Le marathon législatif du Conseil national de la presse (CNP) vient de connaître son épilogue par la publication, au Bulletin officiel n°7523 du 6 juillet 2026, de la loi n°09.26 du 25 juin 2026 portant réorganisation du CNP. Au-delà du débat qu’a suscité cette réforme, de la multiplicité des intervenants et des parties prenantes, de la polarisation et des déchaînements auxquels nous avons assisté, il est temps de prendre du recul et de se projeter sur les mois et années à venir.
La particularité du cas marocain est que notre presse, à de rares exceptions, ne s’est pas réinventée et a vu sa présence et son influence se rétrécir comme peau de chagrin. Les plateformes, les réseaux sociaux, les chaînes YouTube, les influenceurs, les blogueurs, les podcasteurs et les producteurs de contenu, venus de tous bords, du Maroc et de l’étranger, ont préempté la presse, qui a continué de survivre grâce aux subsides de l’État, avec, à la clé, plus de 80% des revenus publicitaires digitaux transférés à l’étranger. On a assisté à des dérives qui ont rompu la confiance entre la société et la presse. Selon une dernière étude, moins de 28% des Marocains font confiance à la presse.
Beaucoup d’éditeurs de presse étaient, en quelque sorte, tétanisés et n’avaient pas assimilé que leur marché avait changé. L’audience, l’attention, le SEO et le GEO ont remplacé la criée et le kiosque à journaux, et la monétisation du contenu a remplacé la vente au numéro. Entre 2020, date de la Covid-19, et maintenant, les points de vente de journaux sont passés de 6.000 à moins de 1.500. L’entreprise de presse a eu du mal à faire la transition entre le journaliste qui raconte ce qui s’est passé hier et celui qui dit, en temps réel, ce qui se passe maintenant. Un malheur ne vient jamais seul : elle n’a pas les ressources et les moyens pour investir dans la technologie, dans la formation aux nouveaux métiers que sont le web manager, le data scientist, le droniste, le marketeur éditorial ou l’opérateur des nouveaux outils de production de contenu. Elle ne pouvait pas se permettre d’attirer les talents, tant ses ressources financières sont insuffisantes, pour ne pas dire inexistantes, d’une part, et tant le secteur a perdu de son attractivité pour les hautes compétences. Cerise sur le gâteau, l’IA a accéléré les disruptions. C’est face à cette hécatombe annoncée que le CNP semble pouvoir jouer un rôle. Or le débat autour du projet de loi le réformant nous semble avoir été détourné de son objet.
Ce que n’est pas le CNP Le CNP n’est pas une instance paritaire ou un cadre de négociation bilatérale où éditeurs (patronat) et journalistes (syndicat de salariés) se réunissent, en nombre égal, pour accepter plus d’heures de travail moyennant l’amélioration des conditions de travail, les augmentations de salaire, les acquis, les œuvres sociales, les primes, etc., et sanctionner tout cela par une convention collective ou un protocole. Le CNP n’a pas pour mission de décider de la subvention à la presse ni de la distribuer, encore moins de disposer d’une enveloppe budgétaire pour ce faire. Enfin, il n’est pas une agence de l’État ou un département relevant d’un ministère.
Malheureusement, au lieu que le débat soit porté sur la situation de la presse et la sortie de crise, où éditeurs et journalistes sont dans la même embarcation, en posant les questions : quelle presse voulons-nous ? Quelles sont les attentes de la société ? Quelle est la place du CNP dans cette arène ? L’on s’est focalisé sur la parité entre journalistes et éditeurs siégeant au CNP, ainsi que sur le mode de désignation des représentants des éditeurs. L’un des arguments invoqués, qui a suscité le sourire, est celui d’une volonté cachée de mainmise du capital sur le CNP ! Qui investit aujourd’hui dans la presse et à quel retour sur investissement peut-il s’attendre ? Il est vrai que les préoccupations syndicales concernant le poids et les modalités de représentation des journalistes au sein du CNP se justifient au regard de plusieurs enjeux qui ont marqué, et continueront de marquer, la vie du secteur : les conditions d’octroi ou de refus de la carte de presse, les procédures de sanction ou de médiation en cas d’incident relevant du Code de la presse... Toutefois, le véritable sujet qui devrait préoccuper, mobiliser et rassembler l’ensemble des parties prenantes demeure celui de l’avenir du secteur et de la feuille de route à mettre en œuvre pour le sortir de la crise.
