Afrique

La nécessité d’un Modèle de développement pour la prospérité économique et sociale

Bouchra Rahmouni Benhida,LE MATIN
22 December 2016 - 18:43

L'Afrique s'est aujourd’hui profondément métamorphosée sous l'effet de facteurs multiples, tant régionaux qu'internationaux. Malgré cela, elle reste la seule région du globe à ne pas encore réellement trouver sa place au sein de l'«économie monde».

La très riche littérature sur l'Afrique est également diversifiée, tant dans ses perceptions que dans ses formulations. Force est de constater que l'Afrique a changé sur tous les plans et dans tous les domaines (environnement, écologie, économie, démographie, culture), comme d’ailleurs les sociétés africaines dans leur ensemble, ainsi que dans son approche de la géopolitique. Reste à savoir si le continent africain est une zone de fracture ou si, au contraire, elle favorise les échanges et les contacts. L'Afrique n'est bien entendu pas qu’une zone de fracture inévitable. Elle a été, et est désormais plus que jamais, une zone d'échanges, de coopérations, de partenariats et de concurrence. Elle est la nouvelle frontière de la croissance. Mais elle est aussi un continent de contrastes puisque les économies y divergent de plus en plus. À titre d'exemple, 80% de la consommation privée sont le fait de dix pays : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria, Soudan et Tunisie. Des pays par conséquent qualifiés par certains experts de «pays utiles». Cette réalité cache des inégalités criantes et atteste le fait que le modèle de croissance axé sur les ressources naturelles ne profite qu’à une élite. Ainsi, l'Afrique peut être qualifiée de continent riche peuplé de pauvres : le PIB par habitant y est 8 fois inférieur à la moyenne mondiale. Ces situations contradictoires posent le problème plus général de la bonne gouvernance.

Comment expliquer autrement qu’un pays comme la Guinée, si riche en ressources naturelles, se retrouve dans des situations de délestage permanent ? Comment comprendre que la majorité des pays d’Afrique, qui ont pourtant bénéficié et bénéficient encore de la part de la communauté internationale d’une aide très importante pour leur développement, ne disposent pas même d’infrastructures pérennes ? Par ailleurs, l'Afrique reste un continent qui subit toujours une très grande fragmentation et de nombreuses crises politiques qui représentent un obstacle au développement de nombre de ses pays.

Les sociologues et les juristes, ainsi que les acteurs de la société civile, sont unanimes aujourd'hui pour affirmer que l'Afrique ne peut se développer que par le tissage de nouveaux liens sociaux fondés sur le respect des droits et des libertés. La sphère économique ne peut prospérer que dans un contexte de démocratie et de respect des droits et des libertés, individuelles et collectives.
Le continent souffre également de rapports entre États emprunts de méfiance réciproque, qui constituent le handicap majeur pour le développement transfrontalier du continent. Il ne faut pas non plus minimiser les crispations identitaires, comme l'éclosion des mouvements islamistes et des groupes terroristes qui contribuent à la fragilisation du continent. Ces facteurs ne sont pas en faveur d’un développement économique serein du continent, mais sont loin d’être insurmontables. L’Afrique jouit donc de nombreuses opportunités que l’État ne peut à lui seul concrétiser.

Le secteur privé et les investisseurs ont une partition vitale à jouer pour permettre au continent d’émerger enfin, mais avec des garanties et des informations sur la tâche à accomplir, le rôle à jouer et les pièges à éviter. Il est important d’appréhender et de comprendre cette région en pleine mutation. La page de la compréhension souvent incomplète, voire erronée, fondée sur un flot de préjugés, d'idées reçues et de contre-vérités sur l’Afrique doit être tournée pour en ouvrir une autre, plus claire et plus objective sur les forces et les faiblesses d’un continent très prometteur.

