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Jeudi 11 Juin 2026
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Le voyage immersif de Ali Bin Towar au Maroc pour rapprocher les peuples

Dans un documentaire diffusé par «Al Jazeera Documentary», l’aventurier qatari Ali Bin Towar Al Kuwari parcourt le Maroc à vélo. Héritier de l’Année culturelle Qatar-Maroc 2024, ce voyage au long cours privilégie les rencontres humaines aux itinéraires touristiques et révèle un Royaume raconté par celles et ceux qui le vivent.

Voyager à vélo, c’est accepter de ralentir. À l’heure des déplacements rapides et des images consommées en quelques secondes, le documentaire consacré au périple marocain de Ali Bin Towar prend le contre-pied des récits de voyage traditionnels. Diffusé sur «Al Jazeera Documentary», le film suit l’aventurier, présentateur et documentariste qatari sur les routes du Royaume, à la rencontre d’historiens, d’artisans, d’universitaires, d’acteurs culturels et d’habitants qui racontent un Maroc intime, loin des clichés.

Réalisé en partenariat avec l’initiative «Years of Culture», le documentaire s’inscrit dans l’héritage de l’Année culturelle Qatar-Maroc 2024, qui avait placé le Royaume au cœur d’un vaste programme d’échanges culturels entre les deux pays. Plus de deux ans après cette édition, le projet témoigne de la volonté de prolonger les passerelles humaines, artistiques et patrimoniales construites à cette occasion.

De Tanger aux ruelles bleues de Chefchaouen, en passant par Fès, Rabat et Marrakech, Ali Bin Towar choisit un mode de déplacement qui transforme le regard porté sur les territoires traversés. Le vélo devient ici un outil d’immersion. Il permet de s’arrêter, d’observer et surtout d’écouter.

Découvrir un pays à bicyclette, c’est aussi éprouver physiquement le territoire. Les reliefs se mesurent à la force du pédalage, tandis que les rencontres naissent souvent d’un simple arrêt au bord d’une route ou d’un échange improvisé devant une maison. Le documentaire montre comment ce rythme volontairement lent finit par estomper les frontières entre voyageur et habitant, ouvrant la voie à une expérience plus intime du Maroc.

Le film met en lumière la richesse d’une identité marocaine façonnée par des héritages amazigh, arabe, andalou, africain, méditerranéen et islamique. À travers l’architecture, l’artisanat, la musique, la gastronomie ou encore les récits du quotidien, il dévoile un pays où les traditions continuent de dialoguer avec la modernité.

Plus qu’un récit de voyage, le documentaire se présente comme une exploration d’un patrimoine vivant et d’une mémoire culturelle en mouvement. Chaque étape révèle les multiples influences qui ont façonné le Maroc au fil des siècles. Cette diversité apparaît non comme une juxtaposition d’identités, mais comme le socle d’une culture ouverte, capable d’intégrer les héritages du passé tout en restant résolument tournée vers l’avenir.

Pour Ahmed Mahfouz, directeur général d’«Al Jazeera Documentary» Channel, cette production illustre le rôle que peut jouer le documentaire dans le rapprochement des peuples. «À “Al Jazeera Documentary”, nous croyons que le récit a le pouvoir de construire une meilleure compréhension entre les cultures et les communautés. Notre partenariat avec l’initiative “Years of Culture” autour de ce documentaire reflète un engagement commun en faveur d’histoires humaines authentiques qui célèbrent le dialogue, l’exploration et les échanges culturels à travers le monde arabe et au-delà», souligne-t-il.

Loin d’un simple carnet de voyage, le documentaire privilégie les rencontres et les récits personnels. Les habitants croisés sur la route deviennent les véritables guides du spectateur. Leurs témoignages dessinent un portrait sensible du Maroc, fait de diversité culturelle, de mémoire vivante et d’ouverture. Au fil des kilomètres, artisans, historiens et habitants contribuent à déconstruire les représentations toutes faites pour laisser émerger une réalité plus nuancée et profondément humaine.

Connu pour ses documentaires consacrés aux civilisations, aux traditions et aux patrimoines du monde, Ali Bin Towar poursuit ici une démarche qui privilégie l’expérience humaine à l’exploit sportif. Son voyage rappelle qu’au-delà des paysages, ce sont souvent les rencontres qui donnent tout leur sens à la découverte d’un pays.

À travers cette traversée du Maroc à hauteur de guidon, le documentaire propose finalement une réflexion sur le voyage lui-même : une invitation à prendre le temps, à écouter et à regarder autrement. Héritier de l’Année culturelle Qatar-Maroc 2024, il illustre la volonté des deux pays de prolonger leurs échanges bien au-delà des manifestations officielles. Il rappelle surtout que les liens culturels se construisent aussi à travers les expériences partagées, les récits du quotidien et les rencontres qui naissent au détour d’un chemin. Une manière de montrer que, parfois, les routes rapprochent les peuples avec autant de force que les institutions.

Entretien avec Ali Bin Towar «Pour moi, le Maroc est plus qu’une destination, c’est une expérience humaine vivante...»

Le voyage immersif de Ali Bin Towar au Maroc pour rapprocher les peuples



Le Matin : Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir le vélo comme moyen de découvrir le Maroc ?


Ali Bin Towar : Je pense que le vélo offre une manière totalement différente d’aborder un lieu. Il ralentit le rythme et vous rend plus présent, plus attentif aux petits détails qui passent souvent inaperçus lors d’un voyage classique. Pour moi, ce périple n’était pas simplement un déplacement entre plusieurs villes, mais une tentative de comprendre le Maroc de l’intérieur, à travers la route, les rencontres et les échanges spontanés qui jalonnent le voyage.

