Noura Mzaghrani
19 Mai 2026
À 18:00
Le retour des inquiétudes sanitaires internationales réveille inévitablement le traumatisme laissé par la
Covid-19. Depuis plusieurs jours, le
Hantavirus fait l’objet d’une forte médiatisation après l’apparition de cas recensés à bord d’un bateau de croisière ayant transporté des passagers de différentes nationalités. Mais faut-il réellement craindre une nouvelle pandémie ? Pour le professeur
Abdelfettah Chakib, la réponse est claire : «Il n’y a pas de grande inquiétude à se faire».
Invité de l’émission «
L’Info en Face», le spécialiste des maladies infectieuses et tropicales a tenté de démêler le vrai du faux autour de ce virus encore peu connu du grand public. «Je suis là juste pour répondre scientifiquement aux questions», a-t-il insisté, dénonçant au passage «l’infodémie» et la prolifération des fausses informations qui accompagnent désormais chaque
alerte sanitaire. Selon Abdelfettah Chakib, le Hantavirus ne présente aujourd’hui aucun risque pandémique comparable à la Covid-19. «On a déjà connu des petites épidémies de Hantavirus, mais jamais de pandémie», rappelle-t-il. Le spécialiste explique néanmoins que la souche apparue récemment à bord du bateau de croisière a davantage attiré l’attention en raison de sa capacité de transmission entre humains et de son taux de létalité plus élevé que les souches européennes ou asiatiques.
Le professeur estime surtout que la médiatisation de l’affaire a ravivé les traumatismes liés à la pandémie de Covid-19. «Tout cela a rappelé aux gens ce qu’on a vécu pendant la Covid», observe-t-il, évoquant les images de passagers isolés, transférés vers des hôpitaux et placés sous surveillance sanitaire dans plusieurs pays. Pour autant, le médecin appelle à distinguer vigilance et psychose. «Zéro inquiétude pour moi aujourd’hui par rapport au Hantavirus», affirme-t-il, tout en profitant de cette séquence médiatique pour rappeler l’importance des gestes barrières. «Si je suis à côté d’une personne qui tousse ou qui a de la fièvre, je mets mon masque», recommande-t-il, précisant qu’il ne s’agit pas d’un retour généralisé aux restrictions sanitaires, mais simplement de mesures de bon sens destinées à limiter la transmission des virus respiratoires.
Abdelfettah Chakib a également souligné que le Maroc ne recensait actuellement «aucun cas» de Hantavirus. Selon lui, le Royaume dispose aujourd’hui des capacités de diagnostic nécessaires grâce aux tests PCR et à l’expérience acquise durant la pandémie. Il reconnaît toutefois certaines limites structurelles, notamment le manque d’unités spécialisées d’isolement dans plusieurs villes du pays.
Mais au-delà du Hantavirus, c’est surtout Ebola qui inquiète le spécialiste. «Ebola représente aujourd’hui une menace plus importante», avertit-il, évoquant la nouvelle souche identifiée en Afrique centrale, contre laquelle les vaccins et traitements développés précédemment ne seraient plus efficaces. La situation géopolitique instable dans certaines zones touchées complique davantage la prise en charge et la surveillance épidémiologique.
Le professeur Chakib regrette également le retard mondial dans la recherche sur les antiviraux. «Nous avons des centaines d’antibiotiques, mais seulement quatre ou cinq antiviraux réellement efficaces», déplore-t-il, estimant que de nombreuses maladies tropicales restent encore «négligées» par la recherche internationale faute d’investissements suffisants. En conclusion, l’infectiologue appelle à tirer les leçons des crises passées sans sombrer dans l’alarmisme. Pour lui, la meilleure réponse reste une vigilance raisonnée, fondée sur la science, l’information fiable et le maintien des réflexes élémentaires de prévention sanitaire.