Lorsqu’il était secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan déclarait que «la rentabilité en Afrique est l’un des secrets les mieux gardés de la scène économique mondiale». L’Afrique regorge d’opportunités, mais également d’obstacles et son manque de stabilité en est certainement l’un des principaux. Les guerres et les conflits sont une constante dans le paysage politique africain. Rares sont les pays qui ont connu la stabilité depuis leur indépendance. C’est pourtant un facteur-clé dans la décision d’investissement qui explique pourquoi certains pays n’attirent pas suffisamment les investisseurs, malgré un fort potentiel. L’avenir nous dira si le bon déroulement des élections au Sénégal et au Nigeria ou l’accord de paix conclu en Centrafrique sont des exemples amenés à se multiplier.

La qualité et la quantité de ses infrastructures sont un autre handicap pour l’Afrique : certains pays ne disposent pas d’un réseau routier valable ou d’un accès généralisé à l’électricité. Conscients du problème, ils se sont engagés dans des travaux pour développer leurs infrastructures : par exemple, la Côte d’Ivoire a engagé de grands chantiers d’équipement et le trio Kenya-Ouganda-Rwanda, avec le «modèle du corridor nord», procède à des améliorations d’infrastructures dans ces pays. De leur côté, les États-Unis ont engagé plusieurs initiatives pour aider le continent à résoudre ce problème, notamment avec Power Africa, U.S.-Africa Clean Energy Finance, l'Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) et la Millennium Challenge Corporation.
Autre handicap : l’Afrique doit faire face à des problèmes majeurs d’éducation et de formation de sa population. Dans la plupart des pays du continent, les structures éducatives n’ont pas évolué assez vite pour satisfaire les besoins croissants.

Les systèmes éducatifs ne parviennent pas à apporter la formation nécessaire au plus grand nombre et l’éducation reste un luxe réservé aux plus aisés. Certains États comme le Rwanda tentent pourtant de réagir en créant des programmes d’alphabétisation massifs, tandis que les États-Unis, par exemple, soutiennent plusieurs projets pour renforcer la formation des ressources humaines : l’Initiative pour les jeunes leaders africains (YALI), le Programme pour l’entrepreneuriat féminin en Afrique, le Programme de l’éducation supérieure pour le développement, etc.

L’idéal serait bien sûr que les investisseurs et entrepreneurs développent des modèles économiques adaptés au continent qui lui apporteraient un changement durable et transformateur et assureraient sa prospérité économique et sociale. La clé d'une telle adaptation est la création de richesses découlant du développement. L'environnement des affaires en sera amélioré, devenant stable et productif. En proposant des solutions durables aux problèmes socioéconomiques africains (l'électrification, le logement, l'agro-alimentaire, les télécoms, l'infrastructure, le financement et la bancarisation), les entrepreneurs contribueront à la stimulation de sa diversification économique et à sa transformation structurelle. Sans intégration ni mise en place de projets structurants, les efforts entrepris resteront vains. Mais de nombreux pays entament une réflexion autour du développement de projets communs.

Le plus abouti est certainement le «modèle du corridor nord» évoqué précédemment. Les États-Unis espèrent également renforcer cette intégration par le biais de Trade Africa.
Ainsi, et malgré de nombreux freins, l’Afrique est aujourd’hui de plus en plus prisée par les investisseurs, encouragés par les prévisions très optimistes des institutions internationales depuis 2013. Et ce malgré le fait que les perspectives de croissance du continent aient été légèrement revues à la baisse à cause de la chute des prix des matières premières. Le continent africain a de nombreux atouts, autres que ses matières premières : des secteurs à fort potentiel tels que l’agriculture et les énergies renouvelables en font partie.

L’Afrique dispose aujourd’hui d’une classe moyenne solide et dynamique qui sera amenée à consommer de plus en plus, entrainant dans son sillage une croissance robuste. Cette nouvelle classe émergente aura besoin de s’équiper, de se loger, de se vêtir, de souscrire des assurances : les entreprises qui auront su saisir les opportunités aujourd’hui en profiteront largement demain. 







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