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Samedi 11 Juillet 2026
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AFRIMA : le Maroc peut devenir un hub majeur de la musique africaine

À l'approche de la 10ᵉ édition des All Africa Music Awards, l'organisation a fait de Casablanca une étape stratégique de sa tournée panafricaine «Road to AFRIMA 2026». Dans cet entretien exclusif accordé au journal «Le Matin», Adenrele Niyi, Chief Experience Officer (CXO) d'AFRIMA, revient sur les ambitions de cette édition anniversaire, le rôle croissant du Maroc au sein de l'écosystème musical africain, ainsi que sur les défis et les opportunités qui façonnent l'avenir des industries musicales du continent.

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Le Matin : All Africa Music Awards (AFRIMA) célèbre cette année sa 10ᵉ édition. Avec le recul sur cette première décennie, quelles réalisations vous semblent les plus marquantes et quelles sont vos ambitions pour les années à venir ?

Adenrele Niyi : Atteindre la 10ᵉ édition d'AFRIMA représente bien plus que l'organisation de dix cérémonies de remise de prix. Cela symbolise dix années de construction de la plus grande plateforme africaine dédiée à la musique et aux industries créatives, en partenariat avec la Commission de l'Union africaine.

Au cours de cette décennie, nous avons célébré des milliers d'artistes issus de toutes les régions d'Afrique, renforcé la coopération entre les pays du continent et contribué à faire de la musique africaine l'une des exportations culturelles connaissant la plus forte croissance au monde.

Plus important encore, nous avons vu des vies changer. Parmi les exemples les plus marquants figurent Wiyaala (Ghana), lauréate du prix «Révélation du continent africain» en 2014, Shyn (Madagascar), récompensé en 2017, ainsi que Nikita Kering (Kenya), qui a remporté deux trophées AFRIMA à seulement 17 ans en 2019. Ces artistes, ainsi que de nombreux autres talents, ont utilisé AFRIMA comme tremplin vers une reconnaissance continentale et des opportunités internationales.

Ce qui rend AFRIMA unique, c'est que nous faisons bien plus que récompenser les talents lors d'une cérémonie. Notre action repose sur sept piliers stratégiques : la cérémonie des Awards, le Festival de musique, The AFRIMA Kreative Academy (Taka), le Music Business Hub, la découverte et la promotion des talents, le débat et le conseil en matière de politiques publiques, ainsi que le plaidoyer. Ensemble, ces piliers créent des opportunités pour les créateurs, les gouvernements, les investisseurs, les établissements d'enseignement et les entreprises afin de bâtir une économie créative africaine plus solide.

Pour l'avenir, notre ambition est d'approfondir cet impact. Grâce à The AFRIMA Kreative Academy (Taka), nous prévoyons de former 1,2 million de jeunes créatifs africains au cours des cinq prochaines années, en leur offrant des compétences pratiques, du mentorat, des opportunités entrepreneuriales et des connexions avec l'industrie afin de favoriser des emplois durables et des carrières pérennes.

Parallèlement, notre Music Business Hub continuera de renforcer la chaîne de valeur de la musique africaine afin de faire de ce secteur un véritable moteur de croissance du produit intérieur brut (PIB), des exportations et de la prospérité économique du continent.

Cette 10ᵉ édition n'est donc pas seulement une célébration du passé, mais le point de départ d'une nouvelle décennie de transformation continentale.

Pourquoi le Maroc a-t-il été choisi comme étape stratégique de la tournée «Road to AFRIMA 2026» et quel potentiel voyez-vous pour le Royaume dans l'écosystème musical africain ?

Le choix du Maroc a été mûrement réfléchi. Il s'agit de l'une des économies culturelles et créatives les plus dynamiques d'Afrique, avec une capacité unique à relier le continent africain à l'Europe, au Moyen-Orient et à la diaspora mondiale. Au-delà de son extraordinaire patrimoine culturel, le Maroc a démontré un engagement constant en faveur de la musique, des festivals, de la diplomatie culturelle et de l'entrepreneuriat créatif.

Notre relation avec le Maroc ne date pas d'hier. Depuis 2015, AFRIMA entretient une collaboration régulière avec les institutions publiques marocaines et les acteurs du secteur créatif. Lors de notre récente tournée «Road to the 10th AFRIMA Stakeholders Engagement», organisée du 21 au 26 juin, nous avons rencontré le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, le vice-président de la région Casablanca-Settat ainsi que l'ambassadeur, directeur général de l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI). Nous avons aussi assisté au Festival Mawazine et organisé, le 23 juin à Casablanca, une conférence professionnelle suivie d'une soirée de réseautage réunissant des professionnels confirmés et la nouvelle génération d'artistes marocains.

Ces rencontres ont confirmé ce que nous pensions déjà : le Maroc possède les infrastructures, les talents, l'engagement institutionnel et l'ouverture internationale nécessaires pour jouer un rôle encore plus important au sein de l'écosystème musical africain.

