Du 8 au 11 octobre, le rendez-vous installé à Essaouira proposera quatre jours de projections, de spectacles, de performances, de rencontres et de débats autour d’un même fil conducteur : «Traversées». Après une première édition consacrée à l’exil, puis une deuxième, en 2025, consacrée aux femmes qui racontent l’exil, le Festival élargit cette fois la notion de déplacement. Traverser un pays ou une frontière, mais aussi une culture, un milieu social, une histoire familiale ou une épreuve intime. Partir, revenir, transmettre, s’affranchir : autant de mouvements qui peuvent aussi devenir, selon les organisateurs, des occasions de transformation.
Pour Catherine Becker, fondatrice et directrice artistique des Rencontres, l’enjeu est de préserver une possibilité de dialogue, même dans les périodes de crise. «Il faut garder de l’espoir, le reconstruire ensemble, quelles que soient les épreuves que nous traversons», explique-t-elle. L’exil, ajoute-t-elle, est certes associé à la douleur, mais peut également ouvrir la voie à une forme de dépassement «par la rencontre avec l’autre et la richesse de l’altérité».
Quatre verbes pour un même cheminement
Le programme a été construit autour de quatre étapes : «Ouvrir», «Traverser», «S’affranchir» et «Transcender». Quatre verbes qui donnent à la programmation sa progression et permettent de faire dialoguer des disciplines artistiques différentes. Le jeudi 8 octobre, l’ouverture au Bastion mêlera lecture et création avant la présentation d’«Iqtibas», de Sarah M – Compagnie Beina, avec Hayet Darwich et Maxime Lévêque. La soirée se poursuivra avec «Terre de Sienne», une proposition de Pascal Ducourtioux associant musique, photographie et poésie. Le vendredi 9 octobre sera consacré à «Traverser». La projection de «La Traversée», de Florence Miailhe, sera suivie d’une rencontre autour des migrations et des banlieues avec la cinéaste, sociologue et militante Bouchera Azzouz, accompagnée de grands témoins. Deux autres films seront ensuite présentés : «Seven Days», de Vishka Asayesh, et «Straight Circle», d’Oscar Hudson. Le samedi 10 octobre, placé sous le signe de «S’affranchir», accordera une place particulière aux récits d’émancipation. Le public pourra notamment découvrir «84 !», une promenade théâtrale dans la Médina imaginée par Louise Lévêque à partir de «1984» de George Orwell, puis «La Dame blanche», d’Emmanuelle Mayer. Une table ronde consacrée aux blessures de l’exil réunira Denis Charbit, Anwar Abu Eisheh et Michel Taubmann. La programmation cinématographique se poursuivra avec «Put Your Soul in Your Hand and Walk», de Sepideh Farsi, «De l’autre côté», de Fatih Akin, et «Promis le ciel», d’Erige Sehiri. La dernière journée, dimanche 11 octobre, sera consacrée à «Transcender». Elle réunira notamment «Le Grand Voyage», d’Ismaël Ferroukhi, ainsi qu’une rencontre avec Abdellah Ouzitane et Manoel Penicaud. Le public pourra de même revoir «Trances», d’Ahmed El Maanouni, dans sa version restaurée, avant un concert Gnawa revisité de Loy Ehrlich et Armand Méthivier. Le Festival s’achèvera avec «Sirāt», d’Oliver Laxe.
Le cinéma, mais pas seulement
Le cinéma demeure le principal fil conducteur des Rencontres, sans pour autant constituer un territoire fermé. Théâtre, musique, photographie, littérature, arts plastiques et sciences humaines sont invités à prolonger les films et à déplacer les perspectives. «Il n’y aurait pas de grand cinéma sans musique, théâtre ou peinture», estime Catherine Becker, qui revendique une conception du cinéma comme «art multiple». De «La Traversée» à «Promis le ciel», de «Trances» à «Sirāt», les œuvres programmées ont en commun des histoires de déplacement, d’arrachement, de transmission ou de recherche d’une place. Elles viennent de territoires et de générations différentes, mais se rejoignent autour d’une interrogation : que devient-on après avoir traversé ?
Le Souk contemporain comme espace de rencontre
Cette troisième édition entend tout autant renforcer une dimension particulière du Festival : sa volonté de sortir des seules salles de projection. Le Souk contemporain sera ainsi investi pendant les quatre jours comme un espace ouvert, où se croiseront expositions, performances, ateliers, lectures, musique et rencontres.
