Je découvre l’endroit, curieuse d’en savoir plus sur ce saint et sur ceux et celles qui viennent implorer son aide et solliciter sa « Baraka ».
Fatima est conservatrice (Hfida) du marabout. On ne saurait quel âge lui donner. Ses cheveux sont blancs, mais son visage est étrangement lisse et ses yeux souriants aspirent immédiatement confiance. Elle me propose une bougie que je prends avant d’entrer me « recueillir » sur la tombe de Sidi Allal El-Kéirouani et celle, plus petite, de sa fille Lalla Beida. Mais au lieu de réciter quelques prières muette, mon esprit enregistre la multitude de détails : le mur peint à la chaux, l’odeur du henné, les traces de bougies, les deux tombes recouvertes d’un tissu vert (Kessoua) et la coupole, dépouillée de tout ornement.
Plus tard, accroupie à côté de Fatima, celle-ci me conte la légende de ce saint homme, premier patron de la ville.
Légende
Elle remonte au 14e siècle et raconte que Sidi Allal El-Kérouani, parti de Kairouan en barque pour arriver au Sénégal, avait fait naufrage au large de Casablanca où il a été recueilli par quelques pêcheurs. À la mort de sa femme, il avait demandé à son unique fille (Lalla Beida) de le rejoindre.
À son tour, sa fille fait naufrage et se noie devant Casablanca. Sidi Allal la fait ensevelir en face de la mer et demande d’être enterrée à ses côtés. « C’est pour cette raison qu’on trouve deux tombes à l’intérieur. D’autres versions racontent que la deuxième tombe est celle de la femme de Sidi Allal et non pas de sa fille. Mais Dieu seul connaît la vérité ! » me confie Fatima.
Le sanctuaire de Sidi Allal El-Kéirouani est également connu sous le nom de Dar El Beida (maison de la Blanche) en hommage à sa fille, connue pour la blancheur de son teint.
A moins que ça ne soit pour ses murs de blanc chaulés visibles de loin, en mer, Casablanca porterait vraisemblablement le nom de Dar El Beida, en souvenir du patron des pêcheurs Allal Al Karouani et de sa fille Lalla Beida. Un nom qu’arbore la ville à partir de 1770, alors que le Sultan Moulay Mohammed Ben Abdallah (Mohammed III) entreprenait sa reconstruction.
Ambiance
Je suis toute seule à l’intérieur, en train de bavarder avec Fatima. Les gens n’ont commencé à arriver qu’un peu plus tard. Ceux, ou plutôt celles que j’ai rencontrées ce matin sont dissemblables. Parmi elles une dame, d’âge mûr, en djellaba et foulard. Elle semble tourmentée par une difficulté insurmontable. Fatima m’expliquera plus tard que le fils de cette dame a émigré clandestinement et qu’elle n’a pas encore eu de ses nouvelles.
Deux autres femmes –probablement deux sœurs - accompagnées d’un garçon qui ne dépasse pas les dix ans pénètrent ultérieurement dans le sanctuaire. Elles paraissent crispées. Fatima les interpelle à la sortie et s’enquiert de leur problème. Ces dernières racontent dans un arabe approximatif : « nous venons de Hollande, on ne sait pas ce dont souffre ma sœur, elle change d’humeur sans aucune raison apparente. Comme on est rentrée au Maroc pour nos vacances, la famille ici nous a conseillée de l’emmener visiter un Wali Salih. On ne sait jamais, il faut avoir la foi ! »
La foi semble être le mot d’ordre de tous ceux qui visitent le sanctuaire du premier patron de la ville. Mais les rituels immuables depuis la nuit des temps sont d’autant plus importants.
Fatima m’explique que « les visiteurs doivent apporter un présent -Barouk-. Généralement, ce sont des bougies ou du henné. Ils me les remettent sinon ils s’en servent une fois à l’intérieur. » Un autre rituel s’impose « si vous voulez que votre prière soit entendue, il vous faut entrer par la porte de droite et sortir par celle de gauche. »
Par contre chacun implore l’aide du Saint homme à sa manière. Il y a ceux qui se recueillent et murmurent des prières silencieuses. D’autres sont plus démonstratifs. « Des jeunes filles répandent du henné en feuille sur les deux tombes ou allument des bougies. La majorité d’entre elles veulent soit réussir dans leurs études ou bien se trouver un mari », nous révèle Fatima. Ce qui nous renseigne sur le profil de celles qui fréquentent le sanctuaire. Elles ne sont pas, comme nous l’imaginons, vieilles et illettrées. En plus de ces dernières, une autre catégorie s’ajoute. Il s’agit de jeunes filles qui sont pour la plupart instruites.