«Pour l’exercice des missions qui lui sont dévolues, le Conseil est chargé d’accomplir ce qui suit, en tenant compte des attributions de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) :
• L’autorégulation du secteur de la presse et de l’édition.
• L’élaboration de son règlement intérieur.
• L’élaboration d’une charte déontologique de la profession.
• L’élaboration des règlements nécessaires garantissant l’exercice de la profession journalistique dans le respect de ses règles et de son éthique, et veiller à ce que les professionnels s’y conforment.
• La délivrance de la carte de presse professionnelle.
• La tenue d’un registre spécial des journalistes professionnels titulaires de la carte de presse professionnelle et d’un registre spécial des éditeurs, selon les modalités fixées par le règlement intérieur du Conseil.
• L’exercice de la médiation dans les litiges opposant les professionnels entre eux ou les opposant à des tiers.
• Le suivi du respect de la liberté de la presse.
• L’examen des affaires disciplinaires concernant les éditeurs et les journalistes professionnels.
• L’émission d’avis sur les projets de loi et de décret relatifs à la profession ou à son exercice, ainsi que sur toutes les questions qui lui sont soumises par l’administration, dans un délai ne dépassant pas trente (30) jours à compter de la date de leur réception ; en cas d’urgence, le gouvernement fixe ledit délai.
• La proposition de mesures de nature à développer, qualifier et moderniser le secteur de la presse et de l’édition.
• La facilitation et l’encouragement de la concertation et de la coopération entre les composantes du secteur de la presse et de l’édition.
• L’élaboration des études liées au secteur de la presse et de l’édition.
• La contribution à l’organisation de la formation continue au profit des journalistes et des autres salariés exerçant dans le secteur de la presse et de l’édition.
• L’établissement de relations de coopération et de partenariat avec les organismes nationaux, étrangers et internationaux poursuivant les mêmes objectifs, en vue d’échanger les expériences et les expertises dans le domaine de la presse et de l’édition.
• L’approbation des rapports financiers et moraux du Conseil, y compris les rapports visés à l’article 4 ci-après.
• Le Conseil émet son règlement intérieur, la charte déontologique de la profession et les règlements nécessaires garantissant l’exercice de la profession journalistique, dans un délai d’un an à compter de la date de son installation, et les publie au Bulletin officiel.» (fin de l’article 3).
Dans sa configuration prévue par la nouvelle loi, le CNP peut-il aider à une sortie de crise ? Telle est la question à un million de dollars ! À notre humble avis, quel que soit l’arsenal juridique, quel que soit le budget alloué et quelles que soient les ressources à disposition, la presse ne peut guérir de ses maux que si certaines conditions sont réunies :
1. Une volonté politique : le CNP est une instance d’autorégulation au même titre que plusieurs autres au Maroc et à l’étranger. Les différents Conseils de l’Ordre (médecins, architectes, avocats, experts-comptables, etc.) gèrent les affaires entre membres, les relations ou les différends avec les tiers ; ils sont des interlocuteurs de l’État. Ils n’ont pas vocation à régler les problèmes structurels de leur profession, sauf à faire du plaidoyer auprès des pouvoirs publics. Dans le domaine de la presse, le CNP n’est pas un faiseur de miracles. Il est une instance consultative pour le gouvernement. La loi le consacre comme un passage obligé et incontournable pour tout ce qui concerne la presse. Ceci n’est pas suffisant. Encore faut-il que le diagnostic, la vision et les solutions fassent l’objet d’un consensus et d’une sorte d’identité de points de vue entre le CNP et le gouvernement.
