Électrification de l’Afrique

Les lignes d’interconnexion pour sécuriser l’approvisionnement du continent

Saïd Naoumi,LE MATIN
26 February 2016 - 17:56
electrification-de-lAfrique-.jpg Ahmed Nakkouche, le patron de Nareva, a adressé un message fort aux opérateurs et décideurs africains en soutenant que les Africains doivent compter sur eux-mêmes pour l’électrification de leur continent. Ph. Seddik

C’est le message fort du panel «Quel modèle d’électrification pour l’Afrique ?» organisé vendredi lors du Forum Afrique Développement : la multiplication des lignes d’interconnexion électrique entre les pays du continent représente la meilleure solution pour élargir l’accès à l’électricité et sécuriser l’approvisionnement. Le taux d’électrification du continent frôle à peine 30% actuellement, ce qui ralentit la croissance de l'économie africaine.

L’Office national de l’électricité et de l'eau potable (ONEE) est très avancé dans la réalisation de l’étude de faisabilité d’une ligne d’interconnexion électrique avec la Mauritanie. L’annonce a été faite par le directeur général de l’Office le 26 février à Casablanca lors d’un panel au Forum Afrique Développement (25 et 26 février) sur le thème : «Quel modèle d’électrification pour le continent africain ?» Pour le patron de l’établissement public, la multiplication des lignes d’interconnexion électrique est plus que prioritaire aujourd’hui puisqu’elle permettra de sécuriser l’approvisionnement en électricité des pays interconnectés. «La sécurisation de l’approvisionnement est possible grâce aux interconnexions, car qui dit interconnexion dit échanges dans plusieurs sens», souligne Fassi Fihri.

Rappelons, par ailleurs, que le Maroc mène actuellement une étude de faisabilité pour un autre projet d’interconnexion électrique avec le Portugal. Ce projet, qui aura fait l’objet de réflexions entre décideurs des deux pays pendant plusieurs années, a été officialisé lors des travaux de la douzième réunion de haut niveau Maroc-Portugal, tenue en avril 2015. Le Maroc est déjà interconnecté avec l’Espagne depuis 1997 par un câble sous-marin d’une capacité de 700 MW. Un premier renforcement a eu lieu en 2006 grâce à un deuxième câble sous-marin, ce qui a porté la capacité totale d’interconnexion à 1.400 MW.
Fassi Fihri est revenu dans son intervention sur l’expérience marocaine dans l’électrification rurale. «Le programme d’électrification rurale global (PERG) aura permis de porter le taux d’accès des populations à l’électricité à 99,7%.

En tout, le processus aura englouti 2,5 milliards d’euros d’investissement. La réussite du PERG, qui a profité aussi bien à des entreprises européennes que marocaines à travers des investissements dans le secteur, constitue aujourd’hui un modèle qui est en train d’être reproduit à travers des partenariats avec des entreprises marocaines et des concessions dans plusieurs pays frères», affirme Fassi Fihri.

Alassane Ba, directeur général du Fonds Africa50 dont le siège est au Maroc, qui participait au panel, indique pour sa part que quand on pense à la problématique de l’électrification de l’Afrique, on soulève très souvent le problème de l’argent. Or, nuance-t-il, il y a d’autres aspects importants auxquels il faudrait penser en premier, dont le leadership. «C'est-à-dire est-ce qu’il y a une réelle ambition chez nos politiques de sortir nos zones rurales de l’obscurité ? Je dois souligner également un autre aspect très important, c’est la mobilisation des ressources.

Parce que nous touchons à un domaine où le pouvoir d’achat et relativement limité. Il faudra donc trouver les bons mécanismes en termes de financement et donc de ressources concessionnelles pour pouvoir offrir l’accès à l’électricité avec des tarifs abordables. En fait, il s’agit de réfléchir aux formes de subventions possibles au niveau des raccordements et faire intervenir ainsi le privé, les collectivités locales et les entités décentralisées», explique Alassane Ba. Pour lui, l’électrification du continent doit être la bataille de tout le monde. Son argument : «le taux d’électrification dans le continent est actuellement de 30%. Et même avec ce taux, le continent arrive à engranger 6% de croissance. Imaginez si ce taux était beaucoup plus important ! L’Afrique aurait réalisé du coup les meilleurs taux de croissance. En plus, il faut savoir que 50% de la production agricole est perdue dans certaines filières dans le continent à cause essentiellement du manque d’électricité».

Ahmed Nakkouche, président-directeur général de Nareva, a pour sa part axé son intervention sur le mix énergétique. «Bien malin celui qui pourrait prévoir l’évolution future des cours du pétrole. Le prix des hydrocarbures est stable pour le client, par contre le risque est supporté par l’investisseur. C’est pour cela que tous les pays doivent avoir un mix énergétique. Car cela leur permet d’avoir une visibilité sur les prix à long terme.

En effet, les prix pour les énergies renouvelables sont stables dans le temps à travers des contrats sur 20 ans voire au-delà», explique le patron de la filiale de la Société nationale d'investissement, spécialisée dans les énergies renouvelables. Pour Nakkouche, le grand problème pour l’électricité c’est qu’elle nécessite de lourds investissements difficilement rentabilisables. Le patron de Nareva a adressé un message fort aux opérateurs et décideurs africains en soutenant que les Africains doivent compter sur eux-mêmes pour l’électrification de leur continent. 







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