À la sortie du marabout, les prières de Fatima m’accompagnent. Que Dieu l’entende !
Fatima est conservatrice (Hfida) du marabout. On ne saurait quel âge lui donner. Ses cheveux sont blancs, mais son visage est étrangement lisse et ses yeux souriants aspirent immédiatement confiance. Elle me propose une bougie que je prends avant d’entrer me « recueillir » sur la tombe de Sidi Allal El-Kéirouani et celle, plus petite, de sa fille Lalla Beida. Mais au lieu de réciter quelques prières muette, mon esprit enregistre la multitude de détails : le mur peint à la chaux, l’odeur du henné, les traces de bougies, les deux tombes recouvertes d’un tissu vert (Kessoua) et la coupole, dépouillée de tout ornement.
Plus tard, accroupie à côté de Fatima, celle-ci me conte la légende de ce saint homme, premier patron de la ville.
Légende
Elle remonte au 14e siècle et raconte que Sidi Allal El-Kérouani, parti de Kairouan en barque pour arriver au Sénégal, avait fait naufrage au large de Casablanca où il a été recueilli par quelques pêcheurs. À la mort de sa femme, il avait demandé à son unique fille (Lalla Beida) de le rejoindre.
À son tour, sa fille fait naufrage et se noie devant Casablanca. Sidi Allal la fait ensevelir en face de la mer et demande d’être enterrée à ses côtés. « C’est pour cette raison qu’on trouve deux tombes à l’intérieur. D’autres versions racontent que la deuxième tombe est celle de la femme de Sidi Allal et non pas de sa fille. Mais Dieu seul connaît la vérité ! » me confie Fatima.
Le sanctuaire de Sidi Allal El-Kéirouani est également connu sous le nom de Dar El Beida (maison de la Blanche) en hommage à sa fille, connue pour la blancheur de son teint.
A moins que ça ne soit pour ses murs de blanc chaulés visibles de loin, en mer, Casablanca porterait vraisemblablement le nom de Dar El Beida, en souvenir du patron des pêcheurs Allal Al Karouani et de sa fille Lalla Beida. Un nom qu’arbore la ville à partir de 1770, alors que le Sultan Moulay Mohammed Ben Abdallah (Mohammed III) entreprenait sa reconstruction.
Ambiance
Je suis toute seule à l’intérieur, en train de bavarder avec Fatima. Les gens n’ont commencé à arriver qu’un peu plus tard. Ceux, ou plutôt celles que j’ai rencontrées ce matin sont dissemblables. Parmi elles une dame, d’âge mûr, en djellaba et foulard. Elle semble tourmentée par une difficulté insurmontable. Fatima m’expliquera plus tard que le fils de cette dame a émigré clandestinement et qu’elle n’a pas encore eu de ses nouvelles.
Deux autres femmes –probablement deux sœurs - accompagnées d’un garçon qui ne dépasse pas les dix ans pénètrent ultérieurement dans le sanctuaire. Elles paraissent crispées. Fatima les interpelle à la sortie et s’enquiert de leur problème. Ces dernières racontent dans un arabe approximatif : « nous venons de Hollande, on ne sait pas ce dont souffre ma sœur, elle change d’humeur sans aucune raison apparente. Comme on est rentrée au Maroc pour nos vacances, la famille ici nous a conseillée de l’emmener visiter un Wali Salih. On ne sait jamais, il faut avoir la foi ! »
La foi semble être le mot d’ordre de tous ceux qui visitent le sanctuaire du premier patron de la ville. Mais les rituels immuables depuis la nuit des temps sont d’autant plus importants.
Fatima m’explique que « les visiteurs doivent apporter un présent -Barouk-. Généralement, ce sont des bougies ou du henné. Ils me les remettent sinon ils s’en servent une fois à l’intérieur. » Un autre rituel s’impose « si vous voulez que votre prière soit entendue, il vous faut entrer par la porte de droite et sortir par celle de gauche. »
Par contre chacun implore l’aide du Saint homme à sa manière. Il y a ceux qui se recueillent et murmurent des prières silencieuses. D’autres sont plus démonstratifs. « Des jeunes filles répandent du henné en feuille sur les deux tombes ou allument des bougies. La majorité d’entre elles veulent soit réussir dans leurs études ou bien se trouver un mari », nous révèle Fatima. Ce qui nous renseigne sur le profil de celles qui fréquentent le sanctuaire. Elles ne sont pas, comme nous l’imaginons, vieilles et illettrées. En plus de ces dernières, une autre catégorie s’ajoute. Il s’agit de jeunes filles qui sont pour la plupart instruites.
À la sortie du marabout, les prières de Fatima m’accompagnent. Que Dieu l’entende !
