Société

Dépister plus tôt, traiter mieux : le Rotary réunit les expertises contre le cancer du sein

Dépistage mieux ciblé, diagnostic de précision, chirurgie moins invasive et traitements personnalisés : la prise en charge du cancer du sein évolue à grands pas. Réunies vendredi 16 octobre à Casablanca, lors d’une conférence organisée notamment par l’Amicale des Rotariens professionnels de santé du Maroc, plusieurs spécialistes ont éclairé les progrès médicaux et la nécessité de préserver la qualité de vie des patientes. Reste à rendre ces avancées accessibles au plus grand nombre.

18 Octobre 2026 À 15:38

Quelque 12.756 nouveaux cas en une année. C’est le nombre estimé de cancers du sein au Maroc en 2022 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette maladie représente 38,8% des nouveaux cancers féminins, soit près de quatre cas sur dix. Un poids qui rappelle l’urgence de diagnostiquer tôt, mais aussi de soigner avec davantage de précision.



Ces deux impératifs étaient au cœur d’une conférence organisée vendredi 16 octobre courant à l’Hôpital Universitaire International Cheikh Khalifa de Casablanca, à l’occasion d’«Octobre Rose», sur le thème «Cancer du sein : dépister tôt, diagnostiquer juste, traiter mieux». Portée notamment par l’Amicale des Rotariens Professionnels de Santé du Maroc, avec la participation de Clubs Rotary, la rencontre était coordonnée par les Pʳᵉˢ Bouchra Allali, présidente de l’Amicale, et Asmâa Naim, spécialiste en onco-radiothérapie. Elle a réuni des expertises complémentaires autour d’un constat : les progrès thérapeutiques ne portent leurs fruits que si dépistage, diagnostic et traitement s’articulent sans rupture. L’écoute de la patiente et la coordination entre disciplines sont indissociables de cette exigence.

Du traitement maximal au traitement optimal

«On sait mieux le prévenir, on sait mieux le diagnostiquer et on sait beaucoup mieux le traiter.» D’entrée, la Pʳᵉ Raja Aghzadi, chirurgienne cancérologue spécialisée dans le sein et fondatrice de l’association Cœur des Femmes, a donné la mesure des bouleversements à l’œuvre. Selon elle, les quinze dernières années ont vu évoluer des pratiques longtemps tenues pour acquises. «Il y a un réel changement de perception de la maladie et de son traitement, un changement complet de paradigme», a-t-elle observé.

Le changement commence dans la manière d’appréhender la tumeur. Sa taille et sa localisation restent essentielles, mais ne suffisent plus : ses caractéristiques biologiques et, dans certaines indications, des tests génomiques orientent aussi les décisions. C’est le passage, selon la chirurgienne, du traitement «maximal» au traitement «optimal et personnalisé». Il ne s’agit pas de réduire les soins à tout prix, mais d’éviter des gestes trop lourds lorsque des solutions moins agressives offrent une efficacité comparable.

La chirurgie en donne plusieurs exemples. Certaines patientes peuvent bénéficier d’une intervention conservatrice plutôt que d’une ablation totale du sein. Lorsqu’une mastectomie s’impose, la reconstruction mammaire, notamment à l’aide de tissus graisseux prélevés sur la patiente, peut contribuer à restaurer son image corporelle. La Pʳᵉ Aghzadi a surtout insisté sur la désescalade des interventions axillaires : la technique du ganglion sentinelle permet, dans des cas sélectionnés, d’éviter un curage étendu et d’en limiter les séquelles.

La spécialiste a également cité la chimiothérapie administrée avant l’opération dans certaines formes de cancer, les évolutions de la radiothérapie, les prises en charge ambulatoires et l’émergence de la chirurgie robotique. Finies, pour certaines interventions, les longues hospitalisations systématiques : les séjours peuvent désormais être plus courts. Mais cette médecine moins invasive exige, a-t-elle rappelé, une concertation pluridisciplinaire pour toutes les patientes, avec une stratégie adaptée à chacune.

Dépister tôt, dépister juste

La Pʳᵉ Nadia Moussali, radiologue, a déplacé le regard vers la première étape du parcours : le dépistage. «Ça dépend de la personne, ça dépend de son âge, ça dépend de son contexte», a-t-elle expliqué. Impossible, donc, de proposer indistinctement les mêmes examens à toutes les femmes. Il faut différencier le dépistage des femmes sans symptômes ni risques particuliers et la surveillance renforcée de celles qui présentent des antécédents personnels, une prédisposition génétique, une histoire familiale significative ou certaines irradiations thoraciques antérieures.

La radiologue a évoqué une circulaire ministérielle de 2026 concernant le dépistage dès 40 ans. La portée précise de cette disposition reste toutefois à clarifier : dès 2022, le ministère de la Santé ciblait déjà les femmes de 40 à 69 ans dans sa campagne nationale.

Plus largement, la spécialiste a insisté sur l’examen clinique et sur la complémentarité des méthodes d’imagerie. Mammographie, échographie, IRM mammaire et tomosynthèse répondent à des indications distinctes. Une mammographie fiable exige notamment une compression adéquate et deux incidences standards pour visualiser correctement les tissus. La densité mammaire peut compliquer la lecture : certaines lésions se distinguent moins facilement dans un sein dense et un examen complémentaire peut alors être indiqué, selon le risque et la situation de la patiente.

La Pʳᵉ Moussali a également présenté le système BI-RADS, classification internationale qui harmonise la description des anomalies et oriente les suites de la prise en charge. Derrière ces exigences techniques, elle a rappelé l’importance de l’accompagnement. Compression, salle d’examen, présence du personnel derrière un pupitre : la mammographie peut impressionner. Des dispositifs cherchent à en réduire l’inconfort, mais les explications demeurent essentielles. «Il faut vraiment la rassurer», a insisté la radiologue. Un examen bien réalisé doit aussi être un examen compris.

Du prélèvement au traitement personnalisé

Une anomalie découverte à l’imagerie n’est que le début d’un chemin diagnostique. L’anatomopathologie, thème confié à la Pʳᵉ Lemaalmi, spécialiste en anatomie et cytologie pathologiques forte de plus de vingt ans d’expérience selon sa présentation, occupe ici une place décisive. La biopsie permet de déterminer la nature d’une lésion suspecte. En cas de cancer, l’étude des tissus et de marqueurs comme les récepteurs hormonaux ou HER2 contribue à choisir les traitements appropriés. Le diagnostic ne vise donc plus seulement à nommer la maladie, mais aussi à mieux en comprendre le profil.

Cette logique rejoint l’axe de la prise en charge personnalisée inscrit au programme de la Pʳᵉ Asmâa Naim, spécialiste en onco-radiothérapie. Selon le type de cancer, son stade et les caractéristiques de la patiente, la stratégie peut associer chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie ou traitements ciblés ; l’immunothérapie dispose elle aussi d’indications particulières. Le défi n’est pas d’additionner les techniques, mais de choisir la meilleure séquence de soins, sur la base d’une décision collective.

Au-delà des échanges médicaux, la mobilisation de l’Amicale des Rotariens professionnels de santé du Maroc et des Clubs Rotary participants illustre la place des réseaux associatifs dans la diffusion d’une information médicale accessible. À l’heure où les options thérapeutiques se multiplient, la question demeure pourtant entière : comment garantir aux femmes, y compris loin des grands centres, un dépistage de qualité, un diagnostic rapide et la continuité des traitements ? C’est à cette condition que la médecine de précision pourra tenir sa promesse au-delà des salles de conférence.
Copyright Groupe le Matin © 2026