Yousra Amrani
31 Août 2026
À 17:35
La
rentrée universitaire 2026-2027 risque d’être fortement perturbée par une nouvelle séquence de mobilisation sociale. Après une première grève nationale observée le 14 juillet dernier, le Syndicat national des fonctionnaires de
l’enseignement supérieur et des
cités universitaires passe à la vitesse supérieure et programme plusieurs actions revendicatives au cours du mois de septembre. Dans un communiqué daté du 26 août, son bureau national justifie ce durcissement par la persistance des tensions dans le secteur.
L’organisation syndicale pointe notamment les reports successifs, le non-respect d’engagements antérieurs et l’absence d’avancées dans plusieurs dossiers professionnels et sociaux.
Le dialogue sectoriel dans l’impasse
Au cœur du bras de fer figure d’abord le
dialogue social sectoriel. Le syndicat dénonce son gel et affirme ne percevoir aucune volonté réelle du ministère de régler les dossiers en suspens. Il rappelle avoir adressé, dès le mois de mai, une demande officielle de dialogue restée, selon lui, sans suite. L’organisation syndicale dénonce également ce qu’elle considère comme une politique de discrimination à son encontre.
Se présentant comme le
syndicat le plus représentatif du secteur, elle reproche au ministre d’avoir reçu les autres organisations syndicales représentées dans
l’enseignement supérieur sans accueillir ses propres représentants. Cette situation alimente, selon elle, un climat de mécontentement grandissant parmi les fonctionnaires de l’enseignement supérieur et des cités universitaires. Le syndicat fait d’ailleurs porter au ministère «l’entière responsabilité» de cette tension et des éventuelles conséquences sociales qui pourraient en découler.
Le statut particulier toujours attendu
Parmi les dossiers qui cristallisent les tensions figure également celui du statut particulier des fonctionnaires de l’enseignement supérieur et des cités universitaires. Le syndicat déplore le retard pris dans sa finalisation et réclame son adoption dans les plus brefs délais. Pour le bureau national, ce futur statut doit répondre aux attentes du personnel et permettre une amélioration effective de ses conditions professionnelles et matérielles. À ce dossier s’ajoutent plusieurs revendications catégorielles toujours en suspens, notamment celles concernant les fonctionnaires titulaires d’un doctorat et les détenteurs de diplômes. Le volet salarial constitue un autre point de crispation. La CDT réclame l’application immédiate des engagements pris par le ministère concernant les augmentations de salaire. Elle exige leur versement intégral, et non de manière fractionnée, avec un effet rétroactif à compter du 1er janvier 2026.
Frais d’inscription : la CDT réclame une exonération effective
Le conflit porte également sur les frais d’inscription universitaire réclamés aux fonctionnaires souhaitant poursuivre leurs études. Le syndicat affirme que certains établissements continuent de les imposer, alors que le ministère se serait précédemment engagé à en exonérer les fonctionnaires du secteur. Face à cette situation, le bureau national demande au ministère d’intervenir afin de généraliser et de rendre effective l’exonération dans l’ensemble des universités et établissements concernés. Il réclame notamment la publication d’une circulaire ministérielle claire et contraignante, destinée à mettre un terme aux interprétations et pratiques divergentes qui, selon lui, pénalisent les fonctionnaires souhaitant poursuivre leur parcours académique. Plus largement, le syndicat réaffirme son refus de l’instauration de frais dans le cadre du «temps aménagé». Il inscrit cette position dans la défense de la gratuité de l’enseignement supérieur public et considère l’accès à l’éducation comme un droit fondamental.
Septembre sous le signe de la mobilisation
Faute d’avancées sur ces différents dossiers, le syndicat a arrêté un calendrier de mobilisation particulièrement chargé. La première action consistera en un boycott de la rentrée universitaire dans les différents établissements d’enseignement supérieur et au sein de l’administration centrale, accompagné du port d’un brassard, du 1er au 14 septembre 2026. Cette mobilisation sera suivie d’une première grève nationale de 72 heures les 8, 9 et 10 septembre. Elle sera accompagnée, mercredi 9 septembre à 11 heures, d’une manifestation nationale devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur à Rabat. La pression ne retombera pas immédiatement puisque le syndicat prévoit une seconde grève nationale de 72 heures les 15, 16 et 17 septembre. Ce calendrier marque une nette montée en puissance de la contestation après la grève nationale du 14 juillet, que l’organisation syndicale considère comme une première étape réussie de son programme revendicatif.
Une fin de mandat gouvernemental sur fond de tensions
À l’approche de la fin de l’actuelle législature, le bureau national dresse enfin un bilan particulièrement sévère de la gestion du dossier par le ministre de l’Enseignement supérieur. Il lui reproche de ne pas avoir réussi à apporter une issue aux revendications des fonctionnaires après plusieurs mois de reports et d’engagements qui, selon le syndicat, n’ont pas été honorés.
La rentrée universitaire s’ouvre ainsi sur un rapport de force qui pourrait peser sur le fonctionnement des établissements dès les premiers jours de septembre. Avec un boycott de deux semaines et six journées de grève programmées, le Syndicat national des fonctionnaires de l’enseignement supérieur et des cités universitaires entend maintenir la pression jusqu’à l’obtention de réponses concrètes. La reprise du dialogue sectoriel et le sort réservé aux principaux engagements du ministère seront désormais déterminants pour savoir si cette séquence débouchera sur une sortie de crise ou, au contraire, sur une prolongation du mouvement social.