«La conscience de la reconnaissance» de Mohamed Noureddine Affaya

Une réflexion autour des mécanismes fondateurs de notre société

Ouafaa Bennani,LE MATIN
17 Avril 2017
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Dans le cadre du programme «Motabaât», consacré à la lecture des publications en philosophie et en sciences humaines et sociales, la Fondation ONA a organisé une rencontre autour du nouveau livre de Mohamed Noureddine Affaya «La conscience de la reconnaissance : l’identité, la femme, la connaissance».

Ayant pour objectif de réhabiliter la pensée et la pratique philosophiques, par la lecture, l'étude et la discussion collective, le programme «Motabaât» agit, également, pour la promotion de l'écriture philosophique au Maroc et pour la conscience de l'importance de la lecture dans l'acquisition de connaissances dans le monde d'aujourd'hui. C’est ainsi que cette première rencontre a réuni des professeurs universitaires, notamment Machrouhi Dahbi et Mohamed Tahzima, tous deux ont livré une lecture autour du livre d’Affaya. Cet ouvrage, édité en 2017 par le Centre culturel du livre, s’intéresse à la problématique de la conscience de la reconnaissance, du fait qu’elle est l’un des principaux ingrédients de la société moderne, aux côtés des mécanismes de la confiance et de la compétence. Selon Noureddine Affaya, évoquer cet impératif de la reconnaissance et de la conscience, «c’est prendre conscience des déficits éthiques, politiques et culturels dont on souffre dans nos sociétés en général, et au Maroc, en particulier. Sachant que le monde moderne est fondé sur un ensemble de supports fondateurs qui sont, essentiellement, la confiance et la reconnaissance, la compétence et plusieurs autres conditions, comme la liberté aussi». Le professeur de philosophie moderne et d’esthétique à l’Université Mohammed V de Rabat souligne à ce propos que quand la défiance s’installe, cela veut dire que quelque chose ne va pas bien dans les relations intersubjectives et interhumaines, essentiellement entre le politique et la société.

En même temps, l'auteur défend la thèse estimant qu’il est difficile d'imaginer un projet de renaissance sans se libérer de tous les aspects d'humiliation et d'exclusion de la vie publique. Ce livre, qui vient après les nombreuses publications d'Affaya, propose une réflexion autour de cette thématique en se basant sur l’histoire de la pensée, les faits sociaux et historiques qu’on affronte quotidiennement, sur les grandes problématiques concernant l’identité, sur la question de la femme et son statut dans la société, puis sa reconnaissance en tant qu’être humain respectable et respectueux. «Dans la question de l’État, j’ai fait une recherche dans les mécanismes de légitimité pour un État, la question du savoir et comment on peut construire ou déconstruire, ou bien perturber un processus de construction, des compétences des personnes pour fonder une société. C’est tout un ensemble de questions, de problématiques qui sont là et qu’on affronte quotidiennement dans notre société marocaine». 


Questions à Mohamed Noureddine Affaya, philosophe

«J’ai fait une première réflexion sur cette thématique en l’an 2000»

Le Matin : Quels sont les philosophes qui ont commencé à aborder cette thématique de la conscience
de la reconnaissance ?
Mohamed Noureddine Affaya : La conscience de la reconnaissance a été initiée, réfléchie, pensée et interrogée depuis le 17e siècle. Hegel a été le premier grand philosophe qui a essayé un peu d’intégrer cette dimension dans sa compréhension globale, et ce, dans la question du travail, à partir de la dialectique de ce qu’il a appelé «le maître et l’esclave». À partir des années 50 du siècle dernier, un ensemble de philosophes et penseurs, américains et allemands, arrêtent la question de la diversité et de la pluralité. Aux États-Unis, ce fut avec le grand penseur canadien Charles Taylor, qui est parmi les penseurs ayant initié la thématique de reconnaissance à partir de la pluralité culturelle. Car les sociétés
canadienne et américaine sont fondées sur cette reconnaissance.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire de même ?
J’ai d’abords constaté que chez nous on n’y pense même pas. J’ai commencé avec clin d’œil à cette thématique, lorsque j’avais publié, en 2000, un petit livre intitulé «La pensée et le pouvoir» avec le sous-titre «Pour une culture de la reconnaissance». C’était la première réflexion sur cet impératif de la reconnaissance dans notre société. Sachant que celle-ci tend très tôt à appartenir au monde moderne.





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