Nous voyons aussi un immense potentiel pour faire du Maroc un pôle nord-africain d'initiatives telles que Taka, ainsi qu'un partenaire privilégié pour de futures collaborations continentales, y compris la possibilité d'accueillir une prochaine édition des AFRIMA Awards.

Les artistes marocains figurent parmi les plus récompensés d'Afrique du Nord aux AFRIMA. Comment expliquez-vous ce succès et comment davantage de talents marocains peuvent-ils accéder à une reconnaissance continentale ?

Le succès du Maroc repose sur la constance, la qualité et l'originalité. Depuis la création d'AFRIMA en 2014, les artistes marocains ont remporté 19 trophées dans différentes catégories, soit le plus grand nombre obtenu par un pays d'Afrique du Nord.

Tout a commencé avec Ahmed Soultan, devenu en 2014 le premier artiste marocain et nord-africain à remporter un AFRIMA Award. Il a ensuite réalisé un nouvel exploit en remportant, en 2016, le très convoité prix de l'Album de l'année.

Depuis, nous avons récompensé des artistes tels que Shayfeen, Manal, DJ Van, Ibtissam Tiskat, Dizzy Dros, El Grande Toto et Hamza El Fadly. D'autres artistes marocains de renommée internationale, comme Dystinct, French Montana, Samira Saïd, Don Bigg, Jaylann ou encore Dragnov, ont également été nommés aux AFRIMA.

Cela témoigne non seulement du talent des artistes marocains, mais aussi d'une industrie musicale qui évolue de manière créative tout en restant profondément ancrée dans son identité africaine.

Aux jeunes artistes marocains, je donnerais un conseil simple : restez authentiques tout en pensant à l'échelle mondiale. Investissez dans l'écriture, la qualité de la production, le développement de votre image, la distribution numérique et les collaborations avec des artistes africains. Participez aux initiatives de découverte de talents d'AFRIMA, impliquez-vous dans le Music Business Hub et développez constamment votre réseau au-delà des frontières nationales. Je les encourage également à nous suivre sur les réseaux sociaux et à rejoindre notre communauté en ligne afin de rester informés des opportunités susceptibles de faire progresser leur carrière.

La musique africaine est de plus en plus collaborative, et le Maroc a toutes les cartes en main pour demeurer l'une de ses voix majeures.


Le thème de cette conférence à Casablanca était «L'intégration africaine à travers les industries créatives et innovantes». Concrètement, quel rôle AFRIMA joue-t-il dans le renforcement de cette intégration et dans le développement de l'industrie musicale africaine ?

La musique a toujours franchi les frontières plus facilement que la politique. AFRIMA offre simplement le cadre permettant à ces échanges culturels de devenir des opportunités économiques, des espaces de dialogue politique et des leviers d'intégration continentale.

En collaboration avec la Commission de l'Union africaine, nous contribuons à la mise en œuvre des grandes ambitions de l'Agenda 2063, de la Charte de la Renaissance culturelle africaine et du Plan d'action révisé de l'Union africaine sur les industries culturelles et créatives. Nous réunissons gouvernements, artistes, investisseurs, universités, entreprises technologiques et partenaires au développement. Comme je l'ai déjà indiqué, nos sept piliers servent directement cet objectif :

• La cérémonie des Awards célèbre l'excellence.

• Le Festival de musique valorise les cultures africaines.

• The AFRIMA Kreative Academy (Taka) forme les professionnels de demain.

• Le programme de découverte et de promotion des talents identifie les futures stars et leur offre une visibilité.

• Le Music Business Hub crée des opportunités commerciales et renforce la contribution économique de la musique.

• Le débat et le conseil en matière de politiques publiques soutiennent l'élaboration de politiques fondées sur des données probantes.

• Le plaidoyer favorise une meilleure reconnaissance des industries créatives dans les stratégies nationales de développement.

Ensemble, ces initiatives font de la musique un véritable levier de croissance économique, de diplomatie, d'éducation et d'intégration africaine.

Quels sont aujourd'hui les principaux défis auxquels les artistes africains continuent d'être confrontés pour développer leur carrière sur le continent et à l'international ?

Je suis convaincue que la plus grande richesse de l'Afrique réside dans sa population, qui est aussi la plus jeune du monde. Le continent regorge donc de talents. Le véritable défi consiste à construire autour de ces talents des systèmes solides et des structures d'accompagnement efficaces.

Le président et producteur exécutif d'AFRIMA rappelle souvent une réalité très parlante : de nombreux artistes connaissent un début de carrière prospère, vivent dans l'aisance, mais terminent leur parcours dans la précarité. Cela s'explique notamment par le manque d'accès à une formation professionnelle, à des connaissances sur l'industrie musicale, à une protection efficace des droits d'auteur, aux financements, aux réseaux internationaux de distribution, aux tournées ainsi qu'à la mobilité entre les pays africains.

