Portrait de Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, géologue marocaine de renommée internationale

Une scientifique d’exception

,LE MATIN
06 Novembre 2012
Hasnaa-Chennaoui.jpg Travailler durement et être autonome sont les principales valeurs acquises par le Professeur H. Chennaoui.

Mordue de travail et fuyant la facilité, Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, géologue marocaine de renommée internationale, a dirigé l’équipe de recherche sur la météorite martienne «Tissint». Zoom sur une femme particulière.

Scientifique reconnue à l’échelle internationale, Hasnaa Chennaoui Aoudjehane est une passionnée de géologie et de météorites, dont le regard brille chaque fois qu’elle parle de son travail. Son dynamisme est contagieux et sa persévérance est incontestable. Cela n’empêche qu’elle reste une femme pleine d’humilité et de modestie qui n’arrive pas à cacher sa gêne après un compliment et qui ne renie pas le rôle joué par son mari.  
Née à Casablanca de père commerçant et de mère directrice d’école, Hasnaa Chennaoui Aoudjehane est aujourd’hui une des rares Marocaines géologues spécialisées dans les météorites. «Mes parents n’étaient pas particulièrement scientifiques. Ma mère fait partie des premières femmes à avoir été scolarisées au Maroc sous la direction effective de Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V. On a donc été élevé au sein d’une famille où les études étaient normales et on nous a inculqué les valeurs intellectuelles et non matérielles», raconte-t-elle.

Travailler durement et être autonome sont les principales valeurs acquises par le Professeur, d’ailleurs c’est son acharnement et sa persévérance qui lui ont valu le statut qu’elle a réussi à atteindre aujourd’hui. L’ironie est que la géologie ne faisait pas partie de son rêve d’enfant. Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée Chawki, Hasnaa Chennaoui avait envie d’étudier la biologie. Une envie qui n’a pas résisté longtemps. «Après avoir obtenu mon diplôme d’études universitaires générales, j’ai choisi de me pencher sur la géologie.  Il faut dire que j’ai eu la chance d’étudier chez des professeurs qui m’ont transmis leur amour pour la géologie», souligne-t-elle. Un amour toujours aussi fort pour cette branche qui est loin d’être considérée comme une spécialité féminine. Mais cela ne décourage en rien, le Pr Chennaoui, qui affirme que l’efficacité et la performance sont les critères qui peuvent définir un bon géologue et non son sexe. Après avoir obtenu sa licence, Hasnaa Chennaoui part en France et obtient un Diplôme d’études approfondies (DEA) en géochimie fondamentale à l’Université Pierre et Marie Curie, Paris VI. Puis, un Doctorat sur la «Géochimie des gaz rares». De retour au Maroc, la géologue intègre la faculté des sciences d’Aïn Chock où elle avait suivi ses propres études, pour devenir enseignante-chercheuse. «J’avais décidé de laisser de côté la recherche et de me consacrer à ma petite famille et à mon travail en tant que professeur», confie-t-elle.

Au bout de quelques années, ne se sentant pas évoluer, elle contacte le laboratoire où elle avait fait sa première thèse et explique qu’elle veut se relancer dans des travaux de recherche scientifique. «Mon ancien directeur de thèse m’a appris que le laboratoire avait changé d’orientation et qu’aujourd’hui, il travaillait sur les météorites. Et c’est à ce moment (les années 2000) que j’ai appris que le Maroc était riche en météorites, c’est ce qui m’a poussée à travailler sur ces dernières», se souvient-elle avec nostalgie. N’étant pas habituée à faire les choses à moitié, la géologue se lance alors dans une nouvelle thèse d’État sur les météorites qu’elle soutient en 2007. Un passage, qu’elle considère obligé, pour asseoir une crédibilité. «Il fallait que je me fixe un objectif», affirme-t-elle.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que la scientifique n’a pas était déçue de son choix de spécialité. En effet, le Maroc est une terre riche en météorites. La dernière à avoir chuté dans notre désert date de 18 juillet 2011. «Cette météorite est particulière parce que c’est une météorite martienne d’abord, et que ces météorites ne sont pas très nombreuses. On en compte environ 80 sur terre, d’ailleurs la dernière météorite martienne a chuté au Nigeria, il y a de cela presque 50 ans. La seconde particularité, c’est qu’il s’agit de la cinquième météorite martienne dans le monde qui a été observé dans sa chute», s’extasie la géologue. Et d’expliquer : «C’est quelque chose d’important et de rare, parce que tout d’bord, le matériel scientifique (ou moyens analytiques) dont on dispose actuellement est tellement plus sophistiqué qu’il nous permet de faire des analyses extraordinaires, en plus, la météorite qui est tombée il y a 50 ans, a dû interagir avec l’atmosphère terrestre donc elle n’a plus le caractère aussi original, comme c’est le cas de la météorite “Tissint”».

En plus des avancées scientifiques que la météorite permet d’accomplir à l’échelle mondiale, «Tissint» offre au Maroc la possibilité de se positionner internationalement et d’acquérir une représentation et une reconnaissance scientifiques. En effet, en véritable militante patriote, Chennaoui Aoudjehane vise, de par ses études et ses recherches, à démontrer à la communauté internationale le sérieux du travail scientifique marocain. Toutefois, la médiatisation de l’évènement a un double objectif pour le Pr Chennaoui. «Le but est de porter à la connaissance des Marocains, citoyens et géologues, l’importance de cette chute, mais aussi aux autorités compétentes, pourvu qu’elles se décident à ouvrir un musée dédié au patrimoine géologique du Maroc. Surtout que nous et nos enfants souffrons d’un réel manque scientifique et culturel», s’indigne-t-elle. Membre de la Meteoritical Society, cette mère de famille continue son «combat» pour améliorer la qualité de la recherche scientifique au niveau national et international.



Rappel des faits

«Tissint» est une météorite tombée dans le désert marocain près du village éponyme en provenance de la planète Mars, en juillet 2011. Elle est porteuse d’éléments scientifiques rarissimes à même de livrer des révélations inédites sur la planète rouge et son histoire, affirme la revue américaine de référence «Science» dans un article coédité par un consortium de vingt chercheurs issus de dix institutions différentes, reconnus mondialement pour leur expertise et à leur tête Hasnaa Chennaoui Aoudjehane, professeur à la Faculté des sciences Ain Chock de l’Université Hassan II de Casablanca. Il s’agit de la cinquième chute de météorite martienne.
Selon les résultats de l’étude effectuée par l’équipe de recherche, la météorite est de type «shergottite» qui se distingue par la présence d’une quantité importante de matrices fondues sous forme de verre, ainsi que par sa fraicheur qui permet aux scientifiques d’avoir accès à un matériel original et non contaminé par la pollution terrestre.

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