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Mercredi 10 Juin 2026
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Le Festival Gnaoua d’Essaouira trace les chemins de la transmission

À l’heure où le Festival Gnaoua et musiques du monde s’apprête à célébrer sa 27e édition du 25 au 27 juin à Essaouira, la programmation dévoile une nouvelle fois un dialogue fécond entre figures historiques, jeunes talents et artistes venus des quatre coins du monde.

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Parmi les temps forts annoncés, l’hommage qui sera rendu à a Mustapha Baqbou s’impose comme l’un des moments les plus symboliques de cette édition. Le vendredi 26 juin à 00 h 30, Mâalem Abdeslam Alikane & Tyour Gnaoua, Hamza Baqbou, Mâalem Abdelkebir Merchane et Mâalem Mohamed Kouyou se succéderont sur la scène Moulay El Hassan pour rendre hommage à l’un des vétérans de l’art gnaoua, le défunt Mustapha Baqbou.

Abdeslam Alikane témoigne : «Mustapha Baqbou représente une figure absolument exceptionnelle dans l’histoire contemporaine de l’art gnaoua. C’était un Mâalem d’une dimension rare, dont le parcours, l’expérience, la créativité et la maîtrise artistique ont profondément marqué plusieurs générations. Il faisait partie de cette catégorie de grands maîtres qui laissent une empreinte indélébile.»

Figure majeure de l’art gnaoua, Mustapha Baqbou appartient à cette génération de Mâalems dont l’empreinte continue de marquer profondément les musiciens d’aujourd’hui. Son répertoire, son jeu de guembri, sa créativité et sa maîtrise de l’art gnaoua ont influencé plusieurs générations de praticiens. L’hommage qui lui sera rendu dépasse ainsi la simple célébration d’un artiste disparu: il rappelle la place centrale qu’occupe la transmission dans la pérennité de cette tradition séculaire.



Car derrière les concerts, les fusions musicales et l’effervescence qui animent chaque année les rues d’Essaouira, le Festival gnaoua mène depuis près de trois décennies un travail de fond en faveur de la préservation et de la transmission de ce patrimoine vivant.

«Le Festival demeure ce lieu d’ancrage et de rencontre où les traditions dialoguent sans jamais s’effacer», souligne Neila Tazi, productrice du Festival. Elle poursuit : «Pensée comme un espace de rencontre, cette programmation fait dialoguer traditions et formes contemporaines à travers des trajectoires artistiques singulières. Les fusions y occupent une place centrale, comme autant de créations vivantes où les langages se croisent, s’écoutent et se transforment.»

Cette philosophie se reflète dans la place accordée cette année encore à la jeune génération. Aux côtés des Mâalems confirmés, de nombreux jeunes artistes gnaoua figurent dans la programmation, témoignant d’un renouvellement constant de la scène. Une relève qui s’inscrit dans les pas des grands maîtres tout en développant son propre langage artistique.

Pour Abdeslam Alikane, directeur artistique du festival et lui-même Mâalem Gnaoua, cette continuité entre générations constitue l’un des fondements de l’art gnaoua. Si certaines figures, comme Mustapha Baqbou, laissent une empreinte exceptionnelle dans l’histoire de cette musique, leur héritage continue de vivre à travers les jeunes musiciens qui se sont nourris de leur style, de leurs compositions et de leur vision artistique.

Un travail de transmission qui se poursuit toute l’année

Cette mission ne se limite pas aux trois jours du festival. Une partie essentielle de ce travail se déroule loin des scènes et des projecteurs grâce à l’action de l’Association Yerma Gnaoua. Depuis plus de deux décennies, l’association œuvre à la sauvegarde et à la valorisation de la culture gnaoua à travers la préservation de la mémoire des Mâalems, l’accompagnement des nouvelles générations, la structuration de la profession et la promotion de ce patrimoine au Maroc comme à l’international.

Son action a notamment contribué au long processus qui a abouti à l’inscription de la culture gnaoua au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2019. Une reconnaissance majeure qui a consacré la richesse de cet héritage tout en renforçant les enjeux liés à sa transmission.

On n’oublie pas le fameux travail de recherche et de collecte de récits, d’archives et de témoignages réalisé en 2014 et qui a donné naissance à l’«Anthologie Gnaoua», cette œuvre monumentale conçue pour documenter, préserver et transmettre l’héritage musical et spirituel des Gnaouas. En contribuant à consigner une mémoire longtemps transmise essentiellement par voie orale, ce travail participe à la constitution d’une véritable mémoire collective de la culture gnaoua et à sa transmission auprès des nouvelles générations.

Berklee : transmettre vers l’avenir

La transmission constitue également le fil conducteur du partenariat noué depuis 3 ans entre le Festival gnaoua et le Berklee College of Music, l’une des plus prestigieuses écoles de musique au monde.

Chaque année, le programme «Berklee at the Gnaoua Festival» rassemble à Essaouira de jeunes musiciens venus du Maroc, du continent africain, d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs pour une expérience immersive unique mêlant apprentissage, création collective et dialogue interculturel.

«Le programme “Berklee at the Gnaoua Festival” s’inscrit dans une volonté forte de transmission et de professionnalisation», explique Neila Tazi. «En réunissant des musiciens venus du Maroc, du continent africain et d’ailleurs, il propose un cadre d’apprentissage fondé sur l’exigence artistique, la pratique collective et le dialogue interculturel.»

Encadrés à la fois par des professeurs de Berklee et des Mâalems Gnaoua, les participants découvrent les fondements de cette tradition musicale directement auprès de ses détenteurs. Le programme crée ainsi un pont entre savoirs ancestraux et enseignement musical contemporain, permettant à la culture gnaoua de rayonner auprès d’une nouvelle génération d’artistes venus du monde entier.

Un patrimoine vivant

À travers l’hommage rendu à Mustapha Baqbou, la présence de jeunes Mâalems dans la programmation, le travail de mémoire porté par le livre de Abdeslam Alikane, l’action de l’Association Yerma Gnaoua ou encore le programme «Berklee», cette 27e édition met en lumière une réalité souvent moins visible que les grandes scènes du Festival : la transmission est au cœur du projet gnaoua.

Depuis vingt-sept ans, le Festival a progressivement construit un écosystème où la mémoire, la création, la recherche et la formation se nourrissent mutuellement. Un travail discret mais essentiel qui permet à la culture gnaoua de rester fidèle à ses racines tout en continuant à dialoguer avec le monde. Car à Essaouira, il ne s’agit pas seulement de célébrer un patrimoine. Il s’agit de s’assurer qu’il continue à vivre.
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