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Lundi 16 Mars 2026
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Abdellatif Laâbi : la poésie comme preuve d’existence

Du 30 avril au 10 mai 2026, le poète Abdellatif Laâbi signera le troisième volume de son œuvre poétique en format poche au SIEL (Salon international de l’édition et du livre), à Rabat. Paru chez Le Castor Astral en France, puis aux éditions du Sirocco au Maroc, l’ouvrage rassemble les recueils publiés entre 2018 et 2024, prolongeant une aventure poétique qui n’a cessé de s’engager pour l’humanité.

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Dans un monde en délitement, le poète se fait guérisseur, sa parole un pansement à poser sur les plaies de l’époque. Abdellatif Laâbi a, depuis longtemps, donné sa voix à la cause : servir ce qui fonde l’humain. En promouvant la justice, la liberté, la dignité, la solidarité, la beauté et l’espérance, le poète tient tête aux convulsions de son temps et participe à rédiger une histoire basée sur le sensible.

Le premier volume de son œuvre poétique réunissait les textes écrits entre 1956 et 1993. À l’époque, la fougue de la jeunesse, l’expérience carcérale et le désenchantement imprégnaient ses écrits. Le deuxième volume, quant à lui, couvre la période 1996-2016 et donne à palper une poésie de reconstruction, où l’élan d’un nouveau commencement se pare de lucidité.

Un volume pour résister

Depuis 2018, le monde semble continuer à glisser dans ses dérives. Laâbi, lui, continue à opposer à la brutalité du monde une exigence d’humanité. Dans une lucidité combative, le poète écrit sans cesse. Il signe «L’espoir à l’arraché» en 2018, faisant face à ce qu’il appelle le «règne de barbarie», par l’ironie et la célébration de la vie malgré la violence. En 2020, son recueil «Presque riens» est couronné du prix Kowalski, ou Grand Prix de poésie de la Ville de Lyon. Le poète y consigne les détails du quotidien et souligne la profondeur de ce qui semble insignifiant.

Dans «La poésie est invincible» (2022), Laâbi affirme la force irréductible de la poésie face aux désastres politiques. Il sonne comme un rappel entêtant du bon sens et du sens de la bonté, dans un monde prompt à la violence. «La terre est une orange amère» est publié en 2023, pour rappeler que malgré l’amertume, la douceur persiste et mérite que l’on s’y accroche. Quant au dernier recueil de 2024, «À deux pas de l’enfer», le ton est plus sombre, alertant le monde sur cette perte de repères qui brouille la piste vers la dignité et la fraternité. À ces cinq recueils constituant le troisième volume s’ajoute une section inclassable, qui complète une œuvre en mouvement.

Vivre, écrire, aimer

Dans la préface que fait l’essayiste et critique littéraire Jacques Alessandra du troisième volume de son ami Abdellatif Laâbi, trois mots reviennent comme un mantra, ou comme les trois repères qui structurent son univers : vivre, écrire et aimer. «Les trois credo laâbiens sont autant une preuve physique du poète qu’une exigence de l’œuvre», signe le critique. C’est aussi dire que, pour le poète, la vie et la poésie ne se séparent pas, qu’elles se nourrissent mutuellement, s’éclairent et se confondent.

Après plus de soixante ans d’écriture, la poésie de Laâbi refuse de s’essouffler, comme si la poésie était elle-même sa respiration. C’est ce qui explique le propos d’Alessandra sur les poèmes du troisième volume : « Ils ne clôturent rien, n’achèvent rien. Ils ouvrent un horizon, indiquent le chemin pris et un chemin à prendre pour rester pleinement homme». D’ailleurs, un autre recueil paraît en avril 2026 aux éditions Le Castor Astral. «Un dernier pour la route !» se saisit des souvenirs du poète pour relire l’époque actuelle, où la guerre, le dérèglement et l’injustice font fureur. Éveiller les consciences est son combat et ses armes, des mots indociles.
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