Souvent, les écrivains prétendent qu’ils inventent des histoires fabuleuses parce que leur vie souffre de platitude. Et c’est le cas de bien des auteurs qui compensent par l’imagination le prosaïsme de leur existence. Mais certains d’entre eux ont, à l’inverse, une vie généreuse en farces et en coups durs, comme écrite par un romancier sous amphétamines. C’est le cas de Mahi Binebine, dont la vie passe inlassablement du registre de la tragédie grecque à celui de la Halka de Jamaa El Fna.
Et si la majorité des écrivains préfèrent glisser des parties de leur vécu dans des autofictions, certaines histoires ne tolèrent pas la fiction, tant le réel y dépasse l’inventé. Dans «Nokta», Mahi Binebine explore des fragments de vie dans la sensibilité qu’on lui connaît. L’humour y est présent, certes, mais on ne part pas forcément dans des éclats de rire, tant les différentes histoires et anecdotes exigent que l’on s’y attarde pour réfléchir et admirer les prodiges du destin.
Plusieurs nouvelles mettent en lumière les coulisses (et les coups lisses) de la vie d’écrivain, depuis la découverte de l’écriture avec son ami espagnol jusqu’à la désillusion des prix littéraires passés sous le nez, en passant par les histoires «chourées» par des écrivains, amis ou pas. En se livrant sans filtre sur ses désillusions et ses ressentiments, Mahi Binebine fait montre d’une vulnérabilité qui ne gâche rien à son succès, loin s’en faut. Dans cet exercice de désacralisation du monde de la littérature, l’auteur prend le parti de l’authenticité.
Combinant réalisme et poésie, l’auteur construit une atmosphère où la tragédie est tempérée par la clémence de la vie envers la fragilité. C’est cela même qui donne à chaque histoire des allures de conte populaire et aux anecdotes personnelles une dimension universelle. Et si cela peut consoler l’auteur d’avoir été boudé par bien des jurys littéraires, il peut du moins se targuer d’un style «hors de prix».
Et si la majorité des écrivains préfèrent glisser des parties de leur vécu dans des autofictions, certaines histoires ne tolèrent pas la fiction, tant le réel y dépasse l’inventé. Dans «Nokta», Mahi Binebine explore des fragments de vie dans la sensibilité qu’on lui connaît. L’humour y est présent, certes, mais on ne part pas forcément dans des éclats de rire, tant les différentes histoires et anecdotes exigent que l’on s’y attarde pour réfléchir et admirer les prodiges du destin.
Un réel abracadabrant
«Nokta» donne une place centrale à la mémoire. L’auteur prête sa plume à de spectaculaires coups du sort, comme c’est le cas dans l’histoire de Bilal, le petit orphelin à la posture princière, ou dans celle du petit Ali, sauvé dans la vallée de l’Ourika. Mais il explore également sa propre enfance et des bribes de souvenirs de son père, fqih et fou attitré de feu Hassan II. Mahi Binebine nous balade, également, à Marrakech, nous faisant visiter le cinéma Eden, qui n’est plus, et nous traînant dans les dédales de la médina, dont les nostalgiques n’avoueront jamais le déclin et le délabrement passés. Il rend hommage à des amis disparus ou à d’autres qui ne sont jamais vraiment «apparus» !Plusieurs nouvelles mettent en lumière les coulisses (et les coups lisses) de la vie d’écrivain, depuis la découverte de l’écriture avec son ami espagnol jusqu’à la désillusion des prix littéraires passés sous le nez, en passant par les histoires «chourées» par des écrivains, amis ou pas. En se livrant sans filtre sur ses désillusions et ses ressentiments, Mahi Binebine fait montre d’une vulnérabilité qui ne gâche rien à son succès, loin s’en faut. Dans cet exercice de désacralisation du monde de la littérature, l’auteur prend le parti de l’authenticité.
Le style Binebine
Si vous êtes un lecteur de Mahi Binebine, vous y retrouverez les ingrédients habituels : un phrasé maîtrisé, un humour caustique, une pincée de poésie et une morale de conte. On ne change pas une recette qui plaît. Mahi Binebine construit des personnages incarnés psychologiquement à la force des gestes, des attitudes et de détails prélevés sous microscope. C’est que l’auteur fait l’économie des mots et des métaphores, fidèle à la consigne de son ami et éditeur Claude Durand. Il privilégie ainsi la scène et confère plus de force au récit, sans fioritures ni détours intellectuels.Combinant réalisme et poésie, l’auteur construit une atmosphère où la tragédie est tempérée par la clémence de la vie envers la fragilité. C’est cela même qui donne à chaque histoire des allures de conte populaire et aux anecdotes personnelles une dimension universelle. Et si cela peut consoler l’auteur d’avoir été boudé par bien des jurys littéraires, il peut du moins se targuer d’un style «hors de prix».
