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Vendredi 02 Octobre 2026
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« Écouter l’eau » : quand la création contemporaine interroge une ressource vitale

Face à la raréfaction de l’eau et aux transformations environnementales, la Fondation BMCI et la Galerie 38 réunissent à Casablanca neuf artistes marocains et internationaux autour de l’exposition « Écouter l’eau ». Entre mémoire, matière, lumière et équilibre, leurs œuvres proposent de dépasser la représentation de l’eau pour interroger notre rapport au vivant.

À l’heure où le Maroc fait face aux effets du stress hydrique, l’eau quitte le seul terrain des politiques publiques et des indicateurs environnementaux pour investir celui de la création contemporaine. Avec « Écouter l’eau », la Fondation BMCI et la Galerie 38 ont choisi de faire dialoguer l’art et l’un des enjeux majeurs auxquels le pays est confronté. L’exposition rassemble plusieurs générations d’artistes autour de l’eau, de sa place dans les sociétés et des transformations de l’environnement.

« L’eau est une préoccupation importante pour notre pays. À travers la culture et en soutenant notamment les jeunes artistes, c’est une manière de porter un nouveau regard sur cette question du stress hydrique aujourd’hui », souligne Karim Belhassan, Membre du Directoire de la BMCI. Une démarche qui s’inscrit dans les champs d’intervention de la Fondation BMCI, active notamment dans la culture, l’environnement et la solidarité.



Mais le parti pris de l’exposition est précisément de ne pas réduire l’eau à sa seule dimension de ressource menacée. Au Maroc comme ailleurs en Afrique, elle façonne les territoires, les paysages, les civilisations, les savoir-faire et les modes de vie. Sa présence comme son absence témoignent aussi des transformations des sociétés et de leurs capacités d’adaptation. Dans un contexte de changement climatique et de raréfaction des ressources, les œuvres explorent ainsi l’eau par la matière, le geste, la mémoire, le paysage ou encore la poésie.

Le titre même de l’exposition donne la clé de lecture. « Il faut d’abord regarder, ou plutôt écouter, le titre de l’exposition. Elle s’appelle "Écouter l’eau", et non pas "Regarder l’eau" ou "Voir l’eau" », explique Mohamed Rachdi, Critique d'art et commissaire d'expositions. L’enjeu n’est donc pas de reproduire l’eau telle qu’elle apparaît, mais d’en révéler d’autres dimensions. « L’eau est une énergie. L’eau est une dynamique. L’eau est une force. Elle peut effacer, rythmer, dynamiser », note-t-il.

Cette approche rejoint la volonté de la Galerie 38 de déplacer le regard : passer d’une logique de maîtrise à une logique d’attention et considérer l’eau non plus seulement comme une ressource, mais comme une présence avec laquelle composer.

Neuf artistes participent à cette exploration : Abdoulaye Konaté, Barthélémy Toguo, Fathiya Tahiri et Najia Mehadji, figures reconnues de la scène contemporaine africaine et internationale, auxquels répondent les travaux d’Ines-Noor Chaqroun, Yacout Hamdouch, Meriam Benkirane, Mmaribenn et Nissrine Seffar. Leurs pratiques interrogent notamment la matière, la perception, le paysage et les transformations du vivant.

Chacun emprunte cependant son propre chemin. « Certains artistes vont nous parler de la mémoire de l’eau, d’autres de la matière aquatique, d’autres encore du geste ou du rythme », relève le critique d'art. L’art devient ainsi moins un exercice de représentation qu’un moyen de faire éprouver l’eau autrement. « Il ne faut pas vraiment chercher dans les œuvres quelque chose qui ressemble à l’eau. Ce qui importe, ce sont les autres niveaux qu’il faut saisir derrière ces œuvres de manière à nous pousser à s'interroger sur l'importance de cette ressource dans notre vie », commente M. Rachdi. Cette réflexion rejoint directement la question de la raréfaction de la ressource. « Nous sommes confrontés à un risque de manque d’eau. Si l’eau disparaît de notre existence, il n’y a plus de vie », alerte le critique de l'art. Certaines œuvres poussent cette exploration jusqu’à la mémoire la plus intime du vivant, en évoquant notamment le liquide amniotique et le milieu aquatique dans lequel commence la vie humaine.

D’autres artistes abordent la question par celle de l’équilibre. « J’interroge les systèmes dans lesquels nous vivons et, pour moi, l’équilibre, le mizan, est quelque chose d’extrêmement important que nous devons préserver », explique Meriam Benkirane, Artiste peintre, qui présente deux œuvres, « Man Alma » et « Jeu d’équilibre ». « L’eau est centrale parce qu’elle est le vivant. »

Le verre et la lumière offrent encore une autre lecture. « L’eau est un sujet essentiel pour notre pays. La lumière l’est également. Le Maroc est une terre de lumière », indique de son côté Maria Bennani (mmariben), Sculptrice, designer graphique. À travers des sculptures en verre, l’artiste joue sur la transparence et les reflets pour inviter le visiteur à ralentir son regard, observer son environnement et « écouter ce que la nature a à nous dire ».

Chez un autre artiste, enfin, l’eau renvoie directement à l’enfance et à la mémoire. Le bleu devient le fil conducteur d’œuvres inspirées de la vie au bord de l’eau. « J’ai passé toute mon enfance au bord d’un lac dans le désert malien, et l’eau occupe une place majeure dans ma vie », confie Abdoulaye Konaté, Artiste peintre du Mali.

En faisant se rencontrer artistes établis et nouvelle génération, « Écouter l’eau » ajoute ainsi à la réflexion environnementale une dimension de transmission. L’expérience, la mémoire et l’expérimentation se répondent d’une œuvre à l’autre, avec une même interrogation en toile de fond : ce que notre rapport à l’eau dit aujourd’hui de notre manière d’habiter les territoires et de composer avec le vivant.
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