Nation

Les avocats de retour aux tribunaux après l’intervention d’Akhannouch

Après plusieurs semaines de mobilisation contre le projet de loi encadrant la profession d’avocat, les barreaux ont décidé de reprendre le travail à compter du 16 février. Cette reprise fait suite à une intervention directe du chef du gouvernement, qui a promis l’ouverture d’un dialogue consensuel, sans engagement écrit à ce stade, dans un dossier désormais piloté au plus haut niveau de l’exécutif.

12 Février 2026 À 10:34

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Les avocats marocains reprennent le chemin des tribunaux. Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion de son bureau, tenue jusqu'à une heure tardive le 11 février à Rabat, l’Association des Barreaux du Maroc a annoncé la reprise des activités professionnelles à partir du lundi 16 février 2026, après une séquence de tensions inédites autour du projet de loi régissant la profession.

Ce retour intervient à la suite d’une intervention directe du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, qui a reçu le président de l’Association dans le cadre d’une rencontre qualifiée de « responsable et franche ». Selon des sources issues de l’avocature, aucune garantie écrite n’a été actée à l’issue de cet échange, mais un engagement clair a été pris en faveur de l’ouverture d’un dialogue structuré et d’une démarche consensuelle autour du texte contesté.



Au cœur de cette nouvelle séquence, la proposition de mettre en place une commission conjointe, placée sous l’égide de la présidence du gouvernement et associant les représentants des barreaux. Cette instance est appelée à examiner le projet de loi dans ses différentes dimensions, alors qu’une large partie de la profession continue d’y voir non pas une simple réforme, mais un tournant autoritaire remettant en cause l’indépendance et les garanties fondamentales de l’avocat.

Autre élément notable : le chef du gouvernement a exprimé son intention de ne pas transmettre le projet de loi au Parlement avant l’achèvement des travaux de cette commission. Une annonce perçue comme un signal d’apaisement, dans un contexte où la crainte d’un passage en force législatif restait vive au sein de la profession.

Fait marquant, la rencontre décisive s’est tenue en l’absence du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, pourtant porteur politique du projet de loi. Une absence qui, selon plusieurs sources, illustre le déplacement du centre de gravité du dossier vers la primature.

Dans son communiqué, l’Association des Barreaux du Maroc insiste toutefois sur le caractère conditionnel de cette reprise. Elle salue la patience et la solidarité des avocats, bâtonniers et conseillers mobilisés, tout en réaffirmant que la profession restera vigilante quant à la préservation de ses fondements : indépendance, immunités fonctionnelles et rôle sociétal dans l’État de droit.

La première réunion de la commission annoncée est prévue le vendredi 13 février, marquant le début officiel d’un dialogue que la profession espère réel et substantiel. En attendant, la reprise du travail se veut un acte de responsabilité envers les justiciables, sans renoncement sur le fond.

Derrière l’accalmie apparente, le dossier reste donc ouvert. Si le dialogue est relancé, l’absence d’engagement écrit et le retrait du ministre de la Justice de cette séquence interrogent sur la suite du processus. Pour les avocats, le combat change de terrain, mais la ligne rouge demeure inchangée.
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