Éditorial

D’Abidjan à New York, une vision pour l’émergence de l’Afrique

Par Omar Dahbi,LE MATIN
30 September 2014 - 18:10

Le discours de S.M. le Roi devant la 69e Assemblée générale de l’ONU, dont lecture a été donnée par le Chef du gouvernement, est porteur d’une vision globale pour le développement de l’Afrique. Une vision qui rompt totalement avec les prises de position démagogiques et les discours théoriques n’ayant aucun effet, immédiat soit-il ou futur, sur le quotidien du citoyen africain.

Le discours du Souverain constitue une rupture avec le langage habituel tenu dans les instances internationales, car il intervient après des réalisations concrètes sur le terrain. Les accords de partenariats signée avec des pays africains ont démontré qu’il était possible d’avancer sur des chantiers de codéveloppement et de créer de la richesse de part et d’autre. «Je citerai à cet égard, en particulier, l’accord stratégique entre le Maroc et le Gabon dans le domaine de la production des engrais et leur acheminement vers les pays africains. C’est un arrangement qui est de nature à conforter le processus de développement, et à garantir la sécurité alimentaire dans le continent, d’autant plus que l’Afrique dispose d’une grande réserve de terres non exploitées, représentant 60% des terres en friche à l’échelle mondiale», a dit S.M. le Roi, avant d’ajouter : «C’est un modèle original de coopération entre pays du Sud, qui met en relief la capacité de nos États à faire avancer l’Afrique, en faisant en sorte qu’elle puisse compter sur elle-même et mettre en valeur les ressources naturelles de ses pays». Un exemple parmi plusieurs dizaines d’autres projets réalisés grâce à la volonté sincère et pragmatique du Maroc et de ses partenaires d’aller de l’avant dans la réalisation de ce projet commun qu’est l’Afrique émergente.

Aujourd’hui donc, quand le Souverain dit, devant la communauté internationale réunie à New York, qu’il est nécessaire pour l’Afrique «de s’affranchir de son passé et de ses problèmes politiques, économiques et sociaux, en comptant essentiellement sur ses capacités propres pour réaliser son développement», il le fait sur la base d’expériences probantes menées sur le terrain et qui ont donné des preuves tangibles que le continent peut se développer par lui-même et qu’il n’existe pas de freins climatiques, humains ou autres à ce développement. Un discours largement véhiculé par certains milieux occidentaux pour semer la culture du défaitisme et laisser entendre que le sous-développement en Afrique serait une fatalité. «Le problème n’est pas inhérent à la nature ou aux aptitudes de l’homme africain, qui a déjà fait la démonstration de sa capacité à donner et à créer, dès lors qu’il trouve les conditions appropriées et qu’il se libère du lourd passif légué par le colonisateur», a dit S.M. le Roi.

C’est dans ce cadre que le Souverain a lancé deux appels à la communauté internationale pour permettre à l’Afrique de se développer. «Je suis venu porteur d’un appel à l’équité pour les pays en développement, surtout en Afrique, un appel pour une approche objective de la problématique du développement dans ce continent», a précisé S.M. le Roi.

Respecter les spécificités de chaque pays et son droit à se doter de son propre modèle de développement, notamment les pays qui pâtissent encore des effets de la colonisation, et entretenir avec ces pays des relations basées sur le réalisme, la sagesse et la compréhension des circonstances qui ont marqué leurs parcours respectifs vers la démocratie et le développement, tels sont les enseignements contenus dans le discours du Souverain.

Finie l’ère des donneurs de leçons qui se suffisent à eux-mêmes dans les discours et qui se veulent détenteurs de l’unique et seule solution pour l’Afrique et qui se permettent de noter ses performances sur la base de critères définis dans la négligence totale de paramètres liés au développement humain dans toutes ses dimensions. D’où l’appel du Souverain à ce que «le capital immatériel figure désormais parmi les principaux critères de mesure et de classement de la richesse des États». Faire la distinction entre un pays et un autre à travers sa stabilité, sa sécurité, l’évolution de ses ressources humaines ou par le niveau de ses institutions, ainsi que par la qualité de la vie et de l’environnement est plus équitable que de le soumettre à des notations basées sur des critères dépassés et en décalage total avec le vécu réel des populations des pays concernés. L’image serait plus claire et le classement plus objectif quand on prendra en considération le capital immatériel. Ce sera plus humain, plus équitable.

Dans le discours historique d’Abidjan, S.M. le Roi avait appelé l’Afrique à faire confiance à l’Afrique, que le continent se prenne en charge et que la coopération Sud-Sud et les partenariats mutuellement bénéfiques avec le reste du monde soient les principes de sa stratégie de développement. À New York, le Souverain a appelé, cette fois, l’Occident à faire confiance à l’Afrique, à respecter ses spécificités et son droit à se doter de son propre modèle de développement.

L’Afrique est l’avenir du monde. Il faudra lui permettre de s’épanouir dans le cadre de partenariats équitables.
C'est dans l’intérêt de tous. La maintenir sous l’emprise de règles de jeux et de critères de jugement dépassés ne ferait que priver les populations africaines de leur droit à s’assurer un environnement sécurisé, stable et développé. D’Abidjan à New York, une vision royale pour l’Afrique s’est confirmée. Les deux discours se complètent et se rejoignent dans un projet global porteur d’une vraie stratégie de développement intégré.







E-MATIN
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