Économie

Bourse de Casablanca : les Emiratis gagnent 29,3 milliards de DH en valeur en 2025

Les investisseurs des Émirats arabes unis figurent parmi les principaux bénéficiaires de la hausse de la Bourse de Casablanca en 2025. Selon le rapport de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) sur l’investissement étranger, l’appréciation des actions détenues par les investisseurs émiratis a généré un effet de valorisation positif de 29,3 milliards de dirhams, principalement grâce à Maroc Telecom et Taqa Morocco. Cette performance explique l’essentiel de la progression des investissements en provenance du Moyen-Orient, dont l’encours a atteint 105,5 milliards de dirhams. Au total, la valeur des actions cotées détenues par les étrangers s’est établie à 220 milliards de dirhams, en hausse de 21,2% sur un an. Le poids relatif des investisseurs étrangers dans la capitalisation globale de la Bourse de Casablanca a diminué de 2,9 points, passant de 24,1% en 2024 à 21,2% en 2025.

05 Novembre 2026 À 10:05

La forte progression de la Bourse de Casablanca en 2025 a sensiblement accru la valeur des participations détenues par les investisseurs étrangers, particulièrement ceux originaires des Émirats arabes unis. Ces derniers ont bénéficié de l'appréciation de plusieurs grandes capitalisations de la cote, notamment Maroc Telecom et Taqa Morocco, deux sociétés dans lesquelles les capitaux émiratis occupent une place importante. Selon le rapport sur l'investissement étranger publié par l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), les performances des actions détenues par les investisseurs émiratis ont généré un effet de valorisation positif de 29,3 milliards de dirhams en 2025. Cette augmentation de valeur ne correspond pas à un gain nécessairement encaissé à travers des ventes de titres. Elle traduit principalement l'appréciation boursière des participations détenues dans les entreprises cotées.



Deux valeurs expliquent l'essentiel de cette performance. La hausse du cours de Maroc Telecom a généré une augmentation de valeur estimée à 12,6 milliards de dirhams, tandis que l'appréciation de Taqa Morocco a contribué à hauteur de 15,8 milliards de dirhams.

À elles seules, ces deux sociétés représentent ainsi 28,4 milliards de dirhams d'augmentation de la valeur des participations concernées. Cette évolution a largement contribué à la progression de l'encours des investissements provenant du Moyen-Orient, qui a augmenté de 26,7 milliards de dirhams pour atteindre 105,5 milliards de dirhams à fin 2025.

Le Moyen-Orient capte près de 70% de la hausse des encours étrangers

L'évolution des investissements étrangers à la Bourse de Casablanca fait apparaître une forte concentration géographique des gains de valorisation. Entre 2024 et 2025, l'encours global des actions cotées détenues par les investisseurs étrangers a augmenté de 38,6 milliards de dirhams. Le Moyen-Orient représente à lui seul près de 70% de cette progression, avec une augmentation de 26,7 milliards de dirhams. Cette hausse s'explique principalement par l'effet prix, c'est-à-dire l'appréciation des cours des actions déjà détenues, plutôt que par de nouveaux achats de titres. La contribution des investisseurs émiratis a été déterminante, en raison de leur exposition à Maroc Telecom et Taqa Morocco. Les autres régions ont également enregistré des progressions, mais dans des proportions plus limitées. L'encours des investissements européens a atteint 98 milliards de dirhams à fin 2025, en augmentation de 7,7 milliards de dirhams par rapport à l'année précédente. Cette évolution résulte d'un effet de valorisation positif de 8,9 milliards de dirhams, partiellement compensé par un effet stock négatif de 1,2 milliard de dirhams. Autrement dit, la hausse des cours a plus que compensé la diminution nette des positions détenues par les investisseurs européens.

L'AMMC précise que ce repli des stocks a été partiellement atténué par l'apport des nouvelles introductions en Bourse, notamment celles de Vicenne et Cash Plus. De leur côté, les investissements en provenance d'Afrique ont progressé de 2,3 milliards de dirhams, pour atteindre 12,6 milliards de dirhams. Cette hausse provient principalement de l'appréciation des cours des actions détenues par les investisseurs africains, dont l'effet positif est évalué à 2 milliards de dirhams. La performance du titre Sanlam a notamment contribué à hauteur de 1,1 milliard de dirhams, tandis que l'effet stock a ajouté 311 millions de dirhams. Enfin, les investissements provenant des autres régions du monde totalisent 4,1 milliards de dirhams, après une augmentation de 1,9 milliard de dirhams en 2025.

