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Samedi 18 Juillet 2026
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«État(s) de passage» : quand une nouvelle génération d’artistes redessine les frontières de la création

Treize artistes, treize parcours, autant de manières d’habiter le monde. Présentée jusqu’au 29 juillet à la Villa des arts de Rabat, l’exposition «État(s) de passage» s’intéresse à une génération d’artistes marocains qui construit son langage plastique entre plusieurs territoires, plusieurs cultures et plusieurs disciplines. Une exposition où le déplacement devient une matière de création plutôt qu’un simple parcours de vie.

Que signifie être un artiste lorsque l’on a étudié à Londres, Bruxelles ou Paris, que l’on travaille entre Rabat, Marseille, Zurich ou Casablanca, tout en restant profondément attaché à son territoire d’origine ? C’est à cette question que tente de répondre «État(s) de passage», une exposition imaginée par le commissaire Achraf Remok et présentée à la Villa des arts de Rabat dans le cadre de la saison culturelle «J-Lioum, ici et maintenant» de l’Institut français du Maroc.

Loin de vouloir dresser le portrait d’une génération homogène, le commissaire préfère observer ce qui relie ces artistes : leurs circulations, leurs influences croisées et leur manière de faire dialoguer plusieurs héritages culturels sans jamais les enfermer dans une identité figée.

Les treize artistes réunis, Amina Azreg, Hanane El Farissi, Hiba Baddou, Hind Moumou, Joséphine Vallé Franceschi, Kamil Bouzoubaâ-Grivel, Maïssane Alibrahimi, Margaux Derhy, Rida Tabit, Sabrine Lahrach, Samy Snoussi, Yasmine Hadni et Zineb Mezzour, appartiennent à une génération née entre 1985 et 2000. Si leurs univers plastiques diffèrent, tous explorent, chacun à sa manière, les notions de mémoire, de déplacement, de transmission et d’appartenance.

L’exposition fait ainsi cohabiter photographie, cinéma expérimental, peinture, arts numériques, installation, broderie ou encore sculpture. Cette diversité des médiums traduit une même liberté d’approche, où les frontières entre les disciplines s’effacent au profit d’une création ouverte aux échanges et aux hybridations.

Des trajectoires singulières

Les parcours des artistes témoignent également de cette mobilité. Certains ont été formés dans de grandes écoles internationales comme le Royal College of Art de Londres, La Cambre à Bruxelles ou les Beaux-Arts de Paris, tandis que d’autres ont construit leur pratique de manière plus autonome. Plusieurs vivent aujourd’hui entre le Maroc et l’Europe, quand d’autres ont choisi de développer leur travail dans des territoires éloignés des grands centres artistiques, à l’image de Massa, Jerada ou encore Tétouan.

Cette diversité nourrit une création qui ne cherche pas à définir une identité marocaine unique, mais interroge au contraire les multiples façons de construire un langage artistique dans un monde où les déplacements, les échanges et les influences sont devenus permanents.

La broderie comme œuvre collective

Parmi les artistes présentés figure Margaux Derhy, dont le travail illustre particulièrement cette réflexion sur les circulations culturelles. Formée à Londres puis à Paris, l’artiste développe depuis plusieurs années une recherche autour de la mémoire familiale, des savoir-faire artisanaux et des pratiques collaboratives.

Son installation prend naissance dans un atelier de broderie installé à Sidi R’bat, dans la région de Souss-Massa, où une dizaine de femmes participent directement à la création des œuvres. Loin d’une simple répartition des tâches, le projet repose sur un véritable dialogue artistique : chacune intervient dans les choix esthétiques, les couleurs, les textures ou les compositions.

Pour l’artiste, cette démarche transforme profondément le statut de l’œuvre. La création devient collective, nourrie par les échanges et les interprétations des participantes. Cette expérience a aussi permis à plusieurs femmes du village d’acquérir une autonomie économique grâce à une activité rémunérée, tout en contribuant à faire vivre un savoir-faire traditionnel dans une forme résolument contemporaine.Une cartographie artistique

en mouvement

À travers «État(s) de passage», Achraf Remok propose finalement une lecture de la scène artistique contemporaine marocaine qui dépasse les notions de centre et de périphérie. Les œuvres racontent moins un ancrage qu’un mouvement permanent, où les identités se construisent au fil des voyages, des collaborations et des expériences.

Plutôt que de célébrer une appartenance unique, l’exposition met en lumière une génération qui assume pleinement la pluralité de ses références et transforme les passages entre les cultures en espace de création.

Présentée jusqu’au 29 juillet courant à la Villa des arts de Rabat, l’exposition offre ainsi un regard sur une scène artistique en pleine évolution, portée par des artistes qui font du déplacement non plus une contrainte, mais un moteur de leur pratique. n
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