Menu
Search
Vendredi 22 Mai 2026
S'abonner
close

Le FICAM 2026 consacre une nouvelle génération de l’animation mondiale

Le Festival international de cinéma d’animation de Meknès a clôturé sa 24e édition dans une atmosphère marquée par la créativité, la transmission et l’émergence de nouveaux talents. Entre projections, rencontres professionnelles et expériences immersives, le palmarès a mis en lumière une diversité d’œuvres venues du monde entier, confirmant le rôle du Festival comme plateforme majeure du cinéma d’animation au Maroc et en Afrique.

Après six jours de projections, de rencontres professionnelles et d’expériences immersives, le Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM) a clôturé, mercredi soir, sa 24e édition sous le signe de la jeunesse, de la transmission et de l’ouverture sur les nouvelles écritures animées.

Organisé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI par la Fondation Aïcha en partenariat avec l’Institut français du Maroc à Meknès, le Festival a confirmé son positionnement comme l’un des rendez-vous majeurs du cinéma d’animation au Maroc et en Afrique.

Placée sous le thème «La jeunesse fait son cinéma d’animation», cette édition a mis à l’honneur une nouvelle génération de créateurs à travers une programmation mêlant projections internationales, avant-premières, ateliers de formation, rencontres avec des studios et forums consacrés aux métiers de l’animation.

La cérémonie de clôture, s’est achevée avec la projection du long métrage «La vie de Château, mon enfance à Versailles», avant qu’un concert du groupe japonais Nanashi ne vienne prolonger l’ambiance festive à la place de l’Agora.



Le Festival a également dévoilé son palmarès, marqué par la diversité des styles et des univers artistiques. Dans la Compétition internationale du court métrage, le Grand Prix du Jury a été attribué à «Une Fugue» d’Agnès Patron, un court métrage sensoriel et nocturne qui explore avec délicatesse les liens entre frère et sœur, le souvenir et la part d’enfance qui subsiste à l’âge adulte. Porté par une animation aux teintes sombres traversées d’éclats lumineux, le film plonge le spectateur dans un univers à la frontière du rêve et de l’inquiétude, où la nuit devient un espace de liberté et de mystère.

Sans dialogues, la réalisatrice privilégie une narration visuelle et sonore, laissant la musique et les ambiances porter les émotions des personnages. Inspiré notamment par des souvenirs familiaux et par l’observation de la relation entre ses propres enfants, le film développe une approche intime et poétique de la mémoire et de la perte.

La Mention spéciale du Jury est revenue à «Autokar» de Sylwia Szkiłądź, tandis que le Prix Jeunesse a récompensé «Tigre et Renard : Les animaux aussi pleurent leurs morts». Ce court métrage d’animation français (2D) est réalisé collectivement par Romain Verlinde, Clémence Cognot, Sully Desplats, Arthur Davignie et Hélia Deplanque. Il raconte l’histoire d’un tigre qui, accompagné de son fidèle ami le renard, entreprend un long voyage à travers une végétation luxuriante à la suite de la perte d’un être cher. Ce périple symbolique aborde les thèmes du deuil, de l’amitié et des émotions profondes.

Compétition du long métrage

Dans la compétition du long métrage, «Allah n’est pas obligé» de Zaven Najjar a remporté le Grand Prix du Jury. Par ailleurs, le Prix du public a été attribué à «Arco». Ce premier long métrage, signé par le bédéaste français Ugo Bienvenu pour son premier film d’animation, propose un récit teinté de nostalgie, construit à partir d’influences multiples issues de la culture populaire contemporaine. Le film suit un jeune garçon évoluant dans un univers futuriste où le voyage dans le temps est possible, entre une enfance protégée et la découverte d’un monde en déséquilibre.

L’histoire bascule lorsqu’il se retrouve projeté dans un futur plus lointain, marqué par des dérèglements climatiques et un quotidien transformé par la technologie, où une autre enfant devient son point d’ancrage dans cet environnement instable. Leur rencontre ouvre un dialogue entre deux réalités et deux façons de grandir, sur fond d’absences parentales et de fragilités sociales.

Visuellement, le film assume un mélange d’inspirations allant de l’animation japonaise à certains classiques du cinéma d’aventure occidental, créant un univers hybride où se croisent poésie visuelle et références générationnelles. Cette accumulation d’hommages construit un imaginaire riche, mais parfois volontairement déséquilibré, qui laisse place à une forme d’ambivalence narrative.

Au-delà de son aspect d’aventure, «Arco» s’inscrit aussi dans une réflexion plus contemporaine autour des enjeux climatiques, qui constituent le véritable arrière-plan dramatique du récit. Cette dimension donne au film une tonalité à la fois mélancolique et incertaine, où les repères habituels du récit pour enfants sont régulièrement bousculés.

«Allah n’est pas obligé» : une adaptation animée entre violence du réel et puissance graphique

Adapté du roman d’Ahmadou Kourouma, figure majeure de la littérature africaine francophone, «Allah n’est pas obligé» de Zaven Najjar suit le parcours de Birahima, un enfant ivoirien devenu enfant soldat, contraint de traverser les guerres civiles en Afrique de l’Ouest. Publié en 2000 et couronné notamment par le Prix Renaudot et le Goncourt des lycéens, le texte original explore la guerre civile à travers le regard d’un enfant soldat, Birahima, dont le récit oscille entre chaos, survie et perte progressive de l’innocence.

Le film transpose cette matière littéraire dense dans un langage visuel où l’animation devient un outil d’expression des états intérieurs du personnage. Hallucinations, perception fragmentée et brutalité du réel y trouvent une traduction graphique qui maintient une distance avec le réalisme tout en renforçant l’impact émotionnel.

La narration conserve la dimension picaresque et la tonalité ironique du roman, où la parole de Birahima mêle lucidité, humour noir et désenchantement face à l’absurdité de la guerre. Le récit suit une trajectoire d’errance et d’apprentissage forcé, entre perte familiale, enrôlement et survie dans un univers en décomposition.

Sur le plan visuel, le film repose sur une esthétique contrastée, jouant sur les couleurs vives et les zones d’ombre, entre éclats lumineux et atmosphère plus sombre. Ce dialogue permanent entre lumière et violence renforce la tension entre le monde intérieur de l’enfant et la dureté du contexte historique.

Portée par une mise en scène graphique très marquée et une bande-son expressive, l’œuvre privilégie une approche sensible où l’animation suggère autant qu’elle montre, notamment dans les moments où la réalité bascule vers l’étrange ou l’hallucinatoire. Sans trahir l’esprit du roman, cette adaptation en propose une lecture contemporaine, à la fois poétique et traversée par la brutalité du monde qu’il décrit.

Compétition internationale du film d’animation VR

• Grand Prix du Jury : «Less Than 5gr of Saffron», de Négar Motevalymeidanshah.

• Mention spéciale du Jury VR : «Less Than 5gr of Saffron», de Négar Motevalymeidanshah.

• Prix du public : «The Big Cube», de Menghui Huang.

Autres prix Court Compèts

• Meilleur film étudiant : Ex aequo : «À l’Ombre des draps», réalisé par Lina Saïdani et «Gauze», réalisé par Noran Fikri Alezabi, Nicholas Arujah, Xinyue Ma, Yulin Yue et Xiaonan Zhou.

• Prix du Jury Junior : «Chère fin», de Khéma Cousin, Lien Franckel, Laora Le Boursicot, Alissende Masson, Joséphine Mounier, Clément Saden.

• Prix du public : «Two Ships», réalisé par McKinley Benson.
Lisez nos e-Papers