Aux marchés, quelques chiffres suffisent à dire la tension.
parle de moutons proposés à partir de 3.200 dirhams, avec des prix pouvant grimper à 9.000, voire 12.000 dirhams pour certaines bêtes. À quelques jours de l’
, ces montants ne relèvent plus seulement de la fluctuation saisonnière. Ils touchent au quotidien des familles, à cette dépense attendue qui devient, pour beaucoup, une charge difficile à absorber. C’est par cette porte concrète que la députée du
. Car selon elle, le prix du mouton est plus qu’un simple indicateur de marché. Il devient, dans sa lecture, le signe d’un déséquilibre plus profond, où se rejoignent vie chère,
inabouti, services publics défaillants, dette, et gouvernement impuissant. Une même ligne traverse son propos : les difficultés des ménages ne tiennent pas seulement aux circonstances, mais à un modèle de décision qu’elle juge incapable de les protéger durablement.
La vie chère, le prix du mouton comme jauge
Dans la lecture de Nabila Mounib, la flambée des prix de l’Aïd s’inscrit dans une crise plus large du pouvoir d’achat, où se croisent le coût de l’élevage, les années de sécheresse, le renchérissement des aliments de bétail, mais aussi les choix publics qui ont, selon elle, affaibli les capacités nationales de production. La députée PSU rappelle que l’État disposait de terres et de fermes pouvant contribuer à l’élevage, avant que certaines d’entre elles ne soient confiées à des opérateurs privés, sans obligation suffisamment claire, affirme-t-elle, de maintenir cette activité. C’est là, selon elle, que se loge une part du déséquilibre : le marché s’est tendu, les prix ont flambé, et l’Aïd est devenu pour nombre de familles une charge difficile à soutenir.
Mme Mounib insiste aussi sur la destination des soutiens publics. Elle évoque les aides accordées à certains opérateurs du secteur, tout en reprochant au dispositif de ne pas avoir suffisamment protégé les petits éleveurs ni les ménages. L’enjeu, à ses yeux, n’est donc pas seulement de savoir si l’État intervient, mais au bénéfice de qui et avec quelle efficacité. Sur ce terrain, elle rappelle que le PSU a multiplié les interpellations : prises de position publiques, questions écrites, questions orales et travail de proximité auprès des citoyens.
Un «État social» à l’épreuve de la redistribution équitable
Face aux annonces rappelées sur le plateau autour de l’aide directe, de l’
AMO Tadamon, des budgets de la
santé et de l’
éducation ou encore des nouveaux
Centres hospitaliers universitaires, Nabila Mounib ne conteste pas seulement les chiffres. Elle en interroge la portée. Pour la députée du Parti socialiste unifié, un bilan gouvernemental ne se mesure pas aux enveloppes mobilisées, mais aux transformations réellement perceptibles dans la vie des citoyens.
C’est là que sa critique de l’«État social» prend forme. Les aides directes, situées dans l’échange entre 350 et 500 dirhams par ménage, peuvent atténuer certaines vulnérabilités. Mais elles ne suffisent pas, selon elle, à construire une protection durable si elles ne s’accompagnent pas d’une redistribution plus juste, d’une réforme fiscale et d’un renforcement effectif des services publics. En substance, Mme Mounib invite à déplacer le regard : moins vers les montants affichés que vers les mécanismes qui produisent, ou non, de la
justice sociale.
Sa formule donne le sens de cette charge : «La question de la distribution équitable de la richesse, la question des réformes financières et fiscales, la question de la démocratie : tout cela concerne les Marocains.» Autrement dit, le social n’est pas seulement affaire d’
allocations. Il engage la manière dont la richesse est produite, distribuée et contrôlée. Pour Mme Mounib, c’est précisément là que se joue la crédibilité de l’
État social : non dans l’annonce d’un soutien ponctuel, mais dans la capacité à corriger les déséquilibres qui nourrissent la défiance, dit-elle.
Souveraineté économique et secteurs stratégiques
La critique sociale de Nabila Mounib ne s’arrête pas à la redistribution. Elle remonte vers ce qu’elle présente comme l’un des nœuds du problème : la perte de maîtrise sur les choix économiques. Dans son raisonnement, la dégradation du pouvoir d’achat, la fragilité des services publics et les limites de l’État social tiennent aussi à un modèle qu’elle juge trop dépendant des grandes institutions financières internationales. Le gouvernement, affirme-t-elle en substance, apparaît comme «l’élève» du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, plutôt que comme le défenseur d’une marge de décision propre.
C’est dans ce cadre qu’elle évoque les 57 établissements et entreprises publics appelés, selon elle, à être transformés en sociétés anonymes. Le sujet dépasse la seule architecture administrative. Il touche, dans sa lecture, à des secteurs qu’elle considère comme stratégiques : hydrocarbures, minerais, ports, ressources naturelles, infrastructures. L’ouverture aux capitaux privés ou étrangers ne peut donc être pensée comme une simple opération de marché. Elle engage, selon Mme Mounib, la capacité du pays à protéger ses intérêts, à orienter l’investissement et à garder la main sur ses leviers essentiels.
À cela s’ajoute la dette. Nabila Mounib avance un niveau autour de 80%, en intégrant, dans son appréciation, la dette de l’État et celle des établissements et entreprises publics. Une telle contrainte réduit, à ses yeux, la marge de manœuvre du pays et rend plus difficile toute politique sociale ambitieuse. Face à ces «vulnérabilités», elle appelle à «immuniser» le pays par la démocratie, les droits et les libertés, mais aussi par une meilleure maîtrise des secteurs clés. Pour elle, la souveraineté se mesure à la capacité de l’État à décider, à produire et à protéger.
Enseignement et santé
Sans mâcher ses mots, la parlementaire reproche aux politiques publiques d’avoir affaibli l’école publique et installé, selon elle, un enseignement à plusieurs vitesses. Derrière cette critique, elle dit défendre une école capable d’offrir à tous les élèves les mêmes chances, au lieu d’accentuer les écarts entre ceux qui peuvent contourner les failles du public et ceux qui les subissent de plein fouet.
Pour ce qui est du secteur de la santé, Nabila Mounib affirme qu’un service public ne se mesure pas aux annonces, mais aux moyens dont il dispose, à la clarté de ses règles et à la protection de ses métiers. Réagissant à l’intervention d’une infirmière, elle évoque un déficit d’environ 100.000 profils dans le secteur, entre médecins, infirmiers, assistants et techniciens de santé. Mais selon elle, la crise ne peut se résumer au seul manque d’effectifs. Il faut aussi clarifier les missions, les droits et les responsabilités de chacun. C’est le sens de son appel à accélérer la publication d’un référentiel des compétences et des métiers, afin de mieux protéger les professionnels comme les patients.
La formation médicale constitue l’autre point sensible. Face à la réduction de la durée des études de médecine, la députée du PSU exprime ses réserves : former davantage ne doit pas, selon elle, conduire à affaiblir l’exigence. Pour Mme Mounib, l’école publique et l’hôpital public demeurent les deux assises d’un État protecteur, face à une progression du privé qui risque, selon elle, d’accentuer les ruptures d’égalité.