Dans la province de Nador, au nord-est du Royaume, l’usine sucrière de Zaïo – exploitée sous la marque Sucrafor au sein du groupe Cosumar – s’est implantée dès les années 1960 au cœur des périmètres irrigués de la Basse Moulouya, précisément pour sécuriser son approvisionnement en betterave sucrière. Près de soixante ans plus tard, une étude menée par des chercheurs de l’Université Mohammed Premier d’Oujda et de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès documente l’érosion progressive de cette filière agro-industrielle, directement corrélée à l’évolution du climat régional. Le choix d’implantation de l’usine n’a rien d’un hasard.
Située à 40 kilomètres à l’ouest de Berkane, elle se trouve au centre des quatre grandes plaines irriguées de la région : Trifa, dans la province de Berkane, ainsi que Sabra, Bouarg et Gareb, dans la province de Nador.
Le périmètre industriel couvre intégralement la plaine de Sabra dans un rayon de 10 kilomètres, la majeure partie de la plaine de Bouarg dans un rayon de 25 kilomètres, et plus de la moitié des surfaces cultivées de la plaine de Trifa dans un rayon de 30 kilomètres. L’irrigation de ces plaines dépend du réseau du barrage Machraâ Hammadi, relié au barrage Mohammed V, dans une région au climat semi-aride où la pluviométrie annuelle ne dépasse pas 400 millimètres.
La culture de la canne à sucre, initialement prévue par le Plan sucrier marocain pour atteindre 30.000 tonnes annuelles, a cessé dès 1996 dans la région, en raison de sa consommation d’eau plus élevée que la betterave et de l’irrégularité des volumes livrés à l’usine. Depuis, l’approvisionnement de Zaïo repose exclusivement sur la betterave sucrière.
Les auteurs relativisent toutefois la portée de ce lien : dans une région irriguée par un réseau de barrages, la pluviométrie n’agit pas directement sur les rendements betteraviers, mais indirectement, via les besoins en irrigation. Elle demeure néanmoins l’indicateur climatique le plus robuste pour expliquer les variations de rentabilité de l’usine – une baisse ou un retard des précipitations se traduisant, selon l’étude, par des licenciements de travailleurs saisonniers, en majorité des femmes, employées pour la récolte betteravière.
Plus significative encore, la surface occupée par les cultures denses associées aux plantes industrielles a régressé de façon quasi continue : de 13.686 hectares en 2000 à 11.341 hectares en 2009, avec une légère reprise à 11.515 hectares en 2016, avant de chuter à son niveau le plus bas, 8.057 hectares, en 2024. Cette trajectoire, croisée avec les données de terrain, conduit les auteurs à valider leur hypothèse de départ : la sécheresse climatique récurrente a contribué au recul de la betterave sucrière, lequel s’est répercuté sur l’activité industrielle de l’usine Sucrafor.
Située à 40 kilomètres à l’ouest de Berkane, elle se trouve au centre des quatre grandes plaines irriguées de la région : Trifa, dans la province de Berkane, ainsi que Sabra, Bouarg et Gareb, dans la province de Nador.
Le périmètre industriel couvre intégralement la plaine de Sabra dans un rayon de 10 kilomètres, la majeure partie de la plaine de Bouarg dans un rayon de 25 kilomètres, et plus de la moitié des surfaces cultivées de la plaine de Trifa dans un rayon de 30 kilomètres. L’irrigation de ces plaines dépend du réseau du barrage Machraâ Hammadi, relié au barrage Mohammed V, dans une région au climat semi-aride où la pluviométrie annuelle ne dépasse pas 400 millimètres.
La culture de la canne à sucre, initialement prévue par le Plan sucrier marocain pour atteindre 30.000 tonnes annuelles, a cessé dès 1996 dans la région, en raison de sa consommation d’eau plus élevée que la betterave et de l’irrégularité des volumes livrés à l’usine. Depuis, l’approvisionnement de Zaïo repose exclusivement sur la betterave sucrière.
Producteurs, surfaces, production : un décrochage net depuis 2016
Les données de l’Association des producteurs de plantes sucrières, recueillies auprès de l’usine Cosumar de Zaïo, dessinent une trajectoire heurtée. Le nombre de producteurs, la surface cultivée et les volumes livrés progressent globalement jusqu’en 2016, avant de s’effondrer sur les deux campagnes suivantes. Entre 2016 et 2018, le nombre de producteurs a été divisé par plus de deux, tandis que la surface cultivée reculait de près de la moitié. Les auteurs de l’étude attribuent cette contraction à la conjonction d’épisodes de sécheresse et d’inondations, mais aussi à des difficultés organisationnelles et contractuelles avec l’usine, certains producteurs découvrant que leur rémunération dépend de la richesse en sucre de la betterave plutôt que du seul tonnage livré. Le nombre de jours de traitement à l’usine, généralement concentré entre fin mai et début août, suit la même pente descendante que les volumes réceptionnés.La pluviométrie, un facteur statistiquement confirmé
Pour objectiver le lien entre climat et production, les auteurs ont croisé, sur la période 2002-2018, les données pluviométriques de trois stations – Al Aaroui, Bouarg et Zaïo – avec les indicateurs de production de l’usine, à l’aide du coefficient de corrélation de Pearson. Le nombre de jours de traitement à l’usine ressort comme la variable la plus fortement corrélée à l’ensemble des autres indicateurs, qu’ils soient climatiques ou industriels. La pluviométrie à la station d’Al-Aaroui est significativement liée, au seuil de 0,01, à la production de sucre blanc, de mélasse, de pulpe et de betterave brute. Celle relevée à Zaïo, à proximité immédiate de l’usine, est corrélée au seuil de 0,05 à ces mêmes variables.Les auteurs relativisent toutefois la portée de ce lien : dans une région irriguée par un réseau de barrages, la pluviométrie n’agit pas directement sur les rendements betteraviers, mais indirectement, via les besoins en irrigation. Elle demeure néanmoins l’indicateur climatique le plus robuste pour expliquer les variations de rentabilité de l’usine – une baisse ou un retard des précipitations se traduisant, selon l’étude, par des licenciements de travailleurs saisonniers, en majorité des femmes, employées pour la récolte betteravière.
L’imagerie satellite confirme le recul des cultures intensives
Pour consolider ces résultats, les chercheurs ont mobilisé l’indice de végétation par différence normalisée (NDVI), calculé à partir d’images satellite Landsat 8, sur quatre années de référence : 2000, 2009, 2016 et 2024. Les valeurs maximales de l’indice sont passées de 0,5 en 2000 à 1 en 2009 – une année exceptionnellement pluvieuse, non représentative de la tendance de fond –, avant de retomber à 0,5 en 2016 et de remonter légèrement à 0,6 en 2024.Plus significative encore, la surface occupée par les cultures denses associées aux plantes industrielles a régressé de façon quasi continue : de 13.686 hectares en 2000 à 11.341 hectares en 2009, avec une légère reprise à 11.515 hectares en 2016, avant de chuter à son niveau le plus bas, 8.057 hectares, en 2024. Cette trajectoire, croisée avec les données de terrain, conduit les auteurs à valider leur hypothèse de départ : la sécheresse climatique récurrente a contribué au recul de la betterave sucrière, lequel s’est répercuté sur l’activité industrielle de l’usine Sucrafor.