Pris sous cet angle, le CNP dispose de tous les instruments, mais aussi de la légitimité pour parler au nom de la profession. C’est à l’aune de cette réflexion que l’on comprend que le mode de désignation des éditeurs nous semble avoir du sens. Ouvrir la voie à la règle «un éditeur = une voix», vu les milliers de très petites entreprises de presse et de sites d’information non structurés, risquerait de biaiser la représentativité et de conduire à une représentation qui n’a pas la profondeur nécessaire pour appréhender les problèmes et proposer les solutions. Osons le dire : les centaines d’entreprises de presse dont l’effectif est d’une personne et dont 51% du total ont un effectif chacune inférieur à quatre personnes, moins que le minimum légal requis, sont une partie du problème et non de la solution. Quant à la volonté politique, elle nous paraît manifeste, car sans l’Etat, venu à la rescousse du secteur depuis la pandémie jusqu’à aujourd’hui, et s’il n’avait pas à cœur de corriger le dispositif légal qui avait omis de régir le renouvellement du CNP et causé le blocage qu’on connaît, on serait aujourd’hui face à une hécatombe.
2. Une feuille de route sur plusieurs années avec des jalons et des bilans d’étape : par quoi faut-il commencer et quelles sont les urgences opérationnelles ? La nature du terrain détermine les règles du jeu. Le triptyque Internet-plateformes et réseaux sociaux-IA dicte sa loi. Le marché est comparé à un saloon du Far West. Tout un chacun peut entrer et sortir à sa guise, chacun s’exprime comme il le veut, pas besoin de permis de port d’arme, la loi du plus fort y règne et le shérif est souvent dépassé. Si nous faisons le parallèle, les géants du Web dictent leur loi ; ils sont extraterritoriaux, donc n’obéissent à aucune juridiction, et ils changent les règles (algorithmes) comme bon leur semble. Les acteurs jouent, chacun de son côté, leur partition : nous n’avons aucune disposition légale régissant les influenceurs, les blogueurs, les producteurs de contenu et les youtubeurs. Il y a à peine quelques mois, le fisc a commencé à s’intéresser à leurs activités. Il n’y a, à ce jour, aucune réelle négociation avec ces géants sur la propriété intellectuelle et les droits voisins. C’est tout un chantier multidisciplinaire et multidimensionnel à mener.
3. Un dispositif de soutien ciblé, répondant avec ce qu’attend le pays de sa presse. Une cartographie à 360° de l’écosystème de la consommation de l’information, et pas seulement de la presse, est nécessaire, probablement avec les autres instances concernées, la HACA par exemple. Devrait s’ensuivre la proposition d’un nouveau dispositif de soutien à l’entreprise de presse qui répond à un seuil déterminé, avec, à la clé, un passage en revue périodique des résultats sous la forme d’indicateurs simples à formuler. Ils consistent juste à répondre à la question : quels sont les éléments chiffrés qui permettent de dire que telle entreprise est en train de se redresser, qu’elle est en convalescence, sortie de danger ou, au contraire, compromise ?
4. Un dispositif d’accompagnement de la mise à niveau de l’entreprise de presse et de ses effectifs, pas seulement les journalistes : l’erreur courante est de se préoccuper des seuls journalistes. Certes, ils sont le cœur du réacteur nucléaire, mais avoir de très bons journalistes ne suffit plus. La presse papier avait de très bons journalistes ! Les fonctions support (RH, comptabilité, etc.), le commercial et la vente, la fonction technologique qui regroupe les nouveaux métiers du digital et des plateformes sont autant de facteurs qui, négligés, rendent vaine toute tentative de mise à niveau. Cette mise à niveau globale de toutes les strates de l’entreprise de presse est le passage obligé pour la conduite du changement de culture et l’introduction des nouveaux concepts de compétitivité, de réactivité, de polyvalence et d’autoformation. Des budgets importants pour la formation et l’équipement sont bien meilleurs que la subvention de charges non générales comme les loyers ou les salaires. Un chantier incontournable sur les usages de l’IA doit être mené de toute urgence. Le métier de journaliste est l’un des plus menacés par l’IA. Des expériences récentes ont démontré qu’un journaliste initié aux techniques de l’IA agentique fait facilement le travail de quatre journalistes classiques. Près de 90% du contenu consommé en 2025 est de l’audiovisuel et 57% du contenu en ligne est produit par l’IA.
