ, un dossier complet, précis et transparent, afin de permettre une évaluation aussi objective que possible de leur demande. n