Artistes invités, créateurs d’Essaouira, habitants et festivaliers pourront s’y retrouver dans un cadre qui se veut autant artistique que convivial. Les artistes de la ville y occuperont une place importante. Un hommage sera aussi consacré à Ronit Elkabetz, figure tutélaire des Rencontres. Actrice, scénariste et réalisatrice, profondément attachée à ses origines marocaines, elle représente pour Catherine Becker cette circulation entre les cultures qui est au cœur du projet. «Ronit avait tellement d’humour, d’énergie pour transcender les épreuves qu’elle traversait intimement et culturellement», se souvient-elle.
Essaouira, bien plus qu’un décor
Le choix d’Essaouira n’est pas anodin. Ville portuaire marquée par les départs et les retours, la cité conserve dans son histoire les traces d’un entrelacement des cultures musulmane, juive et amazighe. C’est cette mémoire qui, selon Catherine Becker, donne à la ville une résonance particulière avec le projet. «Essaouira s’est refondée sur l’idée de diversité et de multiplicité des points de vue culturels», souligne-t-elle. Les «Rencontres Esther & Salma» ne cherchent donc pas à transformer cette mémoire en patrimoine figé. Elles veulent plutôt s’en servir comme point de départ pour interroger le présent et les possibilités de construire quelque chose en commun. Organisé par l’Association Esther et Salma, en partenariat avec l’Association Essaouira Mogador, fondée en 1992 par André Azoulay et aujourd’hui présidée par Tarik Ottmani, le Festival investira plusieurs lieux de la ville, du Bastion à la Médina, en passant par les espaces de cinéma et le Souk contemporain.
Faire de la rencontre une réponse
Dans un contexte où les débats publics sont de plus en plus polarisés, le Festival entend défendre une idée qui peut sembler simple, mais qui constitue son ambition centrale : la rencontre demeure possible. Les deux premières éditions auraient confirmé cet intérêt. En 2025, entre 200 et 300 personnes ont assisté chaque jour aux séances de cinéma, tandis que la parade et le concert ont réuni environ 400 personnes. Par la même occasion, les organisateurs soulignent la progression de la participation des habitants d’Essaouira, notamment des jeunes, des lycéens et des étudiants. Le projet commence, par ailleurs, à dépasser les frontières marocaines.
Après une première «résonance» organisée à Paris, les Rencontres envisagent désormais de poursuivre l’aventure à Marseille. Il ne s’agit pourtant pas, pour Esther & Salma, de prétendre apporter des réponses définitives aux questions soulevées par l’exil, l’identité ou l’altérité. Le Festival veut plutôt créer un espace où puissent coexister la découverte, le désaccord, la réflexion et la conversation.
Catherine Becker formule ainsi ce qu’elle souhaite que le public retienne de ces quatre jours : «Que l’humanisme et la rencontre avec l’autre ne sont pas morts ! Et tout ça au cœur de l’art !» n
Pour Catherine Becker, fondatrice et directrice artistique des Rencontres, l’enjeu est de préserver une possibilité de dialogue, même dans les périodes de crise. «Il faut garder de l’espoir, le reconstruire ensemble, quelles que soient les épreuves que nous traversons», explique-t-elle. L’exil, ajoute-t-elle, est certes associé à la douleur, mais peut également ouvrir la voie à une forme de dépassement «par la rencontre avec l’autre et la richesse de l’altérité».
Quatre verbes pour un même cheminement
Le programme a été construit autour de quatre étapes : «Ouvrir», «Traverser», «S’affranchir» et «Transcender». Quatre verbes qui donnent à la programmation sa progression et permettent de faire dialoguer des disciplines artistiques différentes. Le jeudi 8 octobre, l’ouverture au Bastion mêlera lecture et création avant la présentation d’«Iqtibas», de Sarah M – Compagnie Beina, avec Hayet Darwich et Maxime Lévêque. La soirée se poursuivra avec «Terre de Sienne», une proposition de Pascal Ducourtioux associant musique, photographie et poésie. Le vendredi 9 octobre sera consacré à «Traverser». La projection de «La Traversée», de Florence Miailhe, sera suivie d’une rencontre autour des migrations et des banlieues avec la cinéaste, sociologue et militante Bouchera Azzouz, accompagnée de grands témoins. Deux autres films seront ensuite présentés : «Seven Days», de Vishka Asayesh, et «Straight Circle», d’Oscar Hudson. Le samedi 10 octobre, placé sous le signe de «S’affranchir», accordera une place particulière aux récits d’émancipation. Le public pourra notamment découvrir «84 !», une promenade théâtrale dans la Médina imaginée par Louise Lévêque à partir de «1984» de George Orwell, puis «La Dame blanche», d’Emmanuelle Mayer. Une table ronde consacrée aux blessures de l’exil réunira Denis Charbit, Anwar Abu Eisheh et Michel Taubmann. La programmation cinématographique se poursuivra avec «Put Your Soul in Your Hand and Walk», de Sepideh Farsi, «De l’autre côté», de Fatih Akin, et «Promis le ciel», d’Erige Sehiri. La dernière journée, dimanche 11 octobre, sera consacrée à «Transcender». Elle réunira notamment «Le Grand Voyage», d’Ismaël Ferroukhi, ainsi qu’une rencontre avec Abdellah Ouzitane et Manoel Penicaud. Le public pourra de même revoir «Trances», d’Ahmed El Maanouni, dans sa version restaurée, avant un concert Gnawa revisité de Loy Ehrlich et Armand Méthivier. Le Festival s’achèvera avec «Sirāt», d’Oliver Laxe.
Le cinéma, mais pas seulement
Le cinéma demeure le principal fil conducteur des Rencontres, sans pour autant constituer un territoire fermé. Théâtre, musique, photographie, littérature, arts plastiques et sciences humaines sont invités à prolonger les films et à déplacer les perspectives. «Il n’y aurait pas de grand cinéma sans musique, théâtre ou peinture», estime Catherine Becker, qui revendique une conception du cinéma comme «art multiple». De «La Traversée» à «Promis le ciel», de «Trances» à «Sirāt», les œuvres programmées ont en commun des histoires de déplacement, d’arrachement, de transmission ou de recherche d’une place. Elles viennent de territoires et de générations différentes, mais se rejoignent autour d’une interrogation : que devient-on après avoir traversé ?
Le Souk contemporain comme espace de rencontre
Cette troisième édition entend tout autant renforcer une dimension particulière du Festival : sa volonté de sortir des seules salles de projection. Le Souk contemporain sera ainsi investi pendant les quatre jours comme un espace ouvert, où se croiseront expositions, performances, ateliers, lectures, musique et rencontres.
Artistes invités, créateurs d’Essaouira, habitants et festivaliers pourront s’y retrouver dans un cadre qui se veut autant artistique que convivial. Les artistes de la ville y occuperont une place importante. Un hommage sera aussi consacré à Ronit Elkabetz, figure tutélaire des Rencontres. Actrice, scénariste et réalisatrice, profondément attachée à ses origines marocaines, elle représente pour Catherine Becker cette circulation entre les cultures qui est au cœur du projet. «Ronit avait tellement d’humour, d’énergie pour transcender les épreuves qu’elle traversait intimement et culturellement», se souvient-elle.
Essaouira, bien plus qu’un décor
Le choix d’Essaouira n’est pas anodin. Ville portuaire marquée par les départs et les retours, la cité conserve dans son histoire les traces d’un entrelacement des cultures musulmane, juive et amazighe. C’est cette mémoire qui, selon Catherine Becker, donne à la ville une résonance particulière avec le projet. «Essaouira s’est refondée sur l’idée de diversité et de multiplicité des points de vue culturels», souligne-t-elle. Les «Rencontres Esther & Salma» ne cherchent donc pas à transformer cette mémoire en patrimoine figé. Elles veulent plutôt s’en servir comme point de départ pour interroger le présent et les possibilités de construire quelque chose en commun. Organisé par l’Association Esther et Salma, en partenariat avec l’Association Essaouira Mogador, fondée en 1992 par André Azoulay et aujourd’hui présidée par Tarik Ottmani, le Festival investira plusieurs lieux de la ville, du Bastion à la Médina, en passant par les espaces de cinéma et le Souk contemporain.
Faire de la rencontre une réponse
Dans un contexte où les débats publics sont de plus en plus polarisés, le Festival entend défendre une idée qui peut sembler simple, mais qui constitue son ambition centrale : la rencontre demeure possible. Les deux premières éditions auraient confirmé cet intérêt. En 2025, entre 200 et 300 personnes ont assisté chaque jour aux séances de cinéma, tandis que la parade et le concert ont réuni environ 400 personnes. Par la même occasion, les organisateurs soulignent la progression de la participation des habitants d’Essaouira, notamment des jeunes, des lycéens et des étudiants. Le projet commence, par ailleurs, à dépasser les frontières marocaines.
Après une première «résonance» organisée à Paris, les Rencontres envisagent désormais de poursuivre l’aventure à Marseille. Il ne s’agit pourtant pas, pour Esther & Salma, de prétendre apporter des réponses définitives aux questions soulevées par l’exil, l’identité ou l’altérité. Le Festival veut plutôt créer un espace où puissent coexister la découverte, le désaccord, la réflexion et la conversation.
Catherine Becker formule ainsi ce qu’elle souhaite que le public retienne de ces quatre jours : «Que l’humanisme et la rencontre avec l’autre ne sont pas morts ! Et tout ça au cœur de l’art !» n