5. La réconciliation avec la société et le regain de confiance : aucune activité n’est viable sans le client ! Or une entreprise peut-elle se développer dans un marché où 72% des personnes ne lui font pas confiance ? C’est pourquoi l’entreprise de presse est appelée, de toute urgence, à repenser son utilité sociale, son modèle et à définir sa réponse aux attentes de sa cible. Pour ce faire, elle doit changer de «mindset». Elle doit s’ancrer dans l’esprit que les règles du jeu ont changé et qu’elle n’a d’autre choix que de s’adapter ou de disparaître. Le temps où elle était la source quasi unique de l’information est révolu et sa cible (lecteur-internaute) a des attentes qui évoluent d’heure en heure, et non de mois en mois ou de jour en jour. Si elle ne met pas en place les outils, les ressources et la gouvernance pour comprendre son marché et s’y adresser, elle ne fera que détruire de la valeur et courir à sa perte. Recouvrer la confiance est un chemin difficile et tortueux. C’est à ce prix qu’elle retrouvera une partie de son influence perdue. Pour toutes ces raisons, nous devons accepter un paysage redessiné où la «destruction créatrice» fera son effet. Ce sera la rançon à payer pour avoir la presse que nous, Marocains, méritons.
Le contexte actuel
De l’avis général, l’état de la presse marocaine n’est pas réjouissant ! Tous ses indicateurs sont au rouge. Selon des estimations récentes, 90% des entreprises de presse sont déficitaires. 80% ont un chiffre d’affaires inférieur à 5 millions de dirhams. 51% des entreprises de presse ont moins de 4 journalistes, 31% des éditeurs de presse papier ont des retours d’invendus supérieurs à 80%, le tirage des journaux et magazines est passé de 58,4 millions par an en 2016 à 18,3 millions en 2025. La part de la presse dans les recettes publicitaires est passée de 30% en 2013 à 6% en 2025. Les GAFAM et TikTok se sont accaparé environ 80% des revenus publicitaires en 2025. Il faut toutefois garder à l’esprit que la crise de la presse est mondiale en raison de la cassure de son modèle économique, causée par les «déficits jumeaux» : baisse du lectorat et baisse des recettes publicitaires, qui alimentent une spirale et un cercle vicieux. La pandémie de Covid-19 n’a fait qu’accélérer la chute.La particularité du cas marocain est que notre presse, à de rares exceptions, ne s’est pas réinventée et a vu sa présence et son influence se rétrécir comme peau de chagrin. Les plateformes, les réseaux sociaux, les chaînes YouTube, les influenceurs, les blogueurs, les podcasteurs et les producteurs de contenu, venus de tous bords, du Maroc et de l’étranger, ont préempté la presse, qui a continué de survivre grâce aux subsides de l’État, avec, à la clé, plus de 80% des revenus publicitaires digitaux transférés à l’étranger. On a assisté à des dérives qui ont rompu la confiance entre la société et la presse. Selon une dernière étude, moins de 28% des Marocains font confiance à la presse.
