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Jeudi 05 Novembre 2026
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Pétrole : au Maroc, les hausses se paient cash, les baisses se font attendre (étude)

Une étude économétrique sur vingt-cinq ans de données trimestrielles montre que la flambée du baril se répercute rapidement sur les prix à la consommation, mais que son effet s’efface à long terme. Les hausses pèsent davantage que les baisses, un écart qui ne dure pas.

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Quand le pétrole monte, les prix marocains suivent très vite, mais ils ne restent pas durablement plus élevés. C’est la principale conclusion de cinq économistes issus de quatre universités marocaines (Meknès, Kénitra, Fès et Casablanca), qui ont estimé, sur la période 1998-2022, soit 100 trimestres, la réaction de l’inflation aux variations du Brent. À court terme, une hausse du baril exerce un effet positif et statistiquement significatif sur l’inflation : le coefficient estimé atteint 1,676, avec un seuil de probabilité de 0,029. Les auteurs y voient la marque d’une économie qui importe plus de 90% de son énergie et où les coûts de production et de transport se répercutent sans délai sur les prix.

À long terme, en revanche, aucun effet significatif du pétrole sur l’inflation n’est décelé, qu’il s’agisse des hausses ou des baisses. Les écarts à l’équilibre se résorbent très vite : le terme de correction d’erreur, de -1,103, indique que presque tout déséquilibre est corrigé en un trimestre. L’étude relève aussi une asymétrie : les hausses de prix du pétrole alimentent davantage l’inflation que les baisses ne la réduisent, mais cette différence n’apparaît qu’à court terme. Le taux de change, lui, joue un rôle indirect, limité et décalé.

Au final, c’est la croissance, et non le baril, qui pèse le plus sur les prix à long terme : le coefficient du PIB réel est de -0,997, significatif à 1%. Les auteurs en tirent trois enseignements. La vulnérabilité de court terme aux marchés énergétiques demeure, ce qui plaide pour des dispositifs de stabilisation et de gestion du risque. L’asymétrie appelle plus de concurrence et de transparence dans l’énergie et le transport. Enfin, la politique monétaire prudente de Bank Al-Maghrib doit s’accompagner d’une baisse structurelle de la dépendance énergétique.

Une économie exposée, qui a changé de règles

Le point de départ est connu : le Maroc ne produit pas de pétrole et sa dépendance énergétique dépasse 90%. Mais le cadre d’action des pouvoirs publics a changé. Depuis 2015, les prix des carburants sont progressivement libéralisés, ce qui réduit le rôle d’amortisseur de l’État et expose davantage les prix intérieurs aux cours internationaux. Le régime de change s’est par ailleurs assoupli, avec la réforme de 2018.

Les auteurs estiment que ces deux évolutions rendent la transmission des chocs plus complexe, plus rapide et potentiellement asymétrique, et que la littérature consacrée au Maroc s’est jusqu’ici surtout intéressée à la croissance, à la balance commerciale et aux finances publiques plutôt qu’à l’inflation. L’étude teste quatre hypothèses : le pétrole influence l’inflation, le change sert de canal de transmission, les hausses et les baisses n’ont pas le même effet, et les effets diffèrent entre court et long terme. Les deux dernières sont jugées confirmées, les deux premières seulement en partie.

La méthode : séparer les hausses des baisses

Les chercheurs recourent à un modèle dit NARDL, qui sépare les variations positives et négatives du prix du pétrole pour mesurer leurs effets distincts, à court comme à long terme. Les données sont trimestrielles : indice des prix à la consommation et PIB réel du ministère de l’Économie et des finances, Brent converti en moyennes trimestrielles, taux de change dirham-dollar de Bank Al-Maghrib. Le modèle retenu est un NARDL (2, 2, 2, 2, 1), choisi sur le critère d’Akaike.

