Transformation des ressources naturelles, développement humain et émergence de l’Afrique comme nouvel acteur de la gouvernance mondiale

Le modèle de coopération Sud-Sud prôné par le Maroc

Mhammed Echkoundi *,LE MATIN
29 December 2016 - 17:10
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Les visites royales fréquentes effectuées dans plusieurs pays africains témoignent, à n’en pas douter, de l’importance qu’accorde la politique étrangère du Royaume au renforcement des relations multidimensionnelles avec tous les pays du continent.

Le Maroc, fort de sa diplomatie économique, empreinte de pragmatisme et du sens de solidarité agissante avec les pays de l’Afrique de l’Ouest, central, de l’Est et australe, est déterminé, comme le montrent amplement la dernière tournée royale dans certains pays africains anglophones (le Rwanda, la Tanzanie, l’Éthiopie et le Nigeria), à jouer le rôle de locomotive et d’acteur important dans la quête du renforcement du rôle de l’Afrique sur la scène mondiale. Il devient donc un acteur majeur dans un monde en pleine métamorphose, caractérisé par le déplacement du centre de gravité de la croissance mondiale vers l’Asie.

Une situation mondiale qui résonne en Afrique par la diversification des partenaires, l’émergence de nouveaux modèles de coopération et de nouvelles sources de financement. Autant dire que l’Afrique est devant une opportunité historique pour tirer profit de ce nouveau monde en gestation afin de redéfinir sa place dans la mondialisation par la diversification de la structure productive (ne plus dépendre de l’exportation des matières premières à l’état brut), la conversion de la croissance en développement humain, l’investissement dans les capacités pour une Afrique des entrepreneurs et l’exploitation des complémentarités pour une Afrique intégrée.
Dans ce contexte, et fort de sa diplomatie économique qui fait intervenir un ensemble d’acteurs et de secteurs ô combien stratégiques pour le développement de l’Afrique, le Maroc promeut un nouveau modèle de coopération, en plus de celui défendu par les anciennes et nouvelles puissances. Il s’agit d’une coopération Sud-Sud émanant de l’Afrique et orientée vers la réalisation des objectifs visant le développement de celle-ci. Des secteurs tels que l’agriculture, la finance classique et nouvelle (banques et marchés financiers), l’assurance, la logistique, l’aménagement, l’agro-alimentaire, la santé à travers l’industrie du médicament, les corridors de transport, sont des avantages comparatifs que le Maroc fait valoir dans sa dynamique de renforcement des relations avec les autres pays du continent.

Les accords et conventions signées entre le Maroc et les cinq pays africains ayant fait l’objet de la dernière visite royale attestent les mutations structurelles qui caractérisent le processus de coopération interafricaine.
En effet, qu’il s’agisse du Rwanda, de la Tanzanie, de l’Éthiopie, de Madagascar, du Nigeria et bientôt de la Zambie, nous avons affaire à une nouvelle génération de leaders dotés d’une vision pour le développement de leurs pays respectifs. Cette vision fait qu’ils ont une idée bien arrêtée sur les domaines de coopération qu’ils comptent privilégier.

C’est ainsi que les conventions signées avec le Rwanda ont privilégié l’agriculture (unité de fabrication des engrais), les nouvelles technologies, la finance et l’entrepreneuriat), les énergies renouvelables. Les conventions signées avec la Tanzanie ont porté sur la logistique et les corridors pour un pays qui ambitionne de devenir un hub logistique de l’Afrique de l’Est, l’agriculture et l’assurance pour protéger les revenus des petits agriculteurs, en plus de la microfinance. Avec l’Éthiopie, il fut question de répondre aux besoins urgents en matière de sécurité alimentaire (la création d’une plateforme dédiée à la production des engrais), de la mise en place d’une unité de transformation des fleurs et des énergies renouvelables. Pour Madagascar, l'attention a été portée sur le financement des projets par les banques, l’accompagnement des entreprises malgaches par les banques marocaines, l’aménagement du canal des Bangalanes et la mise en place d’un hôpital dédié à la mère et l’enfant ainsi qu’un Institut de formation au tourisme et l’agriculture dans une ville chargée d’histoire et d’émotion pour le Maroc, Antsirabe.

La visite royale au Nigeria fut le point d’orgue de cette tournée de coopération Sud-Sud interafricaine. Les conventions signées, portant notamment sur la mise en place d’un gazoduc reliant le Nigeria au Maroc en passant par les pays africains riverains de l’Atlantique, réconfortent le choix du Maroc de faire de cet espace atlantique un territoire de co-développement énergétique, logistique, infrastructurel et un pôle de compétitivité régionale.
Tout cela en capitalisant sur les acquis de la COP 22 de Marrakech, dans la mesure où une partie du projet sera financée par le fonds d’investissement dédié aux infrastructures propres créé en marge de ce sommet. Ce qui veut dire que dans ses relations avec l’Afrique, le Maroc est conscient des interférences qui existent entre le global, le national et le régional.

Plus loin encore, en se rapprochant de Madagascar, le Maroc se positionne aux portes de l’Afrique australe et nourrit l’ambition légitime de renforcer sa présence économique, sociale et politique avec les pays de cette région. Force est de constater que malgré la proximité des pays de l’Afrique australe de l’Afrique du Sud (un géant africain qui s’est vu privé de sa place de la première économie africaine en termes de contribution au PIB), et malgré le fait que ces pays soient très dépendants de la même Afrique du Sud en matière d’importations et d’exportations, ils n’ont guère profité de cette ancienne puissance africaine, dans la mesure où plusieurs années après la fin de l’apartheid, des pays tels que le Swaziland ou le Lesotho restent parmi les plus pauvres d’Afrique, et d’autres, comme le Botswana, la Zambie ou la Namibie, n’ont pas pu profiter de la dynamique des entreprises sud-africaines pour diversifier leurs structures productives. En tout cas, c’est ce que laisse penser la tendance de la Zambie à s’ouvrir sur de nouveaux partenaires et l’intérêt croissant qu’elle accorde au renforcement des relations avec le Maroc.

En définitive, le Royaume, fort de son modèle de coopération Sud-Sud qui associe le national, le régional et le global, est déterminé à s’ouvrir sur les pays de l’Afrique australe. Son avantage dans certains domaines tels que le développement durable et l’agriculture reposant sur le phosphate, la petite agriculture reposant sur l’accompagnement, le financement et l’assurance, l’expertise de ses banques, en plus de ses acquis touristiques, sont des domaines dans lesquels les pays d’Afrique australe, à l’instar de la Zambie, le Malawi ou le Mozambique, éprouvent des difficultés. C’est en cela que la présence du Maroc dans cette région en dit long sur le statut d’acteur africain majeur auquel le Maroc peut, légitimement, prétendre. 


Mhammed Echkoundi 
Professeur d’économie à l’Université Mohammed V Institut des études africaines







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