Beaucoup d’éditeurs de presse étaient, en quelque sorte, tétanisés et n’avaient pas assimilé que leur marché avait changé. L’audience, l’attention, le SEO et le GEO ont remplacé la criée et le kiosque à journaux, et la monétisation du contenu a remplacé la vente au numéro. Entre 2020, date de la Covid-19, et maintenant, les points de vente de journaux sont passés de 6.000 à moins de 1.500. L’entreprise de presse a eu du mal à faire la transition entre le journaliste qui raconte ce qui s’est passé hier et celui qui dit, en temps réel, ce qui se passe maintenant. Un malheur ne vient jamais seul : elle n’a pas les ressources et les moyens pour investir dans la technologie, dans la formation aux nouveaux métiers que sont le web manager, le data scientist, le droniste, le marketeur éditorial ou l’opérateur des nouveaux outils de production de contenu. Elle ne pouvait pas se permettre d’attirer les talents, tant ses ressources financières sont insuffisantes, pour ne pas dire inexistantes, d’une part, et tant le secteur a perdu de son attractivité pour les hautes compétences. Cerise sur le gâteau, l’IA a accéléré les disruptions. C’est face à cette hécatombe annoncée que le CNP semble pouvoir jouer un rôle. Or le débat autour du projet de loi le réformant nous semble avoir été détourné de son objet.
Ce que n’est pas le CNP Le CNP n’est pas une instance paritaire ou un cadre de négociation bilatérale où éditeurs (patronat) et journalistes (syndicat de salariés) se réunissent, en nombre égal, pour accepter plus d’heures de travail moyennant l’amélioration des conditions de travail, les augmentations de salaire, les acquis, les œuvres sociales, les primes, etc., et sanctionner tout cela par une convention collective ou un protocole. Le CNP n’a pas pour mission de décider de la subvention à la presse ni de la distribuer, encore moins de disposer d’une enveloppe budgétaire pour ce faire. Enfin, il n’est pas une agence de l’État ou un département relevant d’un ministère.
Malheureusement, au lieu que le débat soit porté sur la situation de la presse et la sortie de crise, où éditeurs et journalistes sont dans la même embarcation, en posant les questions : quelle presse voulons-nous ? Quelles sont les attentes de la société ? Quelle est la place du CNP dans cette arène ? L’on s’est focalisé sur la parité entre journalistes et éditeurs siégeant au CNP, ainsi que sur le mode de désignation des représentants des éditeurs. L’un des arguments invoqués, qui a suscité le sourire, est celui d’une volonté cachée de mainmise du capital sur le CNP ! Qui investit aujourd’hui dans la presse et à quel retour sur investissement peut-il s’attendre ? Il est vrai que les préoccupations syndicales concernant le poids et les modalités de représentation des journalistes au sein du CNP se justifient au regard de plusieurs enjeux qui ont marqué, et continueront de marquer, la vie du secteur : les conditions d’octroi ou de refus de la carte de presse, les procédures de sanction ou de médiation en cas d’incident relevant du Code de la presse... Toutefois, le véritable sujet qui devrait préoccuper, mobiliser et rassembler l’ensemble des parties prenantes demeure celui de l’avenir du secteur et de la feuille de route à mettre en œuvre pour le sortir de la crise.
La mission et le rôle du CNP
C’est d’abord une instance indépendante qui dispose d’une autonomie financière et administrative (article 2 de la loi). S’agissant de sa mission, l’article 3 de la loi stipule :«Pour l’exercice des missions qui lui sont dévolues, le Conseil est chargé d’accomplir ce qui suit, en tenant compte des attributions de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) :
• L’autorégulation du secteur de la presse et de l’édition.
• L’élaboration de son règlement intérieur.
• L’élaboration d’une charte déontologique de la profession.
• L’élaboration des règlements nécessaires garantissant l’exercice de la profession journalistique dans le respect de ses règles et de son éthique, et veiller à ce que les professionnels s’y conforment.
• La délivrance de la carte de presse professionnelle.
• La tenue d’un registre spécial des journalistes professionnels titulaires de la carte de presse professionnelle et d’un registre spécial des éditeurs, selon les modalités fixées par le règlement intérieur du Conseil.
• L’exercice de la médiation dans les litiges opposant les professionnels entre eux ou les opposant à des tiers.
• Le suivi du respect de la liberté de la presse.
• L’examen des affaires disciplinaires concernant les éditeurs et les journalistes professionnels.
• L’émission d’avis sur les projets de loi et de décret relatifs à la profession ou à son exercice, ainsi que sur toutes les questions qui lui sont soumises par l’administration, dans un délai ne dépassant pas trente (30) jours à compter de la date de leur réception ; en cas d’urgence, le gouvernement fixe ledit délai.
