Diplomatie marocaine

Recentrage, diversification et label Maroc

Bouchra Rahmouni Benhida*,LE MATIN
22 December 2016 - 18:49

Plus que les années précédentes, 2016 a été marquée par un grand dynamisme diplomatique marocain. Sous l’impulsion de S.M. le Roi Mohammed VI, la politique étrangère marocaine obéit à une matrice fondée sur la personnalité stratégique du Royaume et sur un positionnement souverainiste.

La nouvelle diplomatie marocaine consisterait à diversifier la base des alliances, redevenir central dans les dossiers du Moyen-Orient et devenir un acteur géopolitique régional incontournable. Le Maroc veut aller au-delà du fait d’être un exemple de stabilité à suivre dans la région, il veut faire entendre sa voix à travers le continent et le monde arabo-musulman. Certains médias présentent le discours de Riyad comme étant un virage anti-occidental de la diplomatie marocaine, alors qu'il s’agit plutôt d’un «positionnement souverainiste» et d’une «autonomie stratégique» que le Maroc, civilisation millénaire, a toujours affichés.

Un positionnement et une autonomie requis aussi bien pour l’Afrique que pour le monde arabe à travers, respectivement, des discours qui resteront désormais historiques : le discours d’Abidjan et celui de Riyad. Les propos de Sa Majesté le Roi Mohammed VI sont clairs, il ne veut en aucun cas que le monde arabe soit réduit à la périphérie d’un centre qui se situerait ailleurs. Par son leadership confirmé dans les négociations interlibyennes à travers, d’une part, l’accueil des rounds de pourparlers et, d’autre part, à travers le rôle très important d'appui politique au processus de ces négociations, sa contribution à l’intervention au Yémen, le Maroc prouve une fois de plus qu’il est un acteur stratégique dans la préservation de l’essence géopolitique de la région, dont la régulation ne doit en aucun cas être laissée à la seule initiative des puissances extérieures.

La coopération Maroc-Conseil de coopération du Golfe devrait être considérée, au regard de la redéfinition de la place du monde arabe dans la nouvelle gouvernance mondiale, comme un déterminant important de la croissance économique en Afrique du Nord. D’où l’importance, malgré la conjoncture défavorable, de poursuivre les efforts consentis en ce sens. L’objectif étant de faire émerger, chemin faisant, de nouveaux modèles de développement, qui ne dépendent pas uniquement de la conjoncture internationale.

Quant à la logique de diversification d’alliances, pilier fondamental de la stratégie royale, elle est dictée par la nouvelle redistribution des rapports de force dans la mondialisation actuelle qui ne peut se comprendre qu'en adoptant une interprétation géopolitique et géo-économique de la donne actuelle.
Le monde devient multipolaire et la pensée unique est de plus en plus discutée. Déjà économiquement, l'émergence de pays comme la Chine a réussi à écorner la puissance des Occidentaux et cela malgré toutes les critiques. Et maintenant, politiquement et géopolitiquement, des pays comme la Russie et la Chine, tous deux alliés, sont bien décidés à jouer un rôle majeur. La Fédération russe et la Chine sont des acteurs qui pèsent lourd dans le cercle restreint des membres permanents du Conseil de sécurité. Et le Maroc, qui essaie de convaincre la communauté internationale de son plan d’autonomie, a tout intérêt à avoir des alliés diplomatiques de poids comme la Russie et la Chine.

Avoir Moscou et Pékin comme alliés supplémentaires sur le dossier du Sahara renforcera la position marocaine face au comportement partial dont a fait preuve dernièrement le secrétaire général des Nations unies en tenant des propos inappropriés politiquement et contraires aux résolutions du Conseil de sécurité. À titre de rappel, le secrétaire général des Nations unies n’a pas de pouvoir de décision, qui appartient au Conseil de sécurité de l’ONU. Sur le plan économique, conscient du rôle déterminant qu’il peut jouer dans la mondialisation, le Maroc met en œuvre tous les moyens dont il dispose pour se mettre en valeur, tirer le meilleur parti possible de ses relations avec ses partenaires et booster son développement économique. Sur ce volet, le Royaume a beaucoup à gagner en jetant les ponts avec la Russie et la Chine. Ces pays sont des acteurs importants de la mondialisation et cela de plus en plus.