220 milliards de DH d'actions cotées détenues par les étrangers

À l'échelle de l'ensemble du marché, la valeur des actions cotées détenues par les investisseurs étrangers a atteint 220 milliards de dirhams à fin 2025, contre environ 182 milliards de dirhams un an auparavant. Cette progression annuelle de 21,2% s'explique essentiellement par l'appréciation des cours boursiers. L'indice MASI a en effet enregistré une hausse de 27,57% en 2025, prolongeant une dynamique favorable engagée au cours des années précédentes. Malgré l'augmentation de la valeur de leurs participations, le poids relatif des investisseurs étrangers dans la capitalisation globale de la Bourse de Casablanca a diminué. Leur part est passée de 24,1% en 2024 à 21,2% en 2025. Cette évolution montre que la progression de la capitalisation boursière totale a été plus rapide que celle des participations étrangères.

Sur une période plus longue, les données de l'AMMC mettent en évidence une forte corrélation entre l'encours des investissements étrangers et les performances du marché. Après avoir atteint 209 milliards de dirhams en 2021, cet encours avait reculé à 156 milliards de dirhams en 2022, dans un contexte boursier défavorable. La tendance s'est ensuite inversée, avec une remontée à 168 milliards de dirhams en 2023, puis à 182 milliards en 2024, avant d'atteindre 220 milliards de dirhams en 2025. Entre le point bas de 2022 et la fin de 2025, l'encours a ainsi progressé d'environ 41%. Cette évolution accompagne les performances successives du MASI, qui a gagné 12,80% en 2023, 22,16% en 2024 et 27,57% en 2025.

Près de 90% des investissements étrangers sont stratégiques

L'analyse de la structure des participations étrangères reconfirme la prédominance des investissements stratégiques. À fin 2025, ces participations représentaient 89,4% de l'ensemble des investissements étrangers en actions cotées, contre 90,6% en 2024. Rapportées à la capitalisation boursière globale, elles pesaient 18,9%, contre 21,9% un an auparavant. Ces investissements correspondent principalement à des participations détenues dans une logique de contrôle ou d'influence durable au capital des entreprises. À l'inverse, les participations minoritaires restent relativement limitées. Leur encours est passé de 16,5 milliards de dirhams en 2024 à 19,7 milliards en 2025. Cette augmentation s'explique à 64% par l'effet prix et à 36% par l'effet stock, selon l'AMMC. Malgré cette progression en valeur, les participations minoritaires étrangères ne représentent que 2,2% de la capitalisation boursière globale, contre 2,3% en 2024. Rapportées à la capitalisation flottante, leur part atteint 8,3%, contre 8,2% un an plus tôt. Ces données montrent que l'investissement étranger en Bourse demeure principalement constitué de participations de long terme, tandis que la présence des investisseurs étrangers minoritaires dans le flottant évolue peu.

Une forte présence étrangère dans l'électricité,les télécommunications et les boissons

À fin 2025, quatre secteurs affichent un taux de détention étrangère supérieur à 40%. Le secteur de l'électricité arrive largement en tête, avec 85,9% de son capital détenu par des investisseurs étrangers. Il est suivi par les télécommunications (55,2%), les boissons (54,7%) et le pétrole et gaz (48,8%). Cette structure explique notamment le poids des performances de Taqa Morocco et de Maroc Telecom dans l'évolution globale de l'investissement étranger. Au total, les télécommunications, l'électricité, les banques et le bâtiment et matériaux de construction concentrent plus des trois quarts des encours étrangers. En ajoutant le pétrole et gaz, qui représente 6,9% des investissements, et les assurances, avec 3,5%, six secteurs concentrent environ 86% des capitaux étrangers. Les autres secteurs se partagent les 14% restants.

