Menu
Search
Mardi 20 Octobre 2026
S'abonner
close

Moussem culturel d'Assilah : Boubker Lemliti et Zain El Abidine Al-Murchidi lauréats du 8e Prix Buland Al-Haidari

Attribué en marge de la 47e édition du Moussem d’Assilah, le 8e Prix Buland Al-Haidari distingue le Marocain Boubker Lemliti et l’Irakien Zain El Abidine Al-Murchidi, révélant au passage le parcours atypique d’un policier devenu figure de la scène littéraire.

No Image
Dans la pénombre feutrée du Centre Hassan II des rencontres internationales, la parole poétique a repris ses droits. Le 17 octobre, lors de la session automnale du 47e Moussem culturel international d’Assilah, la tribune n’était pas réservée aux diplomates ou aux conférenciers, mais aux nouveaux visages de la création littéraire du monde arabe.

Décerné tous les trois ans par la Fondation du Forum d’Assilah, le 8e Prix Buland Al-Haidari pour les jeunes poètes arabes a consacré ex aequo deux voix singulières : le Marocain Boubker Lemliti et l’Irakien Zain El Abidine Al-Murchidi. Créée en 1996 en hommage au célèbre poète irakien Buland Al-Haidari, figure emblématique des premières heures du festival d’Assilah, cette distinction est devenue au fil des décennies l’un des tremplins les plus respectés pour la jeune garde poétique régionale.Entre rigueur de la fonction et sensibilité des mots

Si le palmarès témoigne de la vitalité de la création arabe contemporaine, le parcours du lauréat marocain apporte une touche humaine tout à fait singulière à cette édition. Né en 1997 à Safi et titulaire d’une licence en littérature arabe, Boubker Lemliti ne vit pas dans une tour d’ivoire : il est fonctionnaire de police au sein du district provincial de la Sûreté nationale à Mohammedia.

Loin d’être un obstacle, cet ancrage dans le réel nourrit sa poésie. Déjà lauréat en 2019 du Prix du «Premier recueil» pour jeunes poètes décerné par Dar Ach-Chi’r (Maison de la poésie) à Tétouan, il est l’auteur de deux recueils remarqués : «Dans tes yeux se trouvent aussi les cafés» (Dar Ach-Chi’r Tétouan, 2021) et «Perte en mini-jupe et bas longs» (Bayt Ach-Chi’r au Maroc, 2024). Lemliti développe un style épuré, capable d’extraire la poésie des micro-détails du quotidien.

Le jury, présidé par le poète et écrivain Yassin Adnan, a particulièrement salué la maturité de son projet d’écriture et la justesse d’une langue débarrassée d’artifices rhétoriques. Cette victoire a également suscité une vague de fierté au sein de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). L’institution sécuritaire valorise aujourd’hui ouvertement les talents artistiques et littéraires qui émergent dans ses rangs, illustrant une passerelle féconde entre l’engagement professionnel au service du citoyen et la liberté de création.

L’ironie et le souffle irakien

Aux côtés du lauréat marocain, l’Irakien Zain El Abidine Al-Murchidi s’est imposé grâce à son recueil «L’Enfant des bergers». Salué pour sa maîtrise des formes classiques et son sens aigu de la modernité, le jeune auteur irakien manie l’ironie et la rupture pour interroger le monde contemporain. Pour départager les candidats, le jury, réunissant des figures critiques venues du Maroc, de Tunisie, d’Égypte, d’Irak et du Liban, a examiné les travaux de quinze poètes et poétesses issus de plusieurs pays arabes. En récompensant ces deux itinéraires, le Forum d’Assilah confirme sa vocation originelle : maintenir vivant le dialogue des cultures tout en offrant à la jeunesse les moyens de faire entendre sa propre voix.
Lisez nos e-Papers