Le Maroc acquiert puissance, influence et crédibilité

Un Maroc puissant : Dans un environnement instable et dangereux et en quête d’une alternative au leadership, le Maroc dispose d’un potentiel et a fait ses preuves en matière de lutte contre le terrorisme, expérience dont pourrait bénéficier à plus grande échelle toute la région. La coopération antiterroriste avec les Européens et les relations poussées avec les pays confrontés à la menace terroriste font de lui un pays phare dans la résolution des équations sécuritaires dans la région MENA-Afrique. Militairement, les classements font de son armée une des meilleures de la région.

Un Maroc influent : Un Maroc dont le modèle de l’Islam commence à s’exporter en Afrique et dans le monde arabe. Un modèle fondé sur l’inclusion de tous les acteurs du champ religieux dans un cadre organisé incitant au renoncement à la violence et appelant à la lutte contre la radicalisation des croyants. Une radicalisation qui transforme l’Islam en une idéologie de l’exclusion et de la haine sociale et au non-respect des fondamentaux du vivre-ensemble national.
Un Maroc crédible : Co-création, co-émergence, co-développement, transition énergétique, des concepts que le Maroc a su décliner en actions concrètes de façon à bâtir un projet de société cohérent et pertinent non seulement pour le Maroc, mais au-delà.

Le référent central de cette dynamique étant : la promotion du Label Maroc. Il ne s’agit guère d’un slogan de circonstances, mais d’une stratégie bien réfléchie et bien pensée qui constitue le soubassement d’une diplomatie dynamique, diversifiée et anticipative permettant au Royaume d’élargir les partenariats et la coopération à
l’international. 


Bouchra Rahmouni Benhida
Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.



La géopolitique et la géo-économie, deux facteurs déterminants

La nouvelle redistribution des rapports de force dans la mondialisation actuelle ne peut se comprendre qu'en recourant à une interprétation géopolitique et géo-économique de la donne actuelle. La pertinence de cette interprétation a un impact majeur sur les rivalités des puissances dans l’actuel système international. Le dispositif géo-économique est un moyen important dans la mise en place d'une politique étrangère efficace, demeure un élément de puissance et de rayonnement international et concourt au renforcement du potentiel économique et social. Dans cette vision géo-économique, le Maroc ne pouvait plus justifier l’absence d’une politique étrangère économique efficace. Il se devait de prendre en considération l’importance croissante des facteurs externes dont la prospérité nationale dépend en raison de l’internationalisation de l’économie. L'avènement en 1999 du règne de S.M. le Roi Mohammed VI ouvre la voie aux nouvelles ambitions du Maroc dans l'Afrique. Le Souverain a multiplié les visites en Afrique, témoignant de l’étroitesse des liens, ancrés dans le temps long unissant le Maroc au continent. Une approche visionnaire qui n'a pas manqué de donner ses fruits. On assiste dès lors à une redynamisation des relations avec plusieurs pays africains, dont témoigne la signature de nombreux accords de coopération. Les relations séculaires avec cette région et la configuration géo-économique du pays imposaient une telle destination. Le Maroc trace la voie d'une approche particulière et différente en plaçant sa stratégie géo-économique sous le signe de la «coopération Sud-Sud» et de la co-création. En prenant des participations dans des fleurons nationaux, en investissant dans des projets sociaux, en encadrant et en accompagnant les pays africains dans leur transition politique et économique, il deviendra de plus en plus difficile de se passer de son avis et de son soutien sur des questions de plus en plus stratégiques. À travers sa géo-économie en Afrique, le Maroc cherche à consolider et renforcer les précieux leviers dont il dispose pour construire une politique africaine innovante et performante permettant aux Africains d’accéder au rang des créateurs et des producteurs... d’accéder au club des grands.



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