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Lundi 03 Août 2026
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«Aïta Mon Amour» : quand la mémoire des «Chikhates» rencontre les sonorités contemporaines

Au Festival international de Hammamet, en Tunisie, Widad Mjama et Khalil Epi ont présenté «Aïta Mon Amour», un spectacle qui revisite l’un des plus anciens répertoires musicaux du Maroc. Entre transmission, mémoire et création contemporaine, le duo redonne une nouvelle résonance à la «Aïta», ce chant porté autrefois par les «Chikhates» et profondément inscrit dans l’Histoire culturelle du Royaume.

Rarement un spectacle musical parvient à faire dialoguer avec autant de force la mémoire, la création contemporaine et l’émotion. Avec «Aïta Mon Amour», présenté récemment au Théâtre de Hammamet, en Tunisie, l’artiste marocaine Widad Mjama et le multi-instrumentiste Khalil Hentati, alias Epi, offrent une relecture audacieuse de la «Aïta», l’un des plus anciens répertoires chantés du Maghreb.

Pendant près d’une heure et demie, le duo a entraîné le public du 60e Festival international de Hammamet dans un voyage au cœur de l’univers des «Chikhates», gardiennes d’un patrimoine oral transmis de génération en génération. Dès les premières notes, une atmosphère singulière s’est installée dans le théâtre, où tradition et création contemporaine se sont rencontrées dans une même respiration.

La voix de Widad Mjama, habitée et expressive, s’est mêlée aux textures électroniques imaginées par Epi, dont les arrangements offrent une nouvelle lecture de ce répertoire ancestral sans en altérer l’essence. Fruit d’un travail de recherche mené avec plusieurs musiciens, ce projet a déjà conquis les scènes internationales avec plus de 120 représentations données dans de nombreux pays.

Au fil du concert, les artistes ont rappelé que la «Aïta» dépasse largement le cadre de la musique populaire. Ce chant constitue un véritable patrimoine culturel immatériel, intimement lié à l’Histoire du Maroc. Porté autrefois par les «Chikhates», il témoigne du rôle essentiel joué par ces femmes artistes qui, dans un contexte marqué par la domination coloniale et une société largement masculine, ont incarné une forme de résistance, de liberté d’expression et de transmission culturelle.

Entre les morceaux, Widad Mjama a partagé, en dialecte marocain, plusieurs anecdotes permettant au public de mieux saisir la richesse de cet héritage musical. Elle a également évoqué les nombreuses initiatives artistiques – concerts, films et documentaires – qui contribuent aujourd’hui à préserver et à faire rayonner ce patrimoine bien au-delà des frontières marocaines.

Le spectacle a ainsi illustré le parcours d’un répertoire qui, après avoir été transmis oralement pendant des générations, risquait progressivement de s’effacer avant de retrouver une nouvelle vitalité grâce à une jeune génération d’artistes. Widad Mjama et Epi figurent parmi ceux qui ont largement contribué à remettre la «Aïta» au premier plan de la scène artistique contemporaine.

Le public a ainsi redécouvert une quinzaine de pièces emblématiques, parmi lesquelles «El Wed Wed», «Sidi Hmed», «Haajti», «Amala» et «Sebti», revisitées à travers une esthétique électro soigneusement élaborée par Epi, où modernité et tradition dialoguent sans jamais s’opposer.

Les artistes ont par ailleurs rappelé le rôle historique de la «Aïta» durant les périodes de colonisation, lorsque ces chants servaient de vecteurs de résistance, de mémoire et de survie. Interprété par des femmes à une époque où leur présence dans l’espace public demeurait limitée, cet art constituait déjà un acte profondément émancipateur.

Le duo était accompagné sur scène par les musiciens Amine Ouardini et Rchid Abidine, rencontrés au début de leurs recherches consacrées à la «Aïta» au Maroc en 2022. Le répertoire s’est aussi ouvert à d’autres horizons avec l’interprétation de «Al Aèd», une œuvre composée par Marcel Khalifé et popularisée par Oumaima Khalil, apportant une respiration supplémentaire à un concert porté par une équipe d’une dizaine de musiciens et de professionnels.
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