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Festival international Théâtre et Cultures : une 19ᵉ édition sous le signe des mutations contemporaines

Au Studio des arts vivants, le Festival international Théâtre et Cultures a inauguré sa 19ᵉ édition à travers une cérémonie d’ouverture dense, marquée par la présentation en avant-première de «Data Love». Portée par une présence institutionnelle affirmée et rythmée par des hommages à des figures majeures du théâtre palestinien et marocain, cette ouverture dessine les contours d’un rendez-vous désormais bien ancré, où se croisent exigence artistique, lecture des mutations contemporaines et dialogue des cultures.

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Le coup d’envoi est donné. Ce mercredi 15 avril, au Studio des arts vivants à Casablanca, le Festival international Théâtre et Cultures a officiellement lancé sa 19ᵉ édition devant un public nombreux, ouvrant dix jours de programmation consacrés aux arts vivants.

Portée par la région de Casablanca-Settat, en partenariat avec la Fondation des arts vivants et Casa Events & Animation, cette ouverture dépasse le simple cadre protocolaire. Elle en fixe d’emblée le cap : celui d’un festival qui articule création artistique, ancrage institutionnel et lecture du présent, tout en laissant apparaître, dès les premiers instants, les lignes de force de cette édition.

Émotion et sens, fil conducteur de l’édition

À quelques instants du lancement, l’atmosphère se densifie. Les derniers réglages s’opèrent, les équipes s’activent, à la lisière d’un moment attendu. Pour Adil Madih, directeur du festival, l’instant est sans équivoque : «Nous y sommes, le jour J est arrivé». Puis il ajoute : «Le rêve se concrétise».

Une formule simple, qui traduit le passage de l’intention à l’expérience. Peu à peu, la tonalité de l’édition se précise : elle s’annonce «riche en émotions», portée par deux lignes de force – le rêve et l’espoir. Plus qu’un cadre thématique, ces notions traversent la programmation et lui donnent sa cohérence.

Dans cette dynamique, l’appel est lancé. Adil Madih invite les Casablancais à investir les salles, à accompagner les artistes, à prendre part à cette 19ᵉ édition. L’enjeu reste constant : faire du théâtre un espace vivant, partagé, pleinement incarné. Cette ouverture en offre déjà une synthèse, entre ambition artistique et relation fidèle avec le public.

La Palestine à l’honneur, entre mémoire et résonance

Autre axe marquant : la Palestine, mise à l’honneur. À travers l’hommage rendu à l’artiste Tahani Salim, le festival élargit son regard. Il ne s’agit plus seulement de création, mais d’un geste qui convoque mémoire et trajectoire.

Se dessine ainsi une certaine idée du théâtre : un lieu de dialogue, mais aussi un espace de circulation des imaginaires et des expériences. Ce choix s’inscrit dans une ambition plus large : faire du festival un espace de rencontre où les cultures entrent en résonance et où les œuvres dialoguent avec leur temps.

«Data Love», ou l’intime à l’épreuve du numérique

La soirée s’ouvre sur une avant-première à forte portée symbolique. Avec «Data Love», mis en scène par Amine Nasseur, le Festival entre de plain-pied dans son époque. Au cœur de la pièce : l’irruption de l’intelligence artificielle dans les relations humaines. Un futur proche s’y dessine, où algorithmes et technologies redéfinissent les trajectoires personnelles, les choix affectifs et les équilibres intimes. «"Data Love" interroge notre époque à travers ce que nous avons de plus intime», souligne le metteur en scène.

Les prises de parole des artistes prolongent cette réflexion. Zakaria Kassi Lahlou, auteur de la pièce, rappelle le rôle structurant du festival, devenu «un rendez-vous culturel incontournable», tout en constatant que « l’intelligence artificielle s’immisce déjà dans nos vies».

Dans cette même dynamique, l’actrice Meriem Zaimi évoque une ouverture marquée par une forte interaction avec le public et une réception sensible du propos. Derrière la légèreté apparente, elle pointe la pertinence du sujet : une technologie qui s’installe progressivement dans le quotidien, parfois au détriment des relations humaines. «Les gens s’y laissent prendre», observe-t-elle. Le recours à la comédie permet alors d’aborder ce thème sans lourdeur, de «toucher plus vite le cœur et l’esprit».

Le regard se prolonge avec l’actrice Mounia Lamkimel, qui évoque à la fois la fidélité d’un travail collectif et l’émotion suscitée par l’hommage qui lui a été rendu. Son propos s’élargit rapidement : «Aujourd’hui, nos liens passent par le téléphone, et parfois même par des machines». Une interrogation plus profonde émerge : que devient la création lorsque l’intelligence artificielle écrit, compose et produit à la place de l’humain ? Se dessine alors une inquiétude autour d’un possible affaiblissement de la pensée et d’un déplacement du rôle de l’artiste. Une préoccupation que partage l’acteur Abdenbi El Benioui, qui insiste sur la dimension collective de la création et la nécessité de proposer des œuvres ancrées dans le vécu, accessibles et porteuses de sens.

Une plateforme culturelle à l’échelle de la région

Du 15 au 25 avril, le Festival déploie sa programmation à travers plusieurs espaces de la région de Casablanca-Settat. À l’affiche : onze représentations mêlant propositions nationales et internationales, ainsi qu’un spectacle destiné au jeune public.

Au-delà de cette programmation, une dynamique plus profonde se dessine. L’événement dépasse désormais le seul temps du festival pour s’inscrire dans une logique de structuration culturelle durable.

Dans ce sillage, l’action menée depuis près de vingt ans par la Fondation des arts vivants prend tout son sens. En plaçant le théâtre au cœur de ses engagements, elle en fait un espace d’expression, de formation et de dialogue, inscrit dans le tissu culturel et social.
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