Peut-on considérer ce documentaire comme un voyage humain avant d’être une simple exploration ?

Absolument. La dimension humaine était au cœur de l’expérience dès le départ. Ce qui nous est resté en mémoire, ce ne sont pas seulement les paysages ou les lieux visités, mais surtout les histoires que nous avons entendues, les conversations que nous avons eues et l’accueil que nous ont réservé les habitants des différentes régions du Maroc.

Comment ce projet s’inscrit-il dans l’esprit de l’initiative «Années de la Culture», fondée sur le dialogue et l’échange ?

Ce projet reflète pleinement l’essence même de l’initiative «Années de la Culture», car il repose sur l’idée du rapprochement humain et de l’échange culturel authentique. L’objectif n’était pas de proposer une image touristique du Maroc, mais de créer un espace de dialogue et de découverte des personnes et de la culture à travers une expérience immersive.

En quoi le vélo a-t-il influencé votre relation aux lieux et aux personnes rencontrées durant le voyage ?

Voyager à vélo crée une relation plus proche et plus sincère avec les lieux. On ne traverse pas simplement la route, on la vit dans tous ses détails. Les habitants vous abordent aussi de manière plus spontanée et plus humaine, car ils vous perçoivent comme faisant partie du voyage plutôt que comme un simple visiteur de passage.

Avez-vous eu le sentiment que cette expérience vous poussait davantage à écouter qu’à filmer ?

Oui, et c’est précisément ce qui a donné toute sa profondeur à cette aventure. Nombre des moments les plus marquants n’étaient pas liés à la caméra, mais à l’écoute des habitants et à la compréhension de leurs histoires et de leurs parcours. Parfois, une conversation avait davantage de valeur qu’une scène filmée.

Quelle différence faites-vous entre «visiter un pays» et «le vivre de l’intérieur» ?

Visiter un pays permet de s’en faire une idée générale, mais le vivre de l’intérieur exige du temps et une véritable interaction avec ses habitants. C’est lorsqu’on commence à comprendre les détails de la vie quotidienne, les façons de penser et les liens qui unissent les personnes à leur environnement que l’on s’approche réellement de l’âme d’un pays.

Comment le rythme lent du déplacement a-t-il influencé la nature des rencontres vécues ?

Cette lenteur a laissé davantage de place à la spontanéité. Nous avons pu nous arrêter dans de petits endroits et échanger avec des personnes que nous n’aurions probablement jamais rencontrées si le voyage avait été plus rapide. Ce rythme a créé une véritable proximité humaine et rendu les rencontres plus sincères et plus profondes.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou inspiré lors de vos échanges avec les historiens, les artisans et les habitants des régions traversées ?

Ce qui m’a le plus inspiré, c’est la fierté avec laquelle les Marocains portent leur identité culturelle, tout en faisant preuve d’une grande ouverture pour la partager avec les autres. J’ai ressenti que le patrimoine n’était pas seulement un héritage du passé, mais une composante vivante du quotidien et de l’identité contemporaine.

Dans quelle mesure les rencontres fortuites et les imprévus ont-ils orienté le film ?

Dans une très large mesure. Certains des moments les plus importants du documentaire sont nés de rencontres ou de situations totalement imprévues. Cette spontanéité a donné au projet son authenticité humaine et a rapproché le voyage de la réalité, loin de tout récit préfabriqué.

Que vous a révélé ce voyage sur le Maroc qui n’apparaît pas dans les images toutes faites ?

Il nous a révélé un Maroc riche de nuances humaines et culturelles qu’aucune image unique ne peut résumer. Au-delà des impressions rapides, il existe une grande diversité d’expériences locales, de modes de vie et de relations profondes entre les habitants, leur patrimoine et leur identité.

Comment les histoires entendues ont-elles influencé votre compréhension de l’identité marocaine ?

Ces récits nous ont montré comment l’identité marocaine s’est construite au fil d’un long processus d’influences civilisationnelles et culturelles diverses, tout en conservant un fort sentiment de continuité et de fierté. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cet équilibre harmonieux entre diversité et unité au sein de la société marocaine.

Peut-on dire que ce travail privilégie les voix locales plutôt qu’une vision préconçue du pays ?

Oui, et c’était un choix conscient dès le départ. Nous tenions à ce que l’expérience soit guidée par les habitants eux-mêmes. L’objectif n’était pas d’imposer un récit prédéfini sur le Maroc, mais de permettre aux personnes rencontrées d’exprimer leur réalité, leur culture et leurs expériences avec leurs propres mots.

Quel est le moment humain qui vous a le plus marqué après la fin du voyage ?

Ce qui me reste le plus en mémoire, c’est la générosité humaine dont nous avons été témoins à plusieurs reprises. Dans de nombreux endroits, nous avons eu le sentiment que les habitants nous ouvraient spontanément leurs maisons et leurs cœurs, simplement parce que nous avions partagé une conversation, un repas ou un moment sincère sur la route.

Après cette expérience, comment décririez-vous aujourd’hui le Maroc avec un regard différent ?

Je le vois aujourd’hui comme un pays doté d’une profondeur culturelle et humaine exceptionnelle, capable de concilier l’attachement à ses racines et l’ouverture sur le monde. Après ce voyage, le Maroc n’est plus pour moi une simple destination, mais une expérience humaine vivante, riche de diversité, de chaleur et d’histoires qui méritent d’être racontées.

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