Arts plastiques

Ghizlane Sahli expose son «Incubation/Genesis» à Rabat

,LE MATIN
11 January 2017 - 18:18
Ghizlane-Sahli.jpg Une œuvre de l’artiste-peintre Ghizlane Sahli.

L’artiste-peintre Ghizlane Sahli expose ses œuvres récentes sur le thème «Incubation/ Genesis» à la galerie de l’Institut français de Rabat du 19 janvier au 25 février prochain. Le vernissage de cette exposition aura lieu le 19 janvier à partir de 18 h 30 au même endroit.

À travers cette exposition, l’artiste Ghizlane Sahli nous invite à explorer son monde onirique et poétique à travers un prisme qui décompose son œuvre jusqu'à la particule la plus élémentaire : «l’Alvéole, jusqu’au Tout le Cube». La plasticienne explore la transformation de la matière. Elle ramasse et collecte des déchets qu’elle métamorphose en les brodant avec de la soie. Avec l’aide de femmes artisanes, elle a conçu l’Alvéole, une broderie tridimensionnelle faite à partir de fonds de bouteilles de plastique et de fil de soie. Elle aime ainsi exalter la matière et lui donner du sens. «Genesis» développe l’Alvéole, tel un atome dont l’accumulation compose la substance. La série dévoile, à travers un zoom, le processus d’incubation qui génère l’œuvre. L’Alvéole, déchet de plastique, étouffée par la soie, respire dans son nouvel état. Elle s’accroche au grillage métallique qui forme la matrice de l’œuvre. Les alvéoles s’accumulent et se déploient de manière organique et parfaitement aléatoire. Elles forment ainsi des pans de vie, qui vibrent au rythme de l’énergie dégagée par les déchets détournés et régénérés et constituent une nouvelle forme unique. Le Cube, forme le tout. Il y a changement d’échelle. On passe du microcosme de l’Alvéole (particule), au macrocosme du Cube (univers).

Aux noir et blanc originels, vient s’ajouter le rouge. La Lettre, la Terre et la Lumière apportent leur part de connaissance, de mémoire et de connexion du tout. La forme primitive organique pure a désormais une identité. Avec «Genesis», Ghizlane Sahli propose un travail organique et évolutif, à partir de la particule la plus élémentaire qui compose son univers, elle va nous dévoiler comme à travers un microscope, le processus d’incubation qui va générer ses œuvres. Le travail commence par une alvéole, un déchet récupéré qui va se régénérer, se transformer, évoluer, proliférer par accumulation, pour composer des tableaux organiques vivants. Ces alvéoles, formées de bouteilles en plastique, issues de déchets composés d'une matière industrielle, sont étouffées par le fil de soie, matière végétale naturelle, et prennent ainsi une autre destinée.

Cette transformation de la matière est une métaphore de la vie. Elles viennent ensuite s’accrocher au grillage, squelette de l’œuvre. Ce squelette se pose, dans un premier temps, sur une matrice formée de fils multidirectionnels qui donne naissance aux alvéoles. Puis l’œuvre s’affranchit de la matrice, et se régénère librement. Chacune des bouteilles, en fonction de l’état où se trouvait la personne qui a bu dedans, apporte une énergie différente. Toutes ces énergies accumulées participent à la singularité de l’œuvre et de son histoire. Elles lui confèrent ainsi sa forme organique unique.



De l'architecture à la peinture

Née à Meknès en 1973, Ghizlane Sahli vit et travaille à Marrakech. Après des études en architecture à Paris, Ghizlane rentre au Maroc et s’installe à Marrakech. Passionnée de broderies et de tissus, elle ouvre un atelier de création textile, où elle s’entoure d’artisans. Ceux-ci l’initient à différentes méthodes traditionnelles de broderies. Ghizlane baigne dans cet univers pendant sept ans. Elle a reçu le prix de la création aux «Trophée Couleurs» en 2009. En 2013, Ghizlane crée pour un magazine une robe faite à partir de sacs-poubelle, de bidons, de bouteilles plastiques, le tout issu de réels déchets. Elle décide de fermer son atelier de broderie et de se consacrer à la création artistique pure. Elle forme avec sa sœur et deux amis photographes le collectif «Zbel Manifesto» qui travaille essentiellement avec des déchets. Aujourd’hui, Ghizlane poursuit ses travaux avec l’aide de femmes artisanes. Elles recherchent ensemble de nouvelles pratiques pour manier le fil de soie. Elle imagine des mondes poétiques et oniriques où elle peut expérimenter et créer des ponts entre ses trois passions, l’espace et les volumes, issus de sa formation d’architecte, le fil de soie, issu de son immersion dans le monde de la broderie et l’environnement, issu de ses questionnements sur le développement durable et l'avenir de la planète. Elle se plait ainsi à transformer la matière, à l'exalter et à lui donner du sens.



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