Économie

Investir au Maroc : quels freins et quelles opportunités pour les MRE ?

LeMaroc dispose aujourd’hui d’atouts solides pour attirer davantage les investissements des Marocains du monde. Les réformes engagées ces dernières années ont permis des avancées significatives en matière d’attractivité économique, de digitalisation des procédures et d’incitations à l’investissement. Cependant, les défis restent nombreux.

07 Juillet 2026 À 15:50

Ils quittent leur pays mais ne l’oublient pas. Les Marocains résidant à l’étranger ont depuis toujours manifesté un grand attachement au Maroc et à leurs familles. Et ils le démontrent entre autres par les volumes impressionnant de transfert d’argent qui constituent pour le pays une grande source de devises et de soutien familiale, les MRE mais qui doit évoluer vers une logique d’investissements rentables. Aussi, les stratégies nationales visant à renforcer l’investissement privé mettent les MRE au centre de leurs objectifs. Toutefois, les nombreuses réformes engagées ces dernières années, n’ont pas permis de capter une grande partie du potentiel financier de la diaspora marocaine qui demeure encore sous-exploitée.

Soutien familiale et acquisitions immobilières, les priorités

En 2025, iles transferts des MRE ont dépassé les 122 milliards de dirhams et pourraient atteindre près de 128 milliards de dirhams en 2026. Ces flux constituent l’une des principales sources de devises du pays et représentent près de 8,5% du produit intérieur brut. Toutefois, la majeure partie de ces fonds continue d’être orientée vers la consommation des ménages ou l’acquisition de biens immobiliers, tandis que les investissements productifs restent relativement limités. Pour de nombreux observateurs, la diaspora marocaine constitue bien plus qu’un simple pourvoyeur de devises.



Dans un rapport publié en 2024 sur le rôle des Marocains du monde dans le développement économique, relayé par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), les auteurs soulignent que les MRE représentent également un réservoir stratégique de compétences, d’expertise technique, d’expérience entrepreneuriale et de réseaux professionnels internationaux. Cependant, cette richesse immatérielle demeure insuffisamment mobilisée. Malgré l’importance des transferts financiers, seule une faible proportion est investie dans des secteurs productifs. En 2023, la ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, Fatima Ezzahra El Mansouri, a indiqué à la Chambre des conseillers, que «70% des investissements réalisés par les MRE restent concentrés dans l’immobilier résidentiel». Ce dernier est considéré comme un placement sûr, tangible et facilement identifiable. Bien entendu, le choix des acquisitions immobilières s’explique entre autres par le désir de conserver un lien avec le pays d’origine, la perception d’un risque limité et la difficulté de suivre à distance un projet entrepreneurial plus complexe. Ainsi, le choix de l’investissement dans la pierre capte une partie importante des capitaux de la diaspora et de ce fait ne participe pas directement à la création d’emplois ou au développement d’activités à forte valeur ajoutée.

La nouvelle Charte de l’investissement pour attirer les capitaux de la diaspora, mais...

Cette situation a poussé le Maroc à engager ces dernières années plusieurs réformes destinées à améliorer son attractivité économique. C’est le cas en outre de la nouvelle Charte de l’investissement, entrée en vigueur en 2023. Celle-ci constitue l’un des principaux instruments de cette stratégie. Elle prévoit des mécanismes de soutien financier pouvant atteindre jusqu’à 30% du montant global d’un projet, à travers des primes liées à la création d’emplois, à la localisation territoriale ou encore à l’appartenance à des secteurs stratégiques. L’industrie, les énergies renouvelables, l’hydrogène vert, les technologies numériques, la logistique ou encore l’export figurent parmi les activités les plus encouragées. L’objectif affiché est de porter la part de l’investissement privé à deux tiers de l’investissement total à l’horizon 2035. Dans son «Examen des politiques de l’investissement du Maroc 2024», l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)estime que cette réforme marque une étape importante dans l’amélioration du climat des affaires. L’OCDE considère que les nouveaux dispositifs d’incitation peuvent contribuer à attirer davantage de capitaux nationaux et internationaux, y compris ceux de la diaspora. Cela dit, l’OCDE tient à préciser que les incitations financières ne suffisent pas à elles seules. «La décision d’investir dépend aussi de facteurs tels que la sécurité juridique, la stabilité réglementaire, la transparence administrative et la qualité de l’accompagnement offert aux investisseurs», note-t-on auprès de l’organisation.

Les lourdeurs administratives

Durant ces dernières années, les réformes engagées au niveau des Centres régionaux d’investissement (CRI) ont permis une vaste transformation destinée à simplifier les démarches et à réduire les délais de traitement des dossiers. Ainsi, plusieurs procédures ont été digitalisées et des plateformes électroniques permettent désormais aux investisseurs de suivre à distance l’évolution de leurs projets. Sur ce point, l’OCDE, qui reconnaît une amélioration progressive du climat des affaires, considère néanmoins que des efforts restent nécessaires pour harmoniser les pratiques entre les différentes régions et améliorer la coordination entre les administrations. Pour les investisseurs installés à l’étranger, la complexité de certaines procédures peut représenter un obstacle particulièrement pénalisant. L’éloignement géographique rend souvent plus difficile la résolution rapide des problèmes administratifs ou techniques susceptibles de survenir au cours d’un projet.

Le foncier, un défi toujours d’actualité

En plus des lourdeurs administratives, le MRE investisseur est confronté au défi lié au foncier. Dans son rapport de 2024, l’OCDE souligne que la diversité des statuts fonciers, les difficultés d’accès à certaines assiettes foncières et le manque de visibilité sur l’offre disponible continuent de compliquer la réalisation de nombreux projets. Les experts considèrent que l’amélioration de la transparence du marché foncier, la création de réserves foncières aménagées et la simplification des procédures pourraient favoriser l’émergence de nouveaux projets portés par la diaspora.

Des secteurs porteurs pour les années à venir

Malgré ces défis, les opportunités demeurent nombreuses. Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’infrastructures modernes, d’une position géographique stratégique et d’une intégration croissante dans les chaînes de valeur mondiales. L’industrie automobile et aéronautique poursuit son expansion, tandis que les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les technologies numériques figurent parmi les secteurs les plus prometteurs. Selon l’OCDE l’agro-industrie, la logistique et les services à forte valeur ajoutée sont des domaines offrant d’importantes perspectives de croissance. Bien entendu, dans le sillage de la Coupe du Monde 2030, le tourisme pourrait lui aussi bénéficier d’une nouvelle dynamique. Dans tous ces secteurs, les MRE disposent d’atouts spécifiques. Leur connaissance des marchés étrangers, leur expérience internationale et leurs réseaux professionnels peuvent constituer de puissants leviers pour attirer des partenaires, favoriser les transferts de technologie et faciliter l’accès à de nouveaux débouchés commerciaux.
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