Innovation, la destruction créatrice

Par Nabil Adel,LE MATIN
28 September 2016 - 18:53
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En pleine crise économique, de 1929 à 2008 en passant par 1973, alors que les faillites d’entreprises se comptent par milliers et que le monde des affaires est dans la tourmente, certaines entreprises (peu nombreuses, hélas) arrivent à tirer leur épingle du jeu. En plein marasme, elles arrivent même à faire progresser leurs revenus et à améliorer leurs marges. Pour ce faire, elles brandissent l’arme absolue face à la concurrence, à savoir l’innovation. Elles font non seulement le bonheur de leurs actionnaires et de leurs clients, mais changent, grâce à leurs innovations, à jamais le fonctionnement de nos sociétés.

L’innovation a plusieurs définitions. Économistes, sociologues et philosophes se sont penchés dessus depuis le début de la civilisation. Pour notre part, nous retenons celle de Joseph Schumpeter qui correspond, à notre avis, davantage à la réalité des affaires. En effet, selon l’économiste autrichien, l’innovation est une destruction créatrice. Elle renvoie à l’ensemble des processus continuellement mis à l'œuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition de secteurs d'activité économique conjointement à la création de nouvelles activités économiques. Cette définition jette la lumière sur une réalité que vivent toutes les entreprises confrontées à l’angoisse d’une innovation qui peut non seulement les faire disparaître, mais faire péricliter des secteurs entiers.

Elle peut prendre plusieurs formes, à savoir la fabrication de biens nouveaux, la découverte de nouvelles méthodes de production, l'ouverture d'un nouveau débouché, l'utilisation de nouvelles matières premières ou encore la réalisation d'une nouvelle organisation du travail.
Par une question de timing, l’innovation peut soit devenir une opportunité, soit se transformer en un danger de mort pour l’entreprise. Chaque forme d’innovation ouvre à l’entreprise qui en est l’auteur d’énormes possibilités de croissance et de profit. Elle se traduit simultanément pour ses concurrents par des risques de perte de parts de marchés, voire des menaces pour la survie, si leur réaction n’est pas rapide et adaptée. L’entreprise doit dans ce cas gérer les deux contraintes majeures que sont innover et réagir à l’innovation.

Innover

L’innovation au sein d’une entreprise est avant tout une question d’environnement, de culture et d’or ganisation. S’agissant de l’environnement, il va sans dire que certains secteurs sont plus propices, de par leur nature, à l’innovation que d’autres.


En effet, leur niveau d’adoption de la technologie, la maturité et l’exigence de leurs consommateurs, l’agressivité des concurrents et leur environnement législatif font que l’innovation devient plus une condition de survie qu’un avantage concurrentiel. Dans des secteurs comme la téléphonie et les télécommunications, l’informatique, la distribution ou encore les métiers de la finance, où la durée de vie des acteurs se compte désormais en quelques années, l’innovation est une activité à part entière, à laquelle sont dédiés des moyens dépassant les budgets
de certains pays.
Pour ce qui est de la culture, elle est intimement liée à la capacité du leadership dans une entreprise à encourager les comportements qui favorisent l’innovation. Si cette impulsion vient du sommet, son encadrement et sa diffusion doivent s’étendre à l’ensemble des collaborateurs. Cela ne signifie nullement que «tout le monde se mettra à innover», ce n’est pas réaliste. Il s’agit davantage de promouvoir les nouvelles idées, de créer des cercles de progrès, de favoriser la circulation et le partage de l’information, de former aux métiers exercés par l’entreprise et leurs tendances futures et de faciliter l’accès aux dernières technologies.

Quant à l’organisation, elle est indispensable pour accompagner la dynamique enclenchée par l’environnement et favorisée par la culture de l’entreprise. Sans organisation efficace, méthodique et systématique, l’innovation ne dépassera point le stade des idées et les collaborateurs tourneront en rond. Faut-il rappeler que l’innovation n’est pas une fin en soi ? Elle doit être la réponse à un besoin non satisfait, pour lequel un client est prêt
à payer un certain prix et laisser un bénéfice pour l’actionnaire.
Ainsi, les dirigeants de l’entreprise doivent fixer des objectifs, allouer des moyens et tenir des calendriers. Un peu de pression dans ces conditions est toujours stimulant pour les équipes dont la créativité doit rencontrer la reconnaissance morale et surtout financière de la part de leurs employeurs. Soyons réalistes !

Réagir à l’innovation

L’innovation enclenchée par un concurrent déstabilise fortement l’entreprise. Elle lui fait perdre ses clients, ses meilleurs collaborateurs et le retard de réaction crée une ambiance délétère au sein des équipes, surtout si le management ne se montre pas maîtrisant suffisamment la situation. Or une entreprise ayant déjà investi dans les processus d’innovation peut plus facilement réagir à cette menace et réduire rapidement le retard, qu’une entreprise n’ayant pas fait cet exercice, car le considérant comme superflu ou non prioritaire. Dans ce cas, les dirigeants assument une lourde responsabilité, surtout s’ils opèrent dans des secteurs en rupture continue, où l’innovation est permanente.

L’entreprise doit avoir les yeux rivés sur son environnement, en mettant en place des cellules de veille et en les dotant des moyens de travail. Elle doit également implémenter une organisation flexible, pouvant rapidement changer de cap quand l’environnement l’exige et non être alourdie par des citadelles organisationnelles où les luttes fratricides de pouvoir brouillent la vision sur les enjeux et les menaces réels.
Enfin, il faut investir dans des collaborateurs bien formés et à même d’intégrer les changements et d’y réagir rapidement. L’entreprise doit être dans un état d’alerte permanent, car il y va de sa survie.
Chaque jour, de nouvelles entités modifient leur métier et leur manière de l’exercer. Si elles ne sont pas vigilantes, elles peuvent rater le train, sans pouvoir prendre le suivant. Demandez à Nokia et à IBM ! 







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