Développement professionnel

Comment mieux gérer son perfectionnisme au travail 

Nabila Bakkass ,LE MATIN
09 Avril 2017
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Le perfectionnisme est une qualité très appréciée en entreprise. En effet, un perfectionniste est par défaut exigeant dans son travail, soucieux du détail et inspire, par conséquent, la confiance des autres. Toutefois, ce trait de caractère peut devenir un frein pour le collaborateur, notamment quand il s’agit de situations d’urgence en entreprise. Quelques astuces pour gérer son perfectionnisme au travail avec Malgorzata Saadani, coach consultant certifiée ICC, DG d'ANC Communications.

Conseil : Perfectionnisme, comment se manifeste-t-il chez un collaborateur en entreprise ?
Malgorzata Saadani : Le perfectionnisme, défini comme l’amour inconditionnel des choses exécutées parfaitement sans le moindre défaut, est un trait de caractère qui peut être très appréciable chez un collaborateur. Quelqu’un qui est soucieux du détail inspire généralement la confiance : on peut toujours compter sur lui et le mandater pour les missions délicates sans craindre une omission ou une inattention de sa part. De plus, un perfectionniste a habituellement un fort désir d’auto-amélioration continue, cherche à élargir ses compétences
et à être exemplaire à tout point de vue. Chaque collectif a besoin d’une telle personne pour mettre la barre haute et challenger les collègues et les collaborateurs.
D’un autre côté, le perfectionnisme peut aussi devenir un frein dans les situations d’urgence où le soin du détail passe au second plan.
L’intensité du perfectionnisme acceptable et son utilité varient pourtant en fonction de la culture sociétale et celle de l’entreprise, ainsi que la nature du métier exercé.

Comment distinguer le perfectionnisme normal du pathologique ?
Contrairement au perfectionnisme normal qui produit des effets positifs sur l’exécution et la qualité des rendus, celui pathologique a un effet inverse : D'abord, il provoque une perte considérable de temps et des retards en cascade.
De là, il est à l’origine des tensions entre les intervenants du projet ou les membres de l’équipe, et du relationnel humain qui se dégrade. Et finalement, il ne permet pas la satisfaction du travail effectué : il y a toujours un «mais», un défaut réel ou imaginaire quelque part. Poussé à l’extrême, le perfectionnisme rend la personne intolérante aux autres qui sont moins appliqués, ou qui ont tout simplement une autre vision des missions bien faites. Attention, un perfectionniste en entreprise l’est aussi dans sa vie personnelle et par son niveau d’exigence peut mener la vie dure à ses proches : il exige que son conjoint et ses enfants soient parfaits et même que son voisinage le soit également.
Un manager ou un dirigeant perfectionniste aura en plus beaucoup de difficultés à déléguer et perdra son énergie à exécuter souvent les tâches de ses collaborateurs, au détriment de
ses propres missions. D’où ses problèmes quasi-automatiques avec la gestion du temps. Dans certains cas, le perfectionnisme peut virer vers la pathologie psychiatrique nécessitant des soins, notamment certains troubles obsessionnels compulsifs (TOC) comme la vérification compulsive de l’état des lieux, le rangement millimétré du bureau ou le lavage permanent des mains.

Comment gérer son perfectionnisme ?
Le premier pas, c’est de repérer chez soi les tendances perfectionnistes, leur niveau d’intensité et éventuellement leur impact négatif.
Les signaux d’alerte seront le temps excessif passé sur les dossiers standards et les auto-corrections répétitives y apportées, ainsi qu’une frustration quasi permanente des rendus, indépendamment des appréciations ou des compliments recueillis.
Pour gérer son perfectionnisme, je conseille à mes coachés de prioriser et bien planifier le travail en se fixant les limites raisonnables dans les retouches et en prévoyant un temps supplémentaire pour les faire. Il ne s’agit pas d’éliminer le perfectionnisme qui n’est pas mauvais en soi, mais de le contenir à un niveau rentable économiquement et acceptable socialement.
N’oublions pas qu’un perfectionniste expérimenté et intelligent peut tout à fait allier l’exactitude et la rapidité – donc l’efficacité !
En guise de conclusion, je tiens à souligner que dans la quête de la perfection, il faut préserver dans notre esprit un certain seuil de tolérance à l’erreur, sans la confondre avec la bêtise ou le laisser-aller. Et nous rappeler que nous sommes tous humains et l’erreur aussi est humaine. Nous avons donc le droit d’être imparfaits de temps en temps. Donnez-vous ce droit à vous-mêmes !





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