Présenté dans le cadre de la 19e édition du Festival international du film de femmes de Salé (FIFFS), qui se tient du 28 septembre au 3 octobre 2026, «Wolobougou» de la réalisatrice française Camille Varenne emmène le spectateur au Burkina Faso, au plus près d’une maternité rurale pas comme les autres.
À travers le quotidien d’Honorine Soma et de son équipe, le documentaire raconte bien davantage que le travail d’une sage-femme: il donne à voir une initiative portée par des femmes qui cherchent à améliorer l’accès aux soins tout en gagnant leur autonomie.
Le titre du film reprend celui de la clinique créée par Honorine Soma en 2016. «Wolobougou», qui signifie en bambara le lieu de la naissance, est le nom de cette maternité implantée à Farakoba, dans la périphérie de Bobo-Dioulasso.
Dans cette région où les distances, les difficultés économiques et l’accès parfois compliqué aux structures de santé constituent autant d’obstacles, la sage-femme a choisi de développer une prise en charge fondée sur la proximité et l’écoute.
Soigner, c’est d’abord accueillir
Le film partage le quotidien de cette équipe, entre les consultations, les accouchements et la formation des jeunes sages-femmes. Il l’accompagne aussi sur les routes, à bord de la clinique mobile, car la confiance des villageoises se gagne souvent là où elles vivent. Contraception, dépistages, information: tout ce qui touche à l’intimité reste délicat à aborder en milieu rural, et la clinique s’y consacre sans rien imposer. Pour Honorine, le soin ne peut être dissocié de la manière dont les femmes sont accueillies et considérées. Cette approche constitue l’un des fils conducteurs du film, qui dépasse ainsi le simple récit d’une initiative médicale pour s’intéresser aux relations humaines qui se nouent autour d’elle.Un regard posé à hauteur de femmes
Camille Varenne a tourné avec une équipe réduite et laissé sa propre voix de côté. Pas de commentaire pour expliquer ce que l’on voit, pas de posture d’observatrice: la parole circule entre les patientes, les sages-femmes et les habitantes, et le récit se construit avec elles. Les hommes restent largement à la lisière du cadre. Le film fait ainsi émerger un univers où les femmes occupent l’essentiel de l’espace et de la parole, filmé par une femme.Honorine Soma l’a confié à Salé: pour une réalisatrice, il est plus facile de pénétrer l’intimité d’une maternité, un lieu où une femme peut être accueillie plus aisément qu’un homme. Elle reconnaît que sage-femme n’est pas un métier d’artiste en apparence, mais elle y voit «de l’art autrement»: «C’est la vie finalement, on est tous artistes dans un domaine ou un autre».
Chaque métier, selon elle, peut servir de tremplin pour montrer le quotidien et la sororité, celle «des actions des femmes pour les femmes, avec les femmes». Une conception de la solidarité qui rejoint, pour elle, une certaine idée du féminisme: «Si aider les autres femmes et veiller sur l’égalité, c’est du féminisme, alors je suis féministe.»
Un portrait qui dépasse la sage-femme
Le film aborde des réalités difficiles, comme l’excision, les enfants nés de viols ou encore la violence ordinaire, sans les transformer en spectacle ni réduire les femmes à leurs vulnérabilités. La photographie accorde également une place importante aux paysages et aux ambiances du quotidien. Les espaces de la maternité, les villages et les paysages environnants deviennent ainsi partie intégrante du récit. Dans ce film, les femmes occupent pleinement l’espace public, tandis que la solidarité entre elles s’affiche au grand jour. Honorine Soma n’apparaît jamais comme une figure solitaire. Autour d’elle se dessinent une équipe et une dynamique de transmission, puisqu’elle forme celles qui prendront le relais.En suivant une femme qui a choisi de placer la dignité et l’accueil au cœur de son travail, le film montre comment une initiative locale peut devenir, pour celles qui y participent, un véritable chemin vers l’autonomie.
Présenté au FIFFS, «Wolobougou» s’inscrit ainsi dans un cinéma qui place les femmes au centre du récit sans les réduire à leurs fragilités.À travers une maternité rurale, Camille Varenne filme autant le soin que les liens, la transmission et les formes d’autonomie qui peuvent naître d’une initiative portée collectivement. n
Biographie de la réalisatrice
Camille Varenne est une réalisatrice et programmatrice française dont le travail documentaire explore les questions féministes, sociales et décoloniales.
Après «Wéfo» (2015), «Pedra e Poeira» (2018) et «Blakata» (2019), elle réalise «Wolobougou», poursuivant son regard sensible sur les réalités du Burkina Faso.
Ses films sont présentés dans plusieurs festivals internationaux.
Fiche technique
- Pays: France, Burkina Faso.
- Production: The Kingdom.
- Réalisation et scénario: Camille Varenne.
- Casting: Honorine Soma, Éveline Sombda, Pélagie Kienou, Clémence Bado, Awa Sanou, Rokiata Traoré et Brigitte Siby.
