Ayda Benyahia
16 Août 2026
À 17:04
Driss Lachgar n’y va pas par quatre chemins : «La véritable réforme est la
réforme politique». Et Pour lui, le prochain rendez-vous électoral constitue un premier test. Car si les pratiques des précédents scrutins devaient se répéter, prévient-il, la défiance ne pourrait que s’approfondir. Invité mardi dernier de la
Fondation Lafqui Titouani, le premier secrétaire de l’
USFP défend ainsi une réforme politique et institutionnelle qui ne se limite pas à corriger les effets des crises, mais entend agir sur leurs ressorts.
C’est pourquoi M. Lachgar insiste en particulier sur les conditions de la compétition électorale. Il évoque à cet égard la réforme de la législation électorale, la neutralité de l’administration et la nécessité de distinguer clairement l’action de l’État de l’activité partisane. Il dénonce notamment les situations dans lesquelles des responsables gouvernementaux présentent, lors de rassemblements politiques, des réalisations publiques comme celles de leur propre formation. Une confusion qui, selon lui, brouille la compétition et finit par entamer la confiance dans le processus électoral.
La question prend une autre dimension lorsqu’il aborde l’usage des symboles de la nation dans la communication partisane. «
S.M. le Roi est le Roi de tous», rappelle-t-il, récusant toute implication de l’institution monarchique dans la bataille électorale. Il refuse, dans le même esprit, que le nom ou les symboles Royaux soient mobilisés à des fins partisanes.
Cinq années d’opposition : le bilan revendiqué par l’USFP
Après avoir défendu une réforme du jeu politique et institutionnel, M. Lachgar a affiché clairement les ambitions de l’USFP au terme de cinq années d’opposition. Tout en reconnaissant les efforts accomplis par le gouvernement dans plusieurs secteurs, il estime que les résultats restent en deçà des attentes, notamment en matière de logement, de libertés, de justice et d’administration.Il rappelle au passage le bilan de l’action de son parti, en termes du travail parlementaire. «On peut revenir aux archives, au Parlement, et voir le produit», souligne-t-il, en citant les amendements, les propositions et les interventions du groupe socialiste. L’opposition, selon lui, ne se réduit pas à contester le gouvernement : elle doit aussi peser sur les textes et défendre les droits et les libertés. Il cite notamment l’agriculture familiale, rappelant les propositions du groupe socialiste en faveur des petits agriculteurs et des éleveurs. Sur les libertés, il revient sur le dossier des «détenus du Rif» et les demandes de grâce formulées par l’USFP. Là encore, il refuse toute instrumentalisation électorale de ces questions : «Il est très difficile de transformer les problèmes et les dossiers des citoyens en marchandise électorale».
Cette conception de l’opposition s’est aussi traduite par une tentative de rapprochement avec d’autres formations. M. Lachgar rappelle les contacts pris avec le Parti du progrès et du socialisme et le Mouvement populaire pour construire une opposition unifiée. Une démarche que les divergences politiques et les contraintes propres aux mécanismes parlementaires n’ont toutefois pas permis de concrétiser pleinement.
De l’opposition à l’alternative
Le bilan de l’opposition ouvre naturellement sur une autre question : jusqu’où l’USFP entend-il désormais porter son ambition politique ? Sur ce point, M. Lachgar ne laisse guère de place au doute. Un parti, estime-t-il, ne peut se satisfaire durablement de la contestation ; il doit avoir l’ambition de diriger un gouvernement et de mettre en œuvre son programme. Pour l’USFP, cette ambition prend aujourd’hui une forme explicite : «Nous considérons que nous sommes l’alternative réelle à ce qui s’est passé durant ces cinq dernières années».
Encore faut-il donner corps à cette ambition. M. Lachgar évoque une préparation électorale qui doit permettre au parti d’aborder les prochaines échéances avec des candidats capables de mener la bataille et de contribuer à la victoire. L’USFP entend, dans le même temps, rester ouvert à ceux qui souhaitent le rejoindre ou y revenir, y compris parmi les personnalités qui l’ont quitté au fil de son histoire. Cette ouverture concerne en particulier la gauche. M. Lachgar ne nie ni les divisions qui la traversent ni les choix opérés par certaines de ses composantes. Il défend néanmoins une porte ouverte aux forces progressistes, démocratiques et nationales, avec l’idée de reconstruire, autour de l’USFP, une capacité politique suffisamment large pour porter l’alternative.
Quel contenu pour cette alternative ?
Reste alors à donner une substance à cette ambition. M. Lachgar annonce un programme qui doit embrasser les volets politique, institutionnel, économique et social, avec la volonté de présenter autre chose que les formules convenues des programmes électoraux. L’USFP entend ainsi avancer «20 engagements clairs», parmi lesquels la justice, la participation, mais aussi la lutte contre le clientélisme et la corruption.
Sur le terrain économique, M. Lachgar revendique une orientation social-démocrate. L’emploi demeure la priorité, mais il l’inscrit dans une réflexion plus large sur l’équilibre entre le capital et le travail, la protection des droits sociaux et la nécessité d’assurer des rémunérations dignes. L’investissement public doit, dans cette conception, contribuer à stimuler l’investissement privé. Dans le même ordre d’idées, M. Lachgar fait de la retraite une «priorité des priorités» et appelle à mieux prendre en charge les personnes âgées, notamment à travers des structures adaptées. Il y voit également un secteur appelé à générer de nouveaux besoins et, avec eux, des emplois dans les métiers médicaux, paramédicaux et sociaux.
Le dossier des avocats : la réforme politique à l’épreuve des institutions
Inscrit au barreau de Rabat depuis 1981, Me Lachgar aborde le dossier de la profession d’avocat sous l’angle du fonctionnement des institutions. Interrogé sur la décision de la Cour constitutionnelle, il place la primauté du droit au premier rang. L’USFP, rappelle-t-il, s’est prononcée sur le texte en tant que formation parlementaire, mais les décisions des institutions compétentes doivent être respectées. Il rappelle ensuite les responsabilités de chacun : au Parlement revient la responsabilité de légiférer, au gouvernement celle de dialoguer et de négocier lorsque des divergences apparaissent. Cela n’exclut pas, selon lui, de revoir un texte lorsque son application révèle des difficultés. D’où son appel à faire évoluer la profession et, si nécessaire, la législation qui l’encadre, dans le respect des procédures.
Au terme de l’échange, il ressort que l’USFP entend désormais faire évoluer son statut d’opposant vers celui d’«alternative réelle», avec la volonté assumée de revenir aux responsabilités gouvernementales.