Entre 2024 et 2025, la hausse des encours étrangers a été principalement portée par l'électricité, avec 15,8 milliards de dirhams supplémentaires, et les télécommunications, avec 12,8 milliards de dirhams. Ces deux secteurs représentent ainsi près des trois quarts de la progression totale de 38,6 milliards de dirhams. À l'inverse, le bâtiment et matériaux de construction a enregistré un recul de 800 millions de dirhams. L'AMMC explique notamment cette baisse par le retrait de la Banque islamique de développement du capital de LafargeHolcim Maroc. L'introduction en Bourse de SGTM a également augmenté la capitalisation globale du secteur, réduisant mécaniquement le poids relatif des participations stratégiques étrangères existantes. Une évolution comparable a été observée dans les sociétés de financement et autres activités financières. L'introduction de Cash Plus a renforcé la participation étrangère en valeur, mais la hausse de la capitalisation sectorielle a été plus importante, entraînant une diminution de son poids relatif.

S'agissant des participations minoritaires étrangères inférieures à 4% du capital, les distributeurs et le secteur des matériels, logiciels et services informatiques présentent les taux de détention les plus élevés, à 6,6% chacun. Ils sont suivis par la santé (5,1%), les boissons (3,8%) et les banques (3,3%).

Europe et Moyen-Orient concentrent plus de 92% des investissements

La concentration géographique des capitaux étrangers apparaît également dans la répartition des encours par origine. À fin 2025, les investisseurs du Moyen-Orient et d'Europe détenaient ensemble 203 milliards de dirhams d'actions cotées, soit 92,4% du total des investissements étrangers. Cette proportion était légèrement supérieure en 2024, à 93,1%. Rapportées à la capitalisation globale de la Bourse de Casablanca, les participations de ces deux régions représentaient 19,5% en 2025, contre 22,5% en 2024. L'investissement étranger reste par ailleurs largement dominé par les personnes morales non résidentes. Celles-ci détenaient près de 215 milliards de dirhams, soit environ 98% de l'encours total. Cette prépondérance confirme le rôle central des entreprises et des investisseurs institutionnels étrangers dans la structure de l'actionnariat des sociétés cotées marocaines.

Une présence limitée dans les échanges boursiers

Le poids des investisseurs étrangers dans la détention du capital ne se traduit pas par une participation équivalente aux transactions réalisées sur le marché. Selon l'AMMC, les investisseurs étrangers ont contribué à hauteur de 17,3 milliards de dirhams au volume transactionnel en 2025, soit 6,3% du volume annuel enregistré sur les marchés central et de blocs. L'essentiel de ces transactions a été réalisé par des personnes morales. Par origine géographique, les investisseurs européens ont été les plus actifs, représentant 38% du volume étranger, devant les investisseurs africains, avec 34,6%. Cette configuration illustre la différence entre la détention stratégique de participations importantes et l'activité de négociation sur le marché. Les capitaux étrangers occupent une place significative dans l'actionnariat de plusieurs grandes sociétés cotées, mais leur contribution aux échanges demeure relativement réduite.

OPCVM et titres de créance : des encours encore modestes

En dehors des actions cotées, l'AMMC relève également une progression des investissements étrangers dans les titres de créance et les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). L'encours des titres de créance détenus par les investisseurs étrangers a atteint 3,1 milliards de dirhams à fin 2025, contre 2,8 milliards de dirhams un an auparavant. Cette présence reste toutefois marginale, représentant seulement 0,28% de l'encours global des titres de créance. Dans la gestion d'actifs, les investissements étrangers en titres d'OPCVM ont progressé de 5,1 milliards de dirhams en 2024 à 7,5 milliards en 2025. Leur part dans l'actif net global des OPCVM demeure faible, malgré une légère augmentation de 0,79% à 0,96%.

Contrairement au marché des actions cotées, où dominent les personnes morales, les investissements étrangers dans les OPCVM sont principalement réalisés par des personnes physiques. Celles-ci représentent près de 96% des investissements étrangers en titres d'OPCVM. Leurs placements privilégient les fonds monétaires, à hauteur de 36%, et les fonds obligataires à court terme, avec 28,4%. Parmi ces investisseurs particuliers, les Marocains résidant à l'étranger occupent une place importante, représentant 49% des montants investis par les personnes physiques.
Copyright Groupe le Matin © 2026