Il existe aussi d'importantes disparités entre les pays en matière d'infrastructures et de soutien institutionnel. C'est précisément pour cette raison qu'AFRIMA développe ses actions au-delà des récompenses. Grâce à Taka, les artistes bénéficieront d'une formation structurée et de mentorat. Par le biais du Music Business Hub, ils auront accès à des investisseurs, des maisons de disques, des éditeurs et à des opportunités de développement commercial. Enfin, grâce au pôle dédié aux politiques publiques, nous dialoguons avec les gouvernements afin de créer un environnement plus favorable aux entreprises culturelles.

Notre objectif n'est pas seulement de célébrer les artistes lorsqu'ils réussissent, mais de construire l'écosystème qui leur permettra de réussir durablement.
Les plateformes numériques ont profondément transformé l'industrie musicale. Comment AFRIMA accompagne-t-il les artistes face à cette évolution ?

AFRIMA reconnaît que les technologies numériques ont profondément changé la manière dont la musique est créée, diffusée et monétisée. Aujourd'hui, les artistes ne sont plus seulement en concurrence avec leurs homologues nationaux : dès qu'ils mettent un morceau en ligne, ils entrent sur un marché mondial.

À travers nos conférences, nos masterclasses, le Music Business Hub et bientôt Taka, nous transmettons aux artistes des compétences concrètes en matière de distribution numérique, d'économie du streaming, de stratégie de marque, d'analyse des audiences, de gestion de la propriété intellectuelle, d'intelligence artificielle, de création de contenus et de marketing international.

Dès la première année de Taka, nous ambitionnons de créer 500 binômes de mentorat, de publier 20 modules de formation numérique et de lancer le AFRIMA Academy Showcase Festival, afin de créer un véritable parcours entre la formation et la visibilité professionnelle.

La technologie a démocratisé les opportunités. Notre responsabilité consiste à donner aux artistes africains les moyens d'en tirer pleinement parti.

Quels enseignements tirez-vous de votre visite au Maroc et quelles perspectives de collaboration entrevoyez-vous avec les acteurs culturels marocains ?

Notre visite a confirmé que le Maroc considère la culture comme un véritable moteur de développement. Nous avons rencontré des institutions conscientes de l'importance d'investir dans la jeunesse, les partenariats internationaux et la diplomatie culturelle.

Nos échanges avec les responsables gouvernementaux, les autorités régionales, l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), les professionnels du secteur et les artistes ont été extrêmement encourageants. Nous avons également découvert de près le dynamisme du Festival Mawazine, l'hospitalité marocaine ainsi que la richesse du patrimoine culturel et gastronomique du Royaume.

À l'avenir, nous voyons de nombreuses opportunités de coopération : échanges d'artistes, programmes de développement des talents, projets de recherche avec les universités, actions de renforcement des capacités à travers Taka, partenariats dans le domaine du business musical, dialogue sur les politiques culturelles et coopération renforcée entre les festivals marocains et le reste de l'écosystème musical africain.

Nous pensons aussi que le Maroc est particulièrement bien placé pour jouer un rôle encore plus important au sein d'AFRIMA en tant que pays hôte, et nous espérons qu'AFRIMA pourra y établir son ancrage dans un avenir proche.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes artistes marocains qui rêvent de faire carrière sur les scènes africaine et internationale ?

Croyez que votre identité est votre plus grand avantage concurrentiel. Personne ne peut raconter votre histoire mieux que vous. Les artistes qui connaissent aujourd'hui le plus grand succès à l'échelle mondiale ne sont pas ceux qui imitent les autres, mais ceux qui assument pleinement leur identité et osent faire entendre leur propre voix. La musique marocaine possède une richesse exceptionnelle, nourrie par les influences amazighes, arabes, andalouses, gnaouies, sahariennes et africaines. Cette diversité constitue un formidable atout.

Travaillez sans relâche votre art. Apprenez les mécanismes de l'industrie musicale. Développez des collaborations solides à travers l'Afrique. Utilisez les plateformes numériques de manière stratégique, restez disciplinés et défendez les valeurs qui permettent de bâtir une carrière durable.

Chez AFRIMA, l'un de nos principes directeurs est FACE IT : Fairness (Équité), Authenticity (Authenticité), Creativity (Créativité), Excellence, Integrity (Intégrité) et Transparency (Transparence). Ces valeurs guident notre organisation, mais elles constituent également d'excellents repères pour tout artiste.

Les futurs leaders culturels de l'Afrique sont déjà en train d'émerger. Certains d'entre eux se trouvent, sans aucun doute, ici même au Maroc. Nous nous réjouissons de célébrer encore davantage d'artistes marocains sur la scène des AFRIMA dans les années à venir.
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