18 Septembre 2026 À 14:41
Une étude récente, publiée dans la revue scientifique internationale The Lancet HIV, spécialisée dans les recherches sur le virus et l’épidémie, fait état d’un net recul des nouvelles infections au VIH au Maroc. Réalisée avec la participation de chercheurs marocains et internationaux et à partir notamment de données du ministère de la Santé et de la Protection sociale, elle estime leur nombre à 874 en 2025, contre 3.163 en 2013, soit une baisse de 72,4 % en douze ans. En 2010, elles étaient encore estimées à 3.446.
Ces chiffres ne correspondent toutefois pas au nombre de personnes diagnostiquées au cours de l’année. Ils estiment le nombre de personnes qui auraient effectivement contracté le VIH durant cette période, certaines pouvant ne découvrir leur infection que plusieurs mois ou années plus tard.
Pour retracer cette évolution, les chercheurs ont analysé des données recueillies au Maroc entre 2010 et 2023. Leur travail porte sur l’ensemble du pays, avec une analyse plus détaillée de six régions : Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Rabat-Salé-Kénitra, Souss-Massa et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
Malgré leur recul à l’échelle nationale, les nouvelles infections au VIH se concentrent davantage dans certaines populations particulièrement touchées par l’épidémie, désignées dans l’étude comme les « populations clés ». En 2025, ces populations et leurs partenaires représenteraient 80,2 % des nouvelles infections estimées au Maroc.
Dans le détail, 42,3 % des nouvelles infections seraient liées aux réseaux d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, contre 37 % aux réseaux liés au travail du sexe hétérosexuel et 0,9 % à ceux des personnes qui s’injectent des drogues. Les premiers présentent également le taux d’incidence le plus élevé parmi les populations étudiées, à 0,80 % par an.
Cette répartition marque une évolution de l’épidémie au Maroc : les réseaux liés au travail du sexe hétérosexuel, auparavant prédominants, ont cédé la première place à ceux associés aux rapports sexuels entre hommes.
Les femmes représenteraient 37,4 % des nouvelles infections estimées au Maroc en 2025. Parmi elles, 75 % auraient contracté le VIH auprès de leur conjoint, lorsque celui-ci était susceptible de transmettre le virus. Ce constat pose directement la question du dépistage au sein du couple, dans un pays où près de 240.000 actes de mariage sont établis chaque année. Or, le dépistage du VIH avant le mariage n’étant pas systématique au Royaume, une personne peut s’engager dans une relation conjugale sans connaître son statut sérologique et, en cas d’infection non diagnostiquée, transmettre le virus à son conjoint.
L’étude révèle parallèlement une forte disparité géographique dans la dynamique de transmission. La part des nouvelles infections attribuée aux réseaux d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes varie de 30,1 % à Marrakech-Safi à 80,8 % à Fès-Meknès. Cet écart montre que le profil de l’épidémie varie fortement selon les régions, une évolution que les chercheurs décrivent comme une hétérogénéité régionale croissante.
La baisse des nouvelles infections observée depuis 2013 s’est accompagnée d’une progression du dépistage, de l’accès aux traitements antirétroviraux et de la prévention ciblée.
L’ONUSIDA, le programme des Nations unies chargé de coordonner la lutte mondiale contre le VIH/sida, a fixé trois objectifs dits « 95-95-95 » : 95 % des personnes vivant avec le VIH doivent connaître leur statut, 95 % des personnes diagnostiquées doivent recevoir un traitement et 95 % des personnes traitées doivent parvenir à la suppression virale, lorsque la quantité de virus dans le sang devient très faible.
Le Maroc a atteint les deux derniers seuils, avec 95,2 % des personnes diagnostiquées sous traitement antirétroviral et 95 % des personnes traitées en suppression virale. En revanche, le seuil de 95 % pour le dépistage n’est pas encore atteint, ce qui signifie qu’une partie des Marocains vivant avec le VIH ignorent toujours leur statut sérologique.
Selon les simulations de l’étude, atteindre pleinement les objectifs « 95-95-95 » pourrait réduire l’incidence du VIH de 52,8 %. Une hausse de 50 % de l’utilisation du préservatif permettrait, de son côté, d’éviter 39,8 % des nouvelles infections.
Les chercheurs évaluent également l’élargissement de la PrEP, un traitement préventif destiné aux personnes séronégatives exposées au VIH. Ce dispositif existe déjà au Maroc, où il a été intégré à l’offre de prévention après une première expérimentation. Il reste toutefois proposé dans un cadre ciblé, notamment à travers les cliniques de santé sexuelle et reproductive de l’ALCS. L’étude estime qu’un accès plus large à la PrEP pourrait contribuer à réduire davantage les nouvelles infections, avec un impact dépendant du nombre de personnes couvertes et du suivi du traitement.