Entretien avec la S.G adjointe pour les affaires sociales de l’UpM

«Le Maroc dispose d’une politique exemplaire pour la promotion de la condition de la femme»

,LE MATIN
21 Septembre 2016
Delphine-Borione.jpg Delphine Borione

À la veille de la tenue de la troisième conférence de haut niveau de «l’Union pour la Méditerranée», prévue en octobre prochain, les groupes de travail sur «la lutte contre les stéréotypes liés au genre à travers l'éducation et la culture» et «la lutte contre la violence faite aux femmes et la violence basée sur le genre» se sont réunis mardi et mercredi à Skhirat. Dans cet entretien accordé au «Matin», Delphine Borione, en charge des affaires sociales et civiles au sein de l´UpM, revient sur cette rencontre et d’autres questions relatives à cette thématique.

Le Matin : Dans quel cadre s’inscrit cette réunion des groupes de travail sur «la lutte contre
les stéréotypes liés au genre à travers l'éducation et la culture» et «la lutte contre la violence faite aux femmes et la violence basée sur le genre» ?
Delphine Borione : Le dialogue régional sur l’autonomisation des femmes, lancé par l’Union pour la Méditerranée (UpM) s'inscrit dans le sillage de la déclaration ministérielle sur le renforcement des rôles des femmes dans les sociétés à Paris en 2013, suite d’ailleurs à une réunion précédente, celle de Marrakech 2009. Lors de ce dialogue régional, les représentants des gouvernements ont identifié 4 thèmes principaux. Il s’agit, en l’occurrence, du leadership féminin, de la participation des femmes dans l’économie ainsi que les deux thèmes inscrits à l’ordre du jour de cette réunion, à savoir le changement des stéréotypes sur les femmes à travers l’éducation et la culture et la violence basée sur le genre.

Vous avez lancé une étude analytique de la situation dans la région, quel en sont les principaux enseignements ?
Il s’agit d’un rapport élaboré à partir des différents rapports des pays membres, de la littérature des organisations internationales en la matière ainsi que des rapports soumis lors de la Conférence de pékin pour analyser où nous en sommes dans les engagements, les difficultés rencontrées les solutions qu’on peut rechercher pour l’avenir. À l’heure actuelle, le rapport n’est pas définitif. Nous avons discuté le premier draft et nous allons l’enrichir avec les contributions des pays pour préparer le rapport final qui sera présenté, prochainement, aux membres de l’UpM. Dans ce sens, nous avons eu l’occasion de suivre l’exposé fait par la ministre de la Solidarité et de la femme, sur la politique du Maroc en matière de lutte contre les stéréotypes.

Quelle est votre appréciation de la politique du Maroc en la matière ?
Le Maroc est un exemple dans plusieurs domaines, notamment en ce qui concerne l’adoption de la budgétisation sensible au genre. D’ailleurs, les participants à cette rencontre ont été intéressés par l’expérience marocaine. L’adoption du Code de la famille en 2004 est une grande avancée dans toute la région. Aujourd’hui, le plan Ikram pour la promotion de l’égalité entre les sexes est une autre avancée. Ce plan permet de prendre en compte l’égalité entre les sexes de manière transversale au niveau des ministères et d’autres organismes. Il contribue aussi à une mise en œuvre globale concernant tous les aspects du principe de l’égalité homme-femme. Nous avons aussi discuté du rôle de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) dans ce domaine et de la lutte contre la violence basée sur le genre et les mécanismes mis en œuvre par le Royaume pour l’adoption de la stratégie portant sur l’égalité entre les sexes.

Quelle évaluation peut-on faire de la situation de la femme au sein de l’espace méditerranéen ?
Aujourd’hui, tous les pays font des efforts, mais nous constatons des résistances, surtout en ce qui concerne la question de l’éducation des filles, l’image de la femme dans les médias, tous types confondus. À cela s’ajoute la place des femmes dans les organes de décision et les stéréotypes dans les publicités. Les faiblesses sont ressenties aussi dans le domaine de la participation politique et économique, sans oublier la question de la violence à l’égard des femmes, qui est un phénomène très répandu quel que soit le pays du monde. Lors de cette rencontre, nous avons discuté de toutes ces questions et nous menons une réflexion sur les mécanismes à mettre en œuvre pour faire face à ces contraintes. D’où l’importance de ce dialogue régional basé sur une approche inclusive qui nous permette de mettre le doigt sur les difficultés et d’identifier les pistes pour les surmonter.

Que faut-il faire pour lutter contre les stéréotypes ?
Il faut des actions concrètes pour faire «évoluer» les stéréotypes, notamment par l’éducation et la culture. Au niveau régional, il faut qu’il y ait un échange d’informations et un échange de bonnes pratiques. Il faut aussi des indicateurs pour mesurer où nous en sommes dans l'évaluation des progrès. Il est indispensable d’avoir une prise de conscience. Aujourd’hui, nous n’avons pas conscience de tous les stéréotypes et les sociétés devront travailler là-dessus et présenter des success-stories qui peuvent montrer le rôle majeur de la femme. Car l’égalité homme-femme et la question du renforcement ne bénéficient pas seulement aux femmes, mais à toute la société. D’ailleurs, les études montrent qu’une plus forte participation de la femme à la vie économique a des impacts positifs sur le PIB et la croissance.

La troisième conférence de haut niveau de l’UpM sur l’autonomisation de la femme aura lieu en octobre prochain, quel est l’objectif fixé ?
Lors des deux dernières conférences, nous avons mis l’accent sur le renforcement du rôle économique de la femme. Cette fois-ci, nous avons élargi la perspective pour montrer la femme comme étant un moteur de développement, de croissance et de stabilité politique dans la région, ainsi que pour changer le regard sur la femme. Nous allons nous focaliser sur le rôle de la femme dans le développement durable dans la perspective de la COP 22, ainsi que son rôle dans la médiation, essentiellement dans la lutte contre l’extrémisme et la radicalisation.





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