Les tests de diagnostic ne détectent ni autocorrélation ni hétéroscédasticité des résidus, et les tests de stabilité (CUSUM) restent dans les bornes à 5%. Le test de cointégration confirme l’existence d’une relation de long terme : la statistique de Fisher atteint 13,67, bien au-dessus du seuil de 4,37 retenu à 1%. Le modèle explique environ 63,7% de la variation de l’inflation à court terme.

Court terme : l’effet est réel, mais transitoire

La hausse du pétrole se traduit immédiatement par une pression sur les prix. Les auteurs l’expliquent par le fait que l’énergie entre dans toute la chaîne de production et de distribution, avec des effets qu’ils jugent plus marqués dans le transport, la logistique et l’agroalimentaire. Ils précisent toutefois que leur analyse repose sur des données agrégées et ne permet pas de vérifier ce point secteur par secteur. Le même mécanisme explique la brièveté de l’épisode. La réponse cumulée de l’inflation converge vers l’équilibre autour de l’horizon de quatre à cinq trimestres, et le terme de correction d’erreur traduit un retour rapide à la normale.

Pour les auteurs, cette résorption reflète la crédibilité accrue de Bank Al-Maghrib, l’amélioration du cadre macroéconomique et le début de diversification du mix énergétique. Ils notent que de nombreuses études internationales concluent à des effets durables des chocs pétroliers sur les prix, et voient dans la transitoirité observée au Maroc une particularité.

Asymétrie : les hausses comptent plus que les baisses

Les tests de Wald confirment une asymétrie à court terme entre hausses et baisses du pétrole : plusieurs restrictions sont rejetées à des seuils compris entre 0,6% et 1,3%. À long terme, l’hypothèse de symétrie ne peut pas être rejetée (probabilité de 0,67 environ), ce qui signifie que les deux types de chocs finissent par avoir des effets comparables, c’est-à-dire nuls. Un test d’asymétrie globale n’a pas pu être calculé en raison de restrictions redondantes dans le modèle, ce que les auteurs signalent. Pour expliquer pourquoi les hausses se répercutent plus nettement que les baisses, l’étude invoque la rigidité des prix à la baisse : les entreprises relèvent vite leurs tarifs quand leurs coûts énergétiques augmentent, mais les réduisent plus lentement quand ils reculent. Elle y ajoute la structure concurrentielle de certains segments de la distribution et la concentration observée dans les circuits de l’énergie et de l’alimentaire.

Change et croissance : deux rôles distincts

Le taux de change n’a pas d’effet immédiat significatif sur l’inflation (coefficient de 0,353, très loin des seuils usuels), mais ses variations retardées ressortent significatives, avec un coefficient de -6,788 (probabilité de 0,011). À long terme, son effet n’est plus significatif. Les fonctions de réponse montrent une réaction positive mais négligeable, qui s’inverse dès le deuxième horizon puis s’éteint. Les auteurs en concluent que le canal du change ne génère pas de pression inflationniste durable, ce qu’ils rattachent au caractère administré du régime de change et à la gestion progressive de sa flexibilité par Bank Al-Maghrib. La croissance joue le rôle inverse d’un ancrage. À long terme, une hausse de l’activité va de pair avec une baisse du niveau général des prix, ce que l’étude attribue à de meilleures conditions d’offre, aux gains de productivité et à la stabilité des politiques macroéconomiques. À court terme, en revanche, les variations du PIB n’ont pas d’effet significatif.

Ce que les auteurs recommandent

Trois pistes émergent. La première concerne la vulnérabilité de court terme : renforcer les politiques de stabilisation des prix, mettre en place des dispositifs de gestion du risque face aux fluctuations des marchés énergétiques et accélérer la stratégie nationale de diversification énergétique. La deuxième vise l’asymétrie : améliorer la transparence des marchés et la concurrence dans l’énergie et le transport afin de limiter la rigidité des prix à la baisse. La troisième porte sur l’absence d’effet de long terme : préserver la prudence monétaire de Bank Al-Maghrib tout en intensifiant les investissements dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les infrastructures stratégiques, pour réduire durablement la dépendance aux

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