LE MATIN
21 Juillet 2026
À 16:15
Les réformes sociales engagées par le Maroc figurent parmi les principaux leviers de renforcement de l'État social. Pour autant, leur efficacité dépendra de leur capacité à atteindre les populations les plus vulnérables. C'est l'un des messages forts du rapport annuel 2025 de
Bank Al-Maghrib, qui plaide pour un ciblage plus précis des aides publiques afin de concilier justice sociale et soutenabilité des finances publiques.
Dans son analyse, la Banque centrale rappelle que les disparités de niveau de vie restent importantes. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan citées dans le rapport, les 20 % des ménages les plus aisés affichent un niveau de dépense plus de sept fois supérieur à celui des 20 % les plus modestes. Les écarts demeurent également marqués entre les villes et les campagnes, où la dépense moyenne par habitant reste nettement inférieure.
Face à ce constat, Bank Al-Maghrib estime que les politiques de soutien doivent évoluer pour mieux répondre aux besoins des catégories les plus fragiles. « Cette réalité (...) appelle à un ciblage plus fin de l'aide publique au profit des segments les plus vulnérables de la population », note le rapport.
Des subventions qui ne profitent pas toujours aux plus modestes
Pour illustrer cette nécessité, le rapport prend l'exemple des dépenses de compensation. En 2025, l'État y a consacré près de 18 milliards de dirhams. Or, souligne Bank Al-Maghrib, les mécanismes de subvention universelle bénéficient en grande partie aux ménages les plus aisés, dont les niveaux de consommation sont plus élevés.
La Banque centrale attire également l'attention sur les dépenses fiscales, qui représentent plus de 32 milliards de dirhams. Si certaines poursuivent des objectifs économiques ou sociaux, leur efficacité mérite, selon elle, d'être évaluée régulièrement afin de s'assurer qu'elles produisent les effets attendus.
Pour l'institution, améliorer le ciblage des aides ne signifie donc pas réduire les efforts de solidarité, mais mieux utiliser les ressources publiques afin qu'elles bénéficient en priorité aux ménages qui en ont réellement besoin.
Préserver les marges budgétaires pour les réformes à venir
Cette recommandation s'inscrit dans un contexte où les dépenses publiques sont appelées à augmenter sous l'effet de la généralisation de la protection sociale, du développement des services publics et des futures réformes, notamment celle des retraites.
Bank Al-Maghrib estime ainsi que l'État devra préserver ses marges de manœuvre budgétaires afin d'assurer le financement durable de ces chantiers. Elle souligne que certaines recettes exceptionnelles appelées à soutenir les finances publiques ces dernières années ne seront pas pérennes, ce qui renforce la nécessité d'améliorer l'efficacité de la dépense publique.
Le rapport recommande ainsi de généraliser les revues de dépenses publiques et d'évaluer plus systématiquement les politiques mises en œuvre afin d'optimiser l'utilisation des ressources disponibles. L'objectif est de dégager des marges permettant de financer durablement les priorités sociales sans compromettre les équilibres budgétaires.
Au final, Bank Al-Maghrib ne remet pas en cause le renforcement de l'État social engagé par le Royaume. Elle appelle plutôt à une nouvelle étape, fondée sur une allocation plus efficace des ressources publiques. Pour la Banque centrale, un ciblage plus précis des aides sociales constitue un levier essentiel pour réduire les inégalités, améliorer l'impact des politiques publiques et garantir leur soutenabilité à long terme.