• La proposition de mesures de nature à développer, qualifier et moderniser le secteur de la presse et de l’édition.
• La facilitation et l’encouragement de la concertation et de la coopération entre les composantes du secteur de la presse et de l’édition.
• L’élaboration des études liées au secteur de la presse et de l’édition.
• La contribution à l’organisation de la formation continue au profit des journalistes et des autres salariés exerçant dans le secteur de la presse et de l’édition.
• L’établissement de relations de coopération et de partenariat avec les organismes nationaux, étrangers et internationaux poursuivant les mêmes objectifs, en vue d’échanger les expériences et les expertises dans le domaine de la presse et de l’édition.
• L’approbation des rapports financiers et moraux du Conseil, y compris les rapports visés à l’article 4 ci-après.
• Le Conseil émet son règlement intérieur, la charte déontologique de la profession et les règlements nécessaires garantissant l’exercice de la profession journalistique, dans un délai d’un an à compter de la date de son installation, et les publie au Bulletin officiel.» (fin de l’article 3).
Dans sa configuration prévue par la nouvelle loi, le CNP peut-il aider à une sortie de crise ? Telle est la question à un million de dollars ! À notre humble avis, quel que soit l’arsenal juridique, quel que soit le budget alloué et quelles que soient les ressources à disposition, la presse ne peut guérir de ses maux que si certaines conditions sont réunies :
1. Une volonté politique : le CNP est une instance d’autorégulation au même titre que plusieurs autres au Maroc et à l’étranger. Les différents Conseils de l’Ordre (médecins, architectes, avocats, experts-comptables, etc.) gèrent les affaires entre membres, les relations ou les différends avec les tiers ; ils sont des interlocuteurs de l’État. Ils n’ont pas vocation à régler les problèmes structurels de leur profession, sauf à faire du plaidoyer auprès des pouvoirs publics. Dans le domaine de la presse, le CNP n’est pas un faiseur de miracles. Il est une instance consultative pour le gouvernement. La loi le consacre comme un passage obligé et incontournable pour tout ce qui concerne la presse. Ceci n’est pas suffisant. Encore faut-il que le diagnostic, la vision et les solutions fassent l’objet d’un consensus et d’une sorte d’identité de points de vue entre le CNP et le gouvernement.
Pris sous cet angle, le CNP dispose de tous les instruments, mais aussi de la légitimité pour parler au nom de la profession. C’est à l’aune de cette réflexion que l’on comprend que le mode de désignation des éditeurs nous semble avoir du sens. Ouvrir la voie à la règle «un éditeur = une voix», vu les milliers de très petites entreprises de presse et de sites d’information non structurés, risquerait de biaiser la représentativité et de conduire à une représentation qui n’a pas la profondeur nécessaire pour appréhender les problèmes et proposer les solutions. Osons le dire : les centaines d’entreprises de presse dont l’effectif est d’une personne et dont 51% du total ont un effectif chacune inférieur à quatre personnes, moins que le minimum légal requis, sont une partie du problème et non de la solution. Quant à la volonté politique, elle nous paraît manifeste, car sans l’Etat, venu à la rescousse du secteur depuis la pandémie jusqu’à aujourd’hui, et s’il n’avait pas à cœur de corriger le dispositif légal qui avait omis de régir le renouvellement du CNP et causé le blocage qu’on connaît, on serait aujourd’hui face à une hécatombe.
