Entretien avec Niama El Bassunie, PDG et fondatrice de WaystoCap

«Les entrepreneurs africains devront contribuer à des initiatives qui accéléreront les aspects liés au paiement en ligne»

,LE MATIN
19 Février 2017
Le-digital-.jpg Le digital offre de nouvelles opportunités aux entrepreneurs africains pour le développement de solutions innovantes répondant aux problématiques du continent.

Le secteur du e-commerce est en plein essor dans différentes régions du monde, dont l'Afrique. Avec une population jeune et en pleine croissance, le continent connaît un développement rapide du digital depuis déjà plusieurs années, ce qui explique l’intérêt et une présence importante de grands acteurs du secteur. À côté de ces multinationales, plusieurs jeunes ont décidé de se lancer et créer leurs projets. Niama El Bassunie, PDG et fondatrice de WaystoCap, en fait partie. La startupper, qui a réussi à intégrer l’accélérateur le plus renommé au monde «Y combinator», ambitionne de participer à l’intégration et la simplification du trading/e-commerce sur le continent.

Éco-Emploi : Malgré la présence de grands acteurs, le e-commerce peine
à décoller dans certains pays d’Afrique. Quels sont les freins ?
Niama El Bassunie : Effectivement, avec une population jeune et en pleine croissance, appelée «génération internet», le continent connaît depuis déjà plusieurs années un essor rapide ; ce qui explique l’intérêt et une présence importante de grands acteurs du e-commerce. Le continent devrait connaitre une croissance significative dans les années à venir ; mais pour capter ce potentiel, des freins devraient être levés concernant l’écosystème du e-commerce, notamment liés au mode de paiement, au changement d’état d’esprit vis-à-vis du «virtuel» (là où les gens ne croient qu’au «toucher»), ainsi que la fragmentation en termes de chaîne logistique et d’infrastructures. Pour faire face à ces challenges, à mon sens, les entrepreneurs africains devront contribuer à des initiatives qui accéléreront les aspects liés au paiement en ligne et ainsi poser les bases du développement du e-commerce au niveau du continent.

Qu'est-ce qui a motivé votre choix de cibler tout le continent à travers votre plateforme ?
Tout a commencé il y a quelques années, après avoir quitté le monde du conseil en management à Londres, quand je me suis lancée à mon propre compte. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée à Conakry où j’ai commencé à comprendre comment nous, en tant qu’Africains, pouvons nous-mêmes changer les choses afin de contribuer au développement de notre continent.
Ces 8 mois passés à Conakry ont été une expérience, non seulement enrichissante au niveau personnel, mais cela a aussi été le début de l’aventure qui a abouti à WaystoCap.
WaystoCap a comme vision d’être une «marketplace» B2B qui facilite le trading entre le continent africain et le reste du monde.
Les tendances économiques, démographiques et de consommation montrent que le marché africain constitue une véritable opportunité de croissance ; une population jeune combinée à un esprit entrepreneurial est un atout. Nous sommes convaincus que la prochaine vague d’innovation et de développement viendra de l’Afrique dont nous voulons faire partie.
Il est vrai que nous avons focalisé nos efforts dans un premier temps sur l’Afrique de l’Ouest ; cependant notre vision a toujours été d’adresser l’ensemble du continent avec le même modèle. En effet, l’objectif est double : (i) capter cette opportunité à l’échelle africaine et (ii) participer à l’intégration et la simplification du trading/e-commerce sur le continent.

Pourquoi avez-vous décidé de partir aux États-Unis pour lever des fonds ?
On peut dire que la Silicon Valley est venue vers nous. Nous avions déjà des contacts à travers des amis aux États-Unis qui nous ont encouragés à prendre
attache avec des investisseurs américains lorsque nous leur avons présenté WaystoCap. Dans cette dynamique, nous avons postulé à l’accélérateur le plus renommé au monde «Y combinator» ou «YC» (le taux d’acceptation est plus bas que Harvard !). De cet accélérateur sont sorties 9 unicornes (sociétés avec une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars), les plus connus d’entre eux sont Airbnb et Dropbox.
Au-delà de fournir un capital d’amorçage, cet accélérateur met aussi à notre disposition un réseau des meilleurs entrepreneurs du monde prêts à nous accompagner dans notre développement surtout dans les domaines technologiques, les stratégies de croissance et de marketing des «marketplace».
Bien sûr, nous restons confiants à l’idée de travailler avec des investisseurs
locaux.

Quelles sont les clés de succès dans la recherche de financements ?
Tout d’abord, la vision doit être claire et percutante. Nous voulons révolutionner le trading en Africaine via notre «marketplace» qui permet aux entreprises africaines de trouver des produits, de gérer la transaction, d’accéder aux financements, et d’assurer la sécurité de paiement.
D’autres clés de succès dans la recherche de financements sont une équipe exceptionnelle, un produit au moins dix fois meilleur que ce qui existe et pas seulement une simple amélioration, cibler un grand marché et être sûr d’avoir un aperçu unique.
Par ailleurs, il est tout aussi important de bien choisir les investisseurs sur ce qu’ils peuvent vous apporter au-delà de l’aspect purement financier.

Vos conseils pour les entrepreneurs...
Quand vous avez un rêve, il faut faire preuve de ténacité tous les jours pour le réaliser. À travers les différentes success-stories que l’on connait tous, on peut avoir l’impression que le lancement d’une start-up est facile, alors que la réalité est beaucoup plus complexe !
Le principal conseil que je donnerais consiste à partir sur des idées qui vous correspondent, voire une expertise dont vous disposez. Bien sûr, il s’agit d’avoir une vision claire tout en restant flexible et agile pour pouvoir affronter les différents obstacles (et il y en aura beaucoup !).
Il faut être prêt à faire de grands sacrifices sans nécessairement avoir la certitude du résultat : la ténacité tout en sachant se remettre en question quand il le faut est la clé de la réussite d’un entrepreneur. 





E-MATIN
Feuilletez LEMATIN
comme si vous le teniez
entre les mains

L'édition du
24 Juillet 2017
est maintenant disponible
pour les abonnés