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Lundi 15 Juin 2026
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Tanger, l’éternelle muse au miroir de la photographie

À l’occasion de la première édition du Festival international de l’image «Photo Tanger», la Fondation pour la photographie présente l’exposition «Tanger. Pourquoi Tanger ?», visible du 17 juin 2026 au 31 janvier 2027. À travers près de 150 ans de création photographique, le parcours réunit des regards étrangers et des artistes tangérois pour explorer les multiples visages de la ville du Détroit, entre mémoire, mythes et réalités.

Pourquoi Tanger ? La question possède la simplicité trompeuse des grands mystères. Elle s’est posée à tous ceux qui, un jour, ont franchi la frontière liquide du Détroit pour s’ancrer dans cette ville suspendue entre deux mers et deux continents. Françoise et Daniel Aron, installés entre Paris et la cité nord-africaine depuis trois décennies, ont choisi de ne pas esquiver cette interrogation à la fois intime et universelle. En la transformant en matière artistique, ils révèlent non seulement l’âme d’un territoire unique, mais aussi la psyché des hommes et des femmes qui l’ont traversé ou investi. Prévue à partir du 17 juin 2026 et jusqu’au 31 janvier 2027, l’exposition «Tanger. Pourquoi Tanger ?» investira les espaces de la Fondation pour la photographie dans le cadre de la première édition du Festival international de l’image «Photo Tanger».

Cette traversée chronologique de près de 150 ans d’histoire photographique offre un panorama exceptionnel, orchestré autour de regards pluriels. L’exposition donne la parole en images aux maîtres étrangers saisis par le vertige tangérois, tout en tressant un dialogue essentiel avec les artistes originaires de la ville. C’est une cartographie sensible qui se dessine, explorant les sédiments historiques, les constructions mythiques et les réalités brutes de cette capitale septentrionale qui n’a jamais cessé d’être une muse.

Tanger, l’éternelle muse au miroir de la photographie



L’aventure commence aux origines mêmes du médium, avec les premiers photographes voyageurs à l’instar de Blanchy, qui débarque à Tanger dès 1880. Leurs clichés, empreints de la curiosité de l’époque, fixent les us et coutumes d’un Maroc traditionnel dont les fragments matériels ont presque tous disparu, capturant un monde à l’aube de ses mutations. À cette exploration pionnière succède l’intimité des albums de familles tangéroises du début du XXe siècle, une mémoire vernaculaire précieuse qui documente le quotidien d’une société en pleine effervescence. L’exposition plonge ensuite dans l’atmosphère de la Seconde Guerre mondiale, période complexe où le statut international de Tanger a transformé la ville en une enclave de neutralité apparente, où se croisaient, dans les mêmes ruelles, diplomates, exilés, Alliés et ennemis. Le parcours artistique s’attarde naturellement sur l’âge d’or des années 1950, lorsque Tanger est devenue l’eldorado de la contre-culture américaine et le refuge de la Beat Generation. Fascinés par le cosmopolitisme ambiant et l’exotisme de la ville, écrivains et plasticiens s’y sont succédé, marchant dans les pas de prédécesseurs illustres tels que Mark Twain, Pierre Loti, Eugène Delacroix ou Henri Matisse. L’exposition montre avec acuité comment cette fascination s’est perpétuée et métamorphosée à l’époque contemporaine, devenant un laboratoire esthétique pour des cinéastes et des photographes de mode majeurs comme Albert Watson, Jim Jarmusch ou François Ozon, prouvant que la photographie tangéroise opère à la charnière du septième art et des arts visuels. À travers les œuvres de Leila Alaoui, Daoud Aoulad-Syad, Cecil Beaton, Roland Beaufre, Mounir Fatmi, Flore, Hicham Gardaf, Jellel Gasteli, Michel Giniès, Harry Gruyaert, Marco Guerra, Nicolás Muller, Gérard Rondeau, Martine Voyeux et Daniel Aron lui-même, la ville se dévoile loin des vues stéréotypées. Entre une nostalgie lucide et un réalisme rigoureusement esthétisé, ces photographes révèlent un Tanger organique, complexe et profond, définitivement purgé de ses oripeaux de carte postale pour offrir la vérité de ses contrastes.

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