2. Une feuille de route sur plusieurs années avec des jalons et des bilans d’étape : par quoi faut-il commencer et quelles sont les urgences opérationnelles ? La nature du terrain détermine les règles du jeu. Le triptyque Internet-plateformes et réseaux sociaux-IA dicte sa loi. Le marché est comparé à un saloon du Far West. Tout un chacun peut entrer et sortir à sa guise, chacun s’exprime comme il le veut, pas besoin de permis de port d’arme, la loi du plus fort y règne et le shérif est souvent dépassé. Si nous faisons le parallèle, les géants du Web dictent leur loi ; ils sont extraterritoriaux, donc n’obéissent à aucune juridiction, et ils changent les règles (algorithmes) comme bon leur semble. Les acteurs jouent, chacun de son côté, leur partition : nous n’avons aucune disposition légale régissant les influenceurs, les blogueurs, les producteurs de contenu et les youtubeurs. Il y a à peine quelques mois, le fisc a commencé à s’intéresser à leurs activités. Il n’y a, à ce jour, aucune réelle négociation avec ces géants sur la propriété intellectuelle et les droits voisins. C’est tout un chantier multidisciplinaire et multidimensionnel à mener.
3. Un dispositif de soutien ciblé, répondant avec ce qu’attend le pays de sa presse. Une cartographie à 360° de l’écosystème de la consommation de l’information, et pas seulement de la presse, est nécessaire, probablement avec les autres instances concernées, la HACA par exemple. Devrait s’ensuivre la proposition d’un nouveau dispositif de soutien à l’entreprise de presse qui répond à un seuil déterminé, avec, à la clé, un passage en revue périodique des résultats sous la forme d’indicateurs simples à formuler. Ils consistent juste à répondre à la question : quels sont les éléments chiffrés qui permettent de dire que telle entreprise est en train de se redresser, qu’elle est en convalescence, sortie de danger ou, au contraire, compromise ?
4. Un dispositif d’accompagnement de la mise à niveau de l’entreprise de presse et de ses effectifs, pas seulement les journalistes : l’erreur courante est de se préoccuper des seuls journalistes. Certes, ils sont le cœur du réacteur nucléaire, mais avoir de très bons journalistes ne suffit plus. La presse papier avait de très bons journalistes ! Les fonctions support (RH, comptabilité, etc.), le commercial et la vente, la fonction technologique qui regroupe les nouveaux métiers du digital et des plateformes sont autant de facteurs qui, négligés, rendent vaine toute tentative de mise à niveau. Cette mise à niveau globale de toutes les strates de l’entreprise de presse est le passage obligé pour la conduite du changement de culture et l’introduction des nouveaux concepts de compétitivité, de réactivité, de polyvalence et d’autoformation. Des budgets importants pour la formation et l’équipement sont bien meilleurs que la subvention de charges non générales comme les loyers ou les salaires. Un chantier incontournable sur les usages de l’IA doit être mené de toute urgence. Le métier de journaliste est l’un des plus menacés par l’IA. Des expériences récentes ont démontré qu’un journaliste initié aux techniques de l’IA agentique fait facilement le travail de quatre journalistes classiques. Près de 90% du contenu consommé en 2025 est de l’audiovisuel et 57% du contenu en ligne est produit par l’IA.
5. La réconciliation avec la société et le regain de confiance : aucune activité n’est viable sans le client ! Or une entreprise peut-elle se développer dans un marché où 72% des personnes ne lui font pas confiance ? C’est pourquoi l’entreprise de presse est appelée, de toute urgence, à repenser son utilité sociale, son modèle et à définir sa réponse aux attentes de sa cible. Pour ce faire, elle doit changer de «mindset». Elle doit s’ancrer dans l’esprit que les règles du jeu ont changé et qu’elle n’a d’autre choix que de s’adapter ou de disparaître. Le temps où elle était la source quasi unique de l’information est révolu et sa cible (lecteur-internaute) a des attentes qui évoluent d’heure en heure, et non de mois en mois ou de jour en jour. Si elle ne met pas en place les outils, les ressources et la gouvernance pour comprendre son marché et s’y adresser, elle ne fera que détruire de la valeur et courir à sa perte. Recouvrer la confiance est un chemin difficile et tortueux. C’est à ce prix qu’elle retrouvera une partie de son influence perdue. Pour toutes ces raisons, nous devons accepter un paysage redessiné où la «destruction créatrice» fera son effet. Ce sera la rançon à payer pour avoir la presse que nous, Marocains, méritons.
