Management

Au secours, mes collaborateurs sont indécis !

,LE MATIN
30 Mars 2017
Management.jpg Si l’indécision a un caractère personnel, il faudra en discuter en toute franchise afin d’aider la personne à se dépasser.

En entreprise, certains collaborateurs trouvent des difficultés à prendre des décisions et à trancher, notamment lorsque les enjeux sont importants. Une attitude qui peut engendrer des retards au niveau du travail et qui s’explique le plus souvent par la peur des conséquences au cas où la décision serait erronée. Le point avec Malgorzata Saadani, coach, consultante certifiée ICC et DG d'ANC Communications.

Éco-Conseil : Quels sont les facteurs qui empêchent les collaborateurs
de décider quand les enjeux sont importants ?
Malgorzata Saadani : Quelle que soit la nature du poste, chaque personne est amenée un jour ou l’autre à prendre des décisions. Bien sûr, cet exercice est fréquent et quotidien pour les managers et les responsables, et un peu moins présent dans l’exercice des missions subordonnées. Une deuxième différence majeure entre ces deux catégories de décisions c’est justement l’enjeu : plus il est important, plus nous prenons de temps avant de valider. Le plus souvent, c’est le temps vraiment nécessaire : nous collectons les informations et les données, nous les analysons et étudions les différentes simulations, nous en discutons avec les collègues ou les experts, pour enfin donner notre avis et apposer notre signature. Le problème de l’indécision apparaît lorsque ce temps est disproportionné par rapport à la nature de la décision, lorsque ces retards deviennent répétitifs, ou encore quand nous assistons au phénomène de l’évitement systématique. Ce dernier à son tour est le plus souvent lié à la peur des conséquences au cas où la décision serait erronée.

Comment pousser un collaborateur indécis à prendre rapidement
une décision ?
Tout d’abord, je pense qu’il faut bien comprendre ce qui retarde cette personne dans sa prise de décision, parce que notre mode d’action va varier en fonction des origines du problème. Si son retard est rationnellement justifié par exemple par le manque d’information, nous pouvons l’aider à faire des recherches plus efficaces en lui indiquant quelques pistes à explorer ou en lui fournissant quelques explications supplémentaires. Si l’indécision a un caractère personnel, il faudra en discuter en toute franchise afin d’aider la personne à se dépasser : lui rappeler qu’elle n’est pas toute seule et qu’elle bénéficie du soutien et de la confiance de la part des collègues et de la hiérarchie. L’attentisme et l’inertie peuvent aussi faire partie de la culture tacite de l’entreprise, surtout si le turnover des responsables est régulier. Dans ce cas, nous ne parlerons pas d'une indécision à caractère personnel, mais plutôt d’une certaine défaillance organisationnelle. Cette dernière étant beaucoup plus grave parce qu’elle a un effet inhibiteur même sur les personnes tout à fait aptes et prêtes à prendre des décisions dans le rythme normal.

Est-il recommandé de faire appel à un coach professionnel dans ce genre de situation ? En quoi consistera son travail dans ce cas ?
Si le manager n’a pas le temps ou la patience pour encadrer un collaborateur en difficulté, le recours à un coach peut effectivement débloquer la situation. Dans ce cas, il faudra être très attentif au profil et à l’expertise de l’intervenant et bien préciser sa mission pour qu’à la fin du processus le coaché soit vraiment autonome dans son action. Le travail de coaching commencerait par la définition précise des freins objectifs et subjectifs à la prise de décision. Ensuite, ça serait l’accompagnement du coaché dans l’élaboration de sa matrice de prise de décision personnelle, une sorte de mode d’emploi flexible qui lui faciliterait le travail dans tout type de situations dans l’avenir. Parallèlement, il s’agirait de renforcer sa confiance en soi, lui apprendre à assumer ses responsabilités et les conséquences de ses décisions et de ses actes. C’est une forme de courage social, de maturité qu’il faut normalement acquérir et développer dès son jeune âge et qui aide durant toute une vie. Malheureusement, certains parents pensent bien faire en déresponsabilisant leurs enfants qu’ils croient «gâtés», et il s’avère bien plus tard que c’est tout le contraire : ils les handicapent sur le plan décisionnel. n

Expérience, rapidité de réflexion et intuition

Face à une décision importante, n’hésitez jamais à poser des questions pour augmenter vos chances de prendre une décision plus juste. Dans beaucoup de situations, nous sommes objectivement devant l’indisponibilité des bases rationnelles complètes ou encore devant un facteur «temps» extrêmement limité. Il faut alors savoir décider presque sans le support. Dos au mur, nous aurons comme seuls atouts notre expérience du passé, notre rapidité de réflexion et notre intuition. Autant être conscient de nos limites et assumer la réalité parfois vraiment imprévisible dans les calculs.





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