Économie

Casablanca-Settat mise sur son futur Palais des congrès pour rattraper son retard touristique

Réunis le 1er juillet à Casablanca pour la 4e édition du Forum interactif du tourisme, les acteurs du secteur ont dressé un constat partagé : malgré son poids économique, la région de Casablanca-Settat reste distancée par Marrakech-Safi et Souss-Massa sur la carte touristique nationale. Tous misent sur le futur Palais des congrès et parc des expositions – dont l’emplacement doit être fixé d’ici fin 2026 – pour repositionner la métropole sur le segment porteur du tourisme d’affaires.

Le segment du City Break a fait l'objet d'une analyse approfondie, dans un contexte où Casablanca fait davantage figure de porte d'entrée que de destination touristique à part entière.

03 Juillet 2026 À 10:00

Le projet tant attendu du Palais des congrès de Casablanca doit se préciser d’ici la fin de l’année 2026, avec l’ambition de le voir aboutir à l’horizon 2030. C’est ce qu’a déclaré Abdellatif Maâzouz, président du Conseil régional de Casablanca-Settat, lors de la quatrième édition du «Forum interactif du tourisme», tenue le 1er juillet à Casablanca et consacrée au thème «Quels leviers d’accélération pour Casablanca-Settat avec les segments touristiques City Break & Tourisme d’affaires ?» Son emplacement, encore en cours de confirmation, devrait se situer entre l’aéroport et le centre-ville, dans la province de Nouaceur, ou entre le sud et le nord de la ville.



Première contributrice au PIB (produit intérieur brut) national, leader industriel du pays et première place financière d’Afrique, Casablanca-Settat n’occupe pourtant pas, dans le domaine du tourisme, la place qu’elle mérite. Ce constat a été largement partagé par l’ensemble des intervenants lors de cette rencontre organisée par le Conseil régional du tourisme de Casablanca-Settat (CRTCS), en partenariat avec la Société de développement local Casablanca Events & Animation, avec la participation de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et de plusieurs experts.

Casablanca-Settat s’est, en effet, classée au troisième rang national en termes de nuitées réalisées dans les établissements d’hébergement touristique, loin derrière Marrakech-Safi et Souss-Massa. Sa part de marché est restée quasiment stable, à environ 10%, alors que le marché touristique national progresse à deux chiffres, pour atteindre un record de 19,8 millions de visiteurs en 2025. La réalisation d’un Palais des congrès et d’un parc des expositions doit ainsi doter la métropole et sa région d’une mégastructure lui permettant de se positionner sur le marché national et international, en particulier sur le segment MICE (Meeting, Incentive, Conference & Exhibition), qui affiche une croissance annuelle de 6% à l’échelle mondiale, selon Samir Kheldouni Sahraoui, expert en tourisme.

Rappelons que le projet de Palais des congrès et de parc des expositions s’inscrit dans le Plan de développement régional (PDR) 2022-2027 de Casablanca-Settat, pour un budget prévisionnel estimé à 1,5 milliard de DH, dont 200 millions à mobiliser par la région. Le segment du City Break a aussi fait l’objet d’une analyse approfondie, dans un contexte où Casablanca fait davantage figure de porte d’entrée que de destination touristique à part entière.

«Notre région possède tous les attributs pour devenir une destination touristique majeure à la hauteur de son potentiel économique, culturel et humain... Au-delà de la réflexion, de l’analyse et de la planification, le moment est venu de passer à l’action», a indiqué Othmane Cherif Alami, président du CRTCS. C’est dans cet esprit que s’inscrit ce quatrième forum interactif du tourisme, qui vise désormais à transformer l’intelligence collective mobilisée lors des précédentes éditions en initiatives concrètes, mesurables et créatrices de valeur. «Depuis le lancement de cette démarche, notre ambition est restée constante : adopter une approche rigoureuse, participative et résolument orientée vers les résultats, afin de faire de Casablanca-Settat une référence touristique mondiale au service d’un développement économique durable et inclusif dans notre région», a-t-il ajouté.

Pour Mohamed Jouahri, directeur général de Casa Events, la région dispose déjà de nombreux atouts : une bonne connectivité, une offre hôtelière diversifiée, des infrastructures adaptées, une vie économique dynamique et une programmation culturelle et événementielle qui se renforce d’année en année. Le tourisme d’affaires fait naturellement partie de l’avenir de Casablanca. L’enjeu aujourd’hui est de mieux articuler ces différents atouts pour proposer une expérience plus cohérente, plus visible et surtout plus attractive. Les grands événements que le pays s’apprête à accueillir représentent aussi une opportunité majeure pour accélérer cette dynamique.

L’ancien ministre et ex-wali de Casablanca, Driss Benhima, est sur la même longueur d’onde. Selon lui, Casablanca – qui concentre 35% du PIB national, dispose d’une capacité hôtelière élevée (150 hôtels classés) et accueille la majorité des voyageurs d’affaires étrangers (72% de l’activité globale) – reste sans stratégie touristique dédiée. Le programme «Casablanca urbain 2030» et le plan Coupe du Monde 2030 marquent une première reconnaissance de ce potentiel touristique. Mais cela ne suffit pas, selon lui : le Palais des congrès est une condition sine qua non pour intégrer le réseau mondial des villes de congrès (ICCA). «Un délégué de congrès génère trois fois plus de dépenses qu’un touriste classique. Le MICE représente environ 25% des recettes touristiques mondiales», a-t-il précisé. Autre recommandation formulée par Driss Benhima : Casablanca doit se doter d’une personnalité de ville claire, différenciante et déclinable en plan de communication ciblant notamment les marchés européens, du Golfe, mais aussi d’Afrique subsaharienne.
Copyright Groupe le Matin © 2026