Économie

Microfinance : un secteur à deux vitesses malgré un encours record en 2025

Porté par un encours de crédit inédit de 10,6 milliards de dirhams et un total-bilan en hausse de 7,9%, le secteur marocain de la microfinance affiche, à fin 2025, des indicateurs d’activité solides. Mais derrière cette performance d’ensemble, le Rapport de Bank Al-Maghrib révèle une restructuration accélérée : le nombre d’associations recule à 10, la concentration du crédit autour des principaux acteurs s’accentue, le nombre de clients continue de baisser au profit d’un encours moyen en hausse, et la rentabilité globale du secteur s’effrite, avec un résultat net en repli et trois associations déficitaires.

La contribution des 3 premières institutions de microfinance dans la distribution des crédits s’est établie, à fin 2025, à 96% et celle des 5 premières institutions à 99%.

23 Juillet 2026 À 10:05

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Le secteur marocain de la microfinance a clôturé l’exercice 2025 sur des indicateurs d’activité en hausse, mais le Rapport annuel sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib met en évidence des trajectoires contrastées selon la taille des institutions, entre une poignée d’acteurs qui concentrent l’essentiel du marché et un nombre d’associations en recul. Le secteur connaît, en effet, une réorganisation structurelle progressive, enclenchée depuis la période post-Covid-19 : les institutions les plus établies consolident leur positionnement, tandis que plusieurs acteurs de taille petite et moyenne continuent de faire face à des fragilités persistantes : insuffisance de fonds propres, exposition accrue aux risques et difficultés d’accès au refinancement.

Un encours et un bilan record, portés par un nombre d’acteurs en repli

À fin 2025, le secteur de la microfinance compte 10 associations, contre 11 depuis 2024, une baisse liée au retrait d’agrément d’une association de microfinance intervenu au cours de l’année. Le réseau de ces institutions s’est contracté de 1,6% pour s’établir à 1.647 points de vente. L’effectif employé par le secteur a également reculé légèrement, de 0,3%, à 7.743 agents, dont 51% de femmes. Cette baisse reflète un processus d’optimisation des coûts et d’assainissement du portefeuille.

Dans le même temps, l’activité de crédit a atteint un niveau inédit : l’encours brut des microcrédits accordés a progressé de 11,1%, après 9,4% en 2024, pour s’établir à 10,6 milliards de dirhams, marquant ainsi un nouveau palier historique. Le nombre de clients ressort à 740.000, dont 48% de femmes, en repli de 6.000 par rapport à 2024. Cette divergence entre la hausse des encours et la baisse progressive du nombre de clients traduit une augmentation de la taille moyenne des crédits et confirme un repositionnement croissant vers les segments productifs, en particulier les très petites entreprises (TPE), dont l’intégration dans les portefeuilles constitue désormais un pilier central du modèle économique du secteur. D’ailleurs, l’encours moyen de crédit est en hausse, à 14.293 dirhams, contre 12.760 dirhams un an plus tôt. Les crédits restent très majoritairement orientés vers la microentreprise, à 89% du total (part stable), suivie de l’habitat social, à 11%. La part des crédits accordés en milieu urbain progresse à 86%, après 85% en 2024, et celle des prêts individuels demeure stable à 89%.

Le Rapport de Bank Al-Maghrib souligne le degré élevé de concentration de l’activité de crédit du secteur. La contribution des trois premières institutions de microfinance dans la distribution des crédits s’est établie, à fin 2025, à 96%, et celle des cinq premières institutions à 99%, un niveau de concentration qui laisse à l’ensemble des autres institutions une part résiduelle du marché. Le total-actif du secteur a progressé de 7,9% pour atteindre 11,7 milliards de dirhams. Les fonds propres des institutions de microfinance ont augmenté de 6% à 2,99 milliards de dirhams, contre 2,83 milliards en 2024, représentant 26% du total-passif. L’endettement bancaire des institutions de microfinance, qui constitue 69% de leurs ressources, a progressé de 9% à 6,7 milliards de dirhams, après une phase de stagnation à 6,1 milliards l’année précédente ; il est composé à 92% de dettes contractées auprès de banques locales. À l’inverse, les créances des institutions de microfinance sur les établissements de crédit et assimilés, constituées principalement de dépôts auprès des banques, ont diminué de 21% à 248 millions de dirhams, ne représentant plus que 2% du total-actif.

Une rentabilité d’ensemble en repli, trois associations déficitaires

Si l’activité de crédit a atteint un niveau record, la rentabilité du secteur s’est, en revanche, dégradée sur l’exercice. Le secteur a clôturé 2025 avec un résultat net cumulé positif de 164 millions de dirhams, en recul par rapport au bénéfice de 248 millions de dirhams enregistré en 2024. Le Rapport précise que trois associations de petite taille de microcrédit ont dégagé un résultat déficitaire en 2025, contre six associations en 2024.

Cette dégradation de la rentabilité intervient alors que la qualité du portefeuille s’est également détériorée. Les créances en souffrance portées par les institutions de microfinance ont totalisé 509 millions de dirhams, en hausse de 13%, portant le taux de risque à 4,8%, contre 4,7% un an plus tôt. Ce niveau demeure, toutefois, inférieur à celui de 2023 et globalement maîtrisé pour le secteur. Le taux de couverture de ces créances par les provisions a, dans le même temps, nettement reculé, à 71%, contre 84% en 2024.
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