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Berlinale 2026 : Sofia Alaoui, figure d’une nouvelle génération de cinéastes marocains sans frontières

À la 76e édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale), la présence de Sofia Alaoui au sein du jury «Perspectives» ne relève pas tant d’une distinction personnelle qu’elle n’incarne l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes marocains talentueux et audacieux, qui conjuguent cosmopolitisme et ancrage culturel.

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Créative, polyglotte et déjà familière des scènes internationales du 7e art, Sofia Alaoui appartient à cette nouvelle génération de cinéastes marocains qui a trouvé un large écho sur la scène berlinoise, alors que le Maroc vient d’être désigné premier pays africain à l’honneur de l’European Film Market (EFM) 2026, l’un des plus grands marchés professionnels du film au monde, organisé dans le cadre de la Berlinale.

À Berlin, la réalisatrice est membre du jury «Perspectives», chargé de décerner le Prix du meilleur premier long métrage, une section dédiée aux nouvelles voix du cinéma international. Un espace symbolique pour Sofia qui n’ignore rien du poids d’un premier film, elle-même révélée au grand public par son premier long-métrage.

«C’est un honneur pour moi de représenter le Maroc dans un Festival aussi important que la Berlinale», confie à la «MAP» la native de Casablanca, qui a passé une partie de sa jeunesse entre le Maroc et la Chine, évoquant la responsabilité de porter «un autre regard» sur ces œuvres inaugurales venues des quatre coins du monde.

Pourtant, son invitation à la Berlinale par la directrice du Festival, l’Américaine Tricia Tuttle, après la présentation de son premier long métrage «Animalia» au BFI à Londres, n’est pas le fruit du hasard pour la cinéaste, qui a derrière elle un parcours jalonné de création, de courts métrages et de maturation artistique.



Comme bien des carrières, la sienne s’est construite dans la patience et ce n’est qu’en 2019, avec son court métrage «Qu’importe si les bêtes meurent», que sa trajectoire prend une nouvelle dimension. La fiction lui vaut le Grand Prix du jury au Festival de Sundance l’année suivante, puis le César du meilleur court métrage en France en 2021.

Une reconnaissance salutaire qui lui ouvre les portes de son premier long format, «Animalia» (2023), un récit singulier où une intrusion surnaturelle devient le prisme d’une exploration sociale et intime. Tourné au Haut Atlas, le film, à la croisée du fantastique et du réel, bouscule les codes traditionnels du cinéma marocain et donne matière à réflexion à la critique.

La récompense d’«Animalia», œuvre mêlant l’amazigh, l’arabe et le français, au prestigieux Festival de Sundance, aux États-Unis, parmi d’autres distinctions, vient confirmer l’ascension de Sofia parmi les cinéastes les plus prometteuses de sa génération, qui plus est dans l’univers du cinéma de genre.

La liberté d’explorer de nouveaux registres semble être le marqueur de cette nouvelle génération de cinéastes marocains engagés, mis en lumière notamment à l’EFM 2026, dont le regard, affranchi des frontières et des conventions, ne se limite plus au simple récit, mais place le public au cœur des grandes questions contemporaines.

Samedi soir, lors de la cérémonie de remise des Prix de la Berlinale, Sofia Alaoui, aux côtés de ses co-jurés, l’Allemand Frédéric Hambalek et la Polonaise Dorota Lech, a remis le Prix «Perspectives» au film «Chronicles from the Siege» du cinéaste syro-palestinien Abdallah Al-Khatib, une fiction dramatique retraçant le quotidien difficile des habitants d’une ville assiégée.

Après ce premier rôle au sein d’un jury international, la cinéaste marocaine a déjà le regard tourné vers son second long métrage, «Tarfaya», développé en coproduction avec la France et la Belgique, dans la logique constante de renforcer les partenariats internationaux autour de projets portés depuis le Maroc.

Parallèlement à ce projet dont le tournage est prévu dans les provinces du Sud, la cinéaste développe des œuvres en langue anglaise destinées aux plateformes internationales, séduites par son univers et une approche artistique fondée, selon elle, sur «un ancrage fort dans ses racines marocaines, sans être enfermée dans une identité figée».

Représenter un pays, explique-t-elle, ne consiste pas à produire des images attendues ou folkloriques, mais à exister pleinement en tant qu’artiste. «On existe en tant qu’artiste sur la scène internationale, et c’est ainsi que l’on peut parler de notre pays», résume-t-elle en substance.

Son cinéma se déploie également autour d’un thème qui lui tient à cœur, qu’elle s’efforce de représenter autrement, ou plus simplement dans sa vérité : la femme. À travers ses films, Sofia cherche ainsi à esquisser des portraits de femmes modernes, libres et indépendantes, loin de certains stéréotypes encore présents dans les représentations du monde arabe.

«À travers ce choix narratif, j’essaie d’élargir les imaginaires et de proposer des personnages complexes, pleinement inscrits dans leur époque», confie la réalisatrice.

Dans le sillage des pionniers qui ont posé les bases du cinéma marocain moderne, une nouvelle génération œuvre aujourd’hui à son déploiement international. La visibilité du Maroc à tous les niveaux de la 76e Berlinale révèle l’attrait du récit marocain, sa puissance narrative et l’écho qu’il rencontre au-delà des frontières.

Comme l’ont exprimé plusieurs cinéastes internationaux à Berlin, le Maroc ne se contente plus d’être un décor naturel pour blockbusters, il s’affirme comme un vivier de talents dynamiques, capables de produire, de coproduire, de raconter leurs propres histoires et de proposer un regard nouveau dans le paysage du 7e art.

Par Zin El